Les enfants non accompagnés du Centre d’Accueil de Lascahobas

Une même ile, une histoire commune, un identique passé douloureux mais deux peuples en contentieux permanent : deux frères ennemis. Haïti et la République Dominicaine, formant Hispaniola, ile légendaire regorgeant de richesses reste pourtant le lieu de violentes tensions frontalières portant sur le droit à la citoyenneté. Une citoyenneté dominicaine si dure à obtenir qu’elle finira par briser bon nombre d’espoir mais aussi l’humanité habitant le voyageur haïtien qui, déracinant son passé, tentera de trouver un salut salvateur de l’autre côté de la ligne. Une ligne prenant la forme d’une éternelle cicatrice qui finira bien un jour, espérons-le, par être pansée et repensée.

Parmi les voyageurs Haïtiens se trouvent des enfants aux histoires multiples et au destin bien trop souvent similaire. Qu’ils soient accompagnés ou bien isolés, la violence de la déportation marque profondément son passage en laissant les enfants pantois, sans repères, en proies aux doutes et incertitudes. Des enfants transitant de centre de rétention en centre d’accueil, sans distinction d’âge, alors qu’ils devraient être transit de bonheur, grisés par l’apprentissage des nombres premiers ou bien par le décompte des nuages à l’ombre d’un manguier, insouciant.

Au centre d’accueil pour mineurs du Groupe d’Appui aux Rapatriés et aux Réfugiés (GARR) de Lascahobas, la désillusion et l’attente d’une réunification familiale fait disparaitre toute insouciance et projet, les transformant en rêves doux-amers. Esmon Marcellin, eu juste le temps de nous annoncer l’objectif de son départ en République Dominicaine avant de fondre en larme. « Je suis juste parti pour étudier » nous a t’il dit « j’ai besoin d’aller à l’école, les cours sont trop cher en Haïti ».  Un enfant rêvant seulement de salles de classes sentant bon la craie et le savoir, ensoleillé de rire et de jeux.

Sur les marches du centre, d’autres jeunes discutent et écoutent la musique du vent qui balaye la poussière des rocailles qui leur font face. L’attente illustre la capacité limitée du centre GARR pour accueillir et occuper l’esprit des jeunes enfants tout juste débarqués. Les 18 lits sont occupés et certains, comme pour le jeune Esmon, depuis 1 mois.

Le responsable du centre Garr, Thèneus Gernely,  a mis l’accent sur le besoin d’intégrer des structures d’accueil et de suivi des enfants non-accompagnés au niveau local. De plus, il y a une réelle nécessité de former des familles d’accueils afin de réaliser la transition entre l’arrivée au centre et la réunification. « La sensibilisation des communautés sur le sort des mineurs isolés est une priorité » a-t-il rappelé.

L’amélioration des relations politiques entre Haïti et la République Dominicaine est la condition sine qua non qui permettrait des relations migratoires bien plus saines, respectant la dignité humaine des personnes, en particulier les plus vulnérables. Entre mars 2015 et Juin 2017, 69 123 personnes ont été rapatrié pour 108 181 retours volontaires. Le mois de Juin et Juillet 2017 ont connu une augmentation massive des déportations, les conditions d’asile et de résidence se font de plus en plus drastiques. En 2016, 295 enfants sont retournés au pays par le point de frontière de Belladère sur un total de 2892 enfants sur toute la frontière. Parmi eux, certains n’ont pas eu la chance d’avoir un traitement spécifique car étant accompagné. A l’instar du centre de Lascahobas, celui de Belladère reçoit les familles et ne fait pas de différence de traitement entre adultes et enfants alors qu’un suivi psychosocial renforcé pour ces derniers parait plus que nécessaire. De plus en plus d’enfant entre 9 et 11 ans ont été aperçu à la frontière par les énumérateurs de l’OIM, la situation ne peut perdurer ainsi.

La situation est préoccupante mais n’est pas dénuée d’espoir. Plusieurs enfants parviennent tout de même à retrouver leur famille. C’est avec cette optique à l’esprit que le Groupe de Travail pour la Protection de l’Enfance, composé d’UNOCHA, UNICEF, UNHCR, OIM, la MINUSTAH et le Réseau Frontalier Jano Succès, s’est réuni afin de réaliser un état des lieux, collaborer avec les acteurs locaux et dégager les solutions à apporter. UNICEF plaide pour une décentralisation des prérogatives à l’échelon communautaire afin que les communes comme Belladère ou Lascahobas puissent réaliser une prise en charge efficace. Geslet Bordes, Officier de Protection à UNICEF Haïti, rappelle que « le travail doit s’opérer main dans la main, aussi bien entre nations qu’entre organisations. La communauté doit pouvoir participer à la réinsertion des rapatriés ».

Il est important de remettre l’activité migratoire à l’ordre du jour en renforçant leur présence aussi bien sur les points officiels que non-officiels. Des points non-officiels qui jour après jour se remplissent de retours précipités mais qui pour l’heure reste bien vide de structures adaptées.

Maxime LEVY