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La vaccination contre le choléra, officiellement lancée

Lancement de la campagne de vaccination ce 8 novembre 2016 aux Cayes

Lancement de la campagne de vaccination ce 8 novembre 2016 aux Cayes

Port-au-Prince le 8 novembre 2016- Le ministre de la Santé publique et de la Population, de concert avec les partenaires dont l’UNICEF, l’OPS-OMS, International Medical Corps (IMC), a lancé officiellement la campagne de vaccination contre le choléra dans les départements du Sud et de la Grand’Anse, les plus durement touchés par le passage de l’ouragan Matthew.

La campagne vise plus de 800 000 personnes dans 9 communes de la Grand’Anse et 6 du Sud pendant une semaine. Plusieurs partenaires sont impliqués dans cette campagne. Des milliers d’agents de santé sont déployés.

Dans l’assistance des autorités locales, les partenaires ainsi que les membres de la communauté ont participé à la cérémonie de lancement et ont rappelé toute l’importance qu’ils accordent à cette activité. La population a répondu présente à l’appel. La foule se pressait au poste de vaccination installé dans la cours. Tous voulaient prendre le vaccin qui s’administre par voie orale. Des personnalités importantes de la commune ont reçu le vaccin pour montrer l’exemple.

Dans son allocution de circonstance, le Dr. Daphné Benoit Delsoin, Ministre de la Santé publique et de la Population a rappelé les ravages que le choléra a occasionnés au sein des familles haïtiennes. « Je connais personnellement la souffrance des patients. C’est pour cette raison que je me suis fixé comme objectif de ne pas limiter mes actions à la construction de centres de traitement du choléra et de tout faire afin d’éradiquer la maladie.».

Tout en remerciant les partenaires de cette campagne, elle a rappelé « qu’avec la vaccination, on pouvait contrôler l’épidémie du choléra en Haïti », en insistant sur le fait que les activités de sensibilisation à l’hygiène comme le lavage des mains au savon et à l’eau propre doivent accompagner la vaccination pour assurer son efficacité.

Akhil Iyer, responsable du bureau de l’UNICEF aux Cayes,

Akhil Iyer, responsable du bureau de l’UNICEF aux Cayes,

Pour sa part, Akhil Iyer, responsable du bureau de l’UNICEF aux Cayes, a insisté sur l’aide  apportée par l’organisation dans cette campagne de vaccination. « L’UNICEF a apporté un appui technique dans la planification et la coordination de la campagne. L’UNICEF a aussi contribué à l’approvisionnement, au transport des vaccins et a supporté le renforcement de la chaine de froid et la conservation des vaccins. Tout le volet communication (bannières, messages de sensibilisation, spots radio, etc.) et la mobilisation sociale ont également été pris en charge par l’UNICEF. », a-t-il souligné.

« L’UNICEF réitère son soutien aux côtés des communautés, des autorités locales et du gouvernement haïtien dans le but de créer un environnement sain et protecteur pour les enfants qui ont été victimes de l’ouragan Matthew. Nous continuerons nos actions dans les endroits les plus reculés, nous ne devons en aucun cas les oublier », a-t-il indiqué.

Jean Panel Fanfan, UNICEF Haïti

Choléra «Unissons nos efforts pour honorer nos obligations envers le peuple haïtien»

20 septembre 2016, alors que le Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki-moon annonce  »la venue d’une nouvelle stratégie pour atténuer la détresse et améliorer les conditions de vie des Haïtiens » lors de son discours d’ouverture de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, le Représentant de l’UNICEF en Haïti, Marc Vincent revient sur les actions menées sur le terrain.

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19 avril 2016, à l’école Trianon de Mirebalais, les élèves bénéficient désormais de latrines et de blocs sanitaires pour se laver les mains.

« Nous sommes fermement résolus à nous acquitter durablement de cette responsabilité morale.
Nous élaborons actuellement un ensemble de mesures d’assistance pour les personnes les plus directement touchées et redoublons d’efforts pour établir de solides systèmes d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de santé, qui sont la meilleure défense à long terme contre les maladies. Nous n’y parviendrons qu’avec l’appui politique et financier sans faille des États Membres. Je vous donnerai plus tard des précisions sur cette stratégie
»  a déclaré le chef des Nations-Unies lors de son discours d’ouverture de l’Assemblée Générale des Nations-Unies.

Le Représentant de l’UNICEF en Haïti, Marc Vincent nous informe sur les actions de terrain.

Sur les progrès réalisés dans la lutte contre le choléra en Haïti

 

Une zone rurale près de St Michel d’Attalaye : des enfants viennent chercher l’eau d’une fontaine installée par ACF en 2014, avec l’aide de l’UNICEF et le soutien financier d’ECHO, dans le cadre de la lutte contre le choléra.

Une zone rurale près de St Michel d’Attalaye : des enfants viennent chercher l’eau d’une fontaine installée par ACF en 2014, avec l’aide de l’UNICEF et le soutien financier d’ECHO, dans le cadre de la lutte contre le choléra.

En termes de progrès, je pense que nous avons parcouru un long chemin mais il y a encore un long chemin à parcourir. En ce qui concerne l’UNICEF, nous sommes actifs dans environ 120 communautés et quelques 20.000 personnes dans le pays ont la possibilité de vivre maintenant dans un environnement sans défécation en plein air. En ce qui concerne les mesures de réaction rapide au choléra ici, je pense que les mécanismes mis en place ont très bien réussi à contrôler la maladie et l’ont fait passer d’un pic de 350.000 cas suspects en 2011 à 36.000 l’an dernier.

Ainsi, lorsque vous visitez trois des 16 collectivités prioritaires dans le Sud-Est du pays et que vous voyez combien les gens sont fiers d’avoir leurs propres toilettes, de les avoir construits eux-mêmes, et de protéger leurs familles et leurs enfants. Quand vous voyez cette fierté, cela vous donne de l’espoir.

 

20 avril 2016, visite d'une latrine à Domond, une localité libérée de la Défécation à l'Air Libre

20 avril 2016, visite d’une latrine à Domond, une localité libérée de la Défécation à l’Air Libre

Mais ce que nous voudrions faire c’est éliminer complètement le choléra. Cela signifie que nous devons continuer à travailler sur les mécanismes de réponse rapide et que nous devons nous assurer que l’accès à long terme à l’assainissement et à l’eau couvre finalement tout le pays. Mais la campagne nationale d’assainissement est un programme de développement et il faudra du temps pour changer les comportements et assurer un accès universel. Aussi, dans cet intervalle, il est nécessaire de maintenir les mécanismes de réponse rapide en place.

 

Sur les approches adoptées par l’ONU pour lutter contre la maladie

Haïti, Cap-Haïtien. Gerda et Getson au centre de traitement du choléra. 72 heures après l’admission du petit garçon, elle a retrouvé le sourire.

Haïti, Cap-Haïtien. Gerda et Getson au centre de traitement du choléra. 72 heures après l’admission du petit garçon, elle a retrouvé le sourire.

Nous avons adopté des approches fondées sur le court terme, le moyen terme et le long terme. L’approche à court terme est en grande partie une réponse de crise, consistant à soutenir un système de réponse et d’alerte rapide au niveau communautaire. Quand un cas de choléra est identifié, une alerte est envoyée et une équipe d’intervention rapide se rend dans la famille affectée et met en place un «cordon sanitaire » pour décontaminer l’endroit, chlorer l’eau et donner des conseils à la famille sur les mesures de prévention nécessaires, et aussi pour distribuer des comprimés de chloration et des sels de réhydratation. Ceci est lié à d’autres éléments de la réponse rapide, comme la coordination entre les partenaires dans chaque département et l’analyse épidémiologique, afin de nous assurer que nous suivons la maladie.

La campagne de vaccination contre le choléra à Archahaie en avril 2016 va de pair avec un rappel des bonnes pratiques d'hygiène.

La campagne de vaccination contre le choléra à Archahaie en avril 2016 va de paire avec un rappel des bonnes pratiques d’hygiène.

La réponse à long terme est d’améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous les Haïtiens. À ce stade, 28% de la population a accès à des installations sanitaires adéquates et 58% a accès à de l’eau potable. Nous essayons d’accroître l’accès à l’eau potable et de changer le comportement en termes de défécation en plein air, qui est l’une des principales sources de contamination du système d’adduction d’eau. Le bacille Vibrio choléra se transmet en effet par l’eau. Donc, si tout le monde a des toilettes et que nous pouvons éliminer la défécation en plein air, nous serons en voie de réduire la transmission du choléra dans le pays. La réponse à moyen terme est une combinaison d’efforts destinés à améliorer la chloration dans les zones urbaines et rurales et améliorer l’accès à l’eau. De plus, nous sommes en train de planifier une campagne de vaccination à un niveau plus important pour renforcer l’immunité de la population contre le bacille Vibrio choléra.

Sur l’importance des interventions dites ’’WASH’’

WASH est l’acronyme en anglais pour eau, assainissement et hygiène. Le choléra est l’une des nombreuses maladies d’origine hydrique. Les maladies d’origine hydrique, notamment la diarrhée, sont la deuxième cause majeure de mortalité chez les enfants en Haïti. Les actions WASH sont destinées à améliorer l’accès à l’eau potable et l’accès à des installations sanitaires, ainsi qu’à changer les comportements. Il faut du temps pour sensibiliser les gens aux risques de défécation en plein air.

Sur la campagne d’assainissement total lancée en 2014 par le Secrétaire Général de l’ONU

14 juillet 2014, le Gouvernement Haitien et les Nations-Unies lance une campagne d'assainissement total.

14 juillet 2014, le Gouvernement Haitien et les Nations-Unies lance une campagne d’assainissement total.

La campagne a été lancée par le Premier Ministre Haïtien et le Secrétaire Général Ban Ki-moon en 2014. Elle cible initialement 16 collectivités prioritaires, identifiées en fonction de la persistance du choléra. La campagne concerne l’accès à l’eau, la réhabilitation des réseaux d’eau et la chloration pour lutter contre la contamination. En même temps, nous aidons également les communautés à construire des toilettes et à réduire la contamination de l’eau par défécation en plein air.

Nous avons constaté qu’il est très important que ces communautés construisent elles-mêmes les toilettes, car elles sont plus susceptibles de continuer à les utiliser et de comprendre leur signification. Nous travaillons également avec les écoles pour améliorer l’accès aux systèmes d’eau et d’assainissement. Les enfants en Haïti sont les agents du changement. Lorsque nous parlons aux enfants dans les écoles et que nous leur expliquons les défis du choléra, ils rentrent chez eux et l’expliquent à leurs parents. Par conséquent, vous créez une plus grande prise de conscience. De plus, nous utilisons la communication pour changer les comportements et pour faire en sorte que les gens comprennent pourquoi ils ont besoin d’avoir des toilettes, pourquoi cela est important pour leurs enfants et comment cela va sauver des vies.

Sur les liens entre le dispositif de réponse rapide et la réponse à long terme

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Brigitte montre comment utiliser le seau d’eau inclus dans le kit d’hygiène fourni à chaque famille résidant à l’intérieur d’un cordon sanitaire.

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Brigitte montre comment utiliser le seau d’eau inclus dans le kit d’hygiène fourni à chaque famille résidant à l’intérieur d’un cordon sanitaire.

Nous devons tous travailler ensemble pour résoudre la question du choléra, mais aussi apporter de l’eau propre à tous les enfants en Haïti. Nous avons d’excellents partenariats avec la DINEPA (Direction nationale de l’eau propre et de l’assainissement) et le Ministère de la santé, et nous avons de très bonnes relations avec les bailleurs de fonds tels que la Banque mondiale, l’Agence espagnole de coopération et la Banque interaméricaine de développement. Maintenant, il est important que nous soyons tous d’accord sur les priorités et que nous ayons tous pour objectif premier ces 16 collectivités prioritaires et assurions vraiment une bonne couverture. Un cas de choléra en Haïti, c’est un de trop. Un enfant qui meurt du choléra, c’est un de trop. Nous avons vraiment besoin d’éliminer cette maladie. Cela est évitable avec un financement adéquat. Avec un bon programme en place, nous avons vraiment de bonnes chances d’y arriver.

Sur l’importance d’un financement adéquat pour le long terme

Luckencia, 4 ans, l’une des bénéficiaires d'un point de chloration d’eau à Carrefour Bergamothe dans la banlieue de Port-au-Prince.

Luckencia, 4 ans, l’une des bénéficiaires d’un point de chloration d’eau à Carrefour Bergamothe dans la banlieue de Port-au-Prince.

L’un des défis auxquels nous sommes confrontés est le financement des mécanismes de réponse rapide. Nous avons besoin d’un financement prévisible. Puisque le financement humanitaire est de courte durée, il est donc difficile de savoir d’une année sur l’autre combien d’argent nous sommes en mesure de planifier. Nous espérons mettre la réponse rapide dans une position de développement à long terme. Alors, beaucoup de ces mécanismes peuvent être utilisés pour prévenir les maladies d’origine hydrique et d’autres maladies contagieuses. Par conséquent, l’un des défis que nous avons est de mobiliser des fonds de développement afin de maintenir ces mécanismes en place et renforcer les capacités du Ministère de la santé.

Sur l’effet d’entrainement que l’investissement dans l’eau et de l’assainissement pour prévenir le choléra et d’autres maladies transmises par l’eau ont dans d’autres domaines que la santé

L’accès à l’eau et à l’assainissement affecte beaucoup d’autres domaines dans la vie d’un enfant et des communautés haïtiennes en général. Si vous avez de l’eau propre, cela vous permettra de réduire le nombre de maladies d’origine hydrique, vous ferez la promotion de bonnes pratiques d’hygiène, et cela vous permettra de réduire le taux d’absentéisme scolaire. Depuis 2010, plus de 700 enfants sont morts du choléra et plus de 100.000 ont été touchés. Si vous comptez quatre jours d’école en moins pour chaque cas suspect, nous parlons de centaines de milliers de jours d’école perdus en Haïti. Donc, cela a un impact sur l’éducation, cela a un impact sur la nutrition. Il existe de nombreux avantages à améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. C’est crucial pour le développement.

 

Marc Vincent, Représentant de l’UNICEF en Haïti

 

 

Choléra et vodou haïtien

Au total, 279 prêtres vodous (hougans et mambos) de 9 communes différentes ont reçu une formation sur le choléra par les Directions Sanitaires du Nord et du Nord-est et par Oxfam.

Mambo Joseph Melanie dans une démonstration de préparation de SRO lors d’une rencontre avec les ougans et les mambos (photo Oxfam)

Mambo Joseph Melanie dans une démonstration de préparation de SRO
lors d’une rencontre avec les hougans et les mambos (photo Oxfam)

Dans le cadre du plan national d’élimination du choléra 2012- 2022, un projet de lutte contre le choléra est implémenté par Oxfam en partenariat avec la DSN, la DSNE, la DSC[1] dans les  départements du Nord/Nord-est depuis 2014 et du Centre depuis 2015, grâce à des financements de l’UNICEF.

Le choléra est une maladie humaine causée par le vibrio cholérae qui peut être traitée facilement si on assure une prise en charge à temps. Malgré les multiples efforts déployés dans le cadre de l’élimination du choléra, il représente encore dans le pays un grand problème de santé publique.

En Haïti, le travail de lutte contre le choléra doit prendre en compte les croyances, les pratiques et les connaissances existantes afin de pouvoir initier un changement de comportement nécessaire à la réduction du nombre de personnes atteintes par le choléra. Au niveau des croyances, de nombreuses personnes croyaient qu’il existait deux sortes de choléra (un vrai et un faux)  ou que le choléra était le résultat d’une malédiction divine ou d’un sort maléfique. Cette conception erronée de la maladie du choléra les oriente vers les prêtes du vodou (hougans et mambos) en quête de guérison. De ce fait, un des axes du travail de sensibilisation de ce projet a été de travailler directement avec  les prêtes du vodou dans les zones de provenance des cas suspects sur la prévention du choléra. Le but était en effet de sensibiliser et former les leaders vodous des zones concernées sur la prévention du choléra, la préparation du SRO –Sel de Réhydratation Oral), la décontamination intra-domiciliaire et le référencement d’un cas suspect de choléra dans un centre de santé le plus proche de leurs domiciles ou leurs lieux de travail afin qu’ils contribuent ainsi à réduire la mortalité liée au choléra.

Gweto Manitha Clervil, mambo du département du Nord accompagnant le Promoteur de Santé Publique et l’agent sensibilisateur d’OXFAM pour une interview.

Gweto Manitha Clervil, mambo du département du Nord accompagnant le Promoteur de Santé Publique et l’agent sensibilisateur d’OXFAM pour une interview.

Il a été nécessaire d’identifier les prêtes du vodou (hougans et mambos) dans les zones de provenance des cas suspects, puis d’organiser une formation d’une journée pour eux afin de les sensibiliser et les former sur les méthodes préventives du choléra, les gestes à tenir en cas de choléra. Ils ont également été  informé de l’importance d’appeler le centre de santé le plus proche ou de référer un cas suspect de choléra dans un centre de santé le plus proche de leurs domiciles ou leurs lieux de travail. Cette formation a permis également de  les inviter à partager leurs expériences avec les autres hougans ou mambos qui n’ont pas pu participer à la formation. Après une démonstration sur la préparation du SRO lors d’une rencontre, un ougan a déclaré « Je me sens heureux aujourd’hui, car maintenant je sais quoi faire si des enfants souffrent du choléra. Je connais l’utilisation du SRO et je les enverrai à l’hôpital. »

Les méthodes utilisées sont très participatives: le brainstorming, les questions-réponses, le partage d’expériences, les jeux de rôle et les démonstrations.

Telfort Primeflort, infirmière communautaire de la DSN assurant une séance de formation pour les ougans et mambos de Madeline au Cap-Haitien (photo Oxfam).

Telfort Primeflort, infirmière communautaire de la DSN assurant une
séance de formation pour les ougans et mambos de Madeline au Cap-Haitien (photo Oxfam).

C’est au total, 279 prêtres vodous (hougans et mambos) de 9 communes différentes (Ouanaminthe, Fort-Liberté, Mombin Crochu, Limbé, Plaisance, Borgne, Cap-Haitien, Port-Margot) qui ont été formés.

Ils savent désormais que le choléra est une maladie infectieuse causée par le vibrio cholerae, connaissent les signes et les symptômes du choléra et sont capables d’identifier un cas suspect de choléra.Ils sont capables de préparer une solution de sel de réhydratation oral (SRO) et de réhydrater dans l’immédiat un cas suspect de choléra; d’appeler le personnel du centre de santé le plus proche ou de référer un cas suspect de choléra au centre de santé le plus proche de leur domicile ou de leur lieu de travail habituel. Ils savent comment  préparer une solution chlorée pour désinfecter leur domicile ou leur lieu de travail habituel.

Les hougans et les mambos ne sont pas tous d’avis que le choléra est une maladie infectieuse. Certains d’entre eux disent qu’il existe deux types de choléra: un vrai choléra (causé par le vibrio cholerae) et un faux choléra (causé par l’homme via des « poudres, des batteries et des zombies choléra »). Sur ce point, il reste un grand travail de sensibilisation à réaliser. Mais en cas de diarrhée, ils sont tous d’accord qu’il faut réhydrater la personne et l’envoyer à l’hôpital.

Les prêtes du vodou ont participé activement dans les discussions lors des rencontres et ont montré un grand enthousiasme pour les activités de démonstration de la préparation du SRO. Ils ont partagé leurs expériences et  leurs compréhensions du choléra. Cependant nous devons continuer le travail et sommes en train de mettre en place avec les prêtres vodous un plan de suivi pour les alertes précoces et le référencement des cas suspects de choléra.

Nous continuons également de travailler de manière générale au niveau de la sensibilisation sur les croyances afin de pouvoir initier un changement de comportement. Pour cela, Oxfam utilise des outils d’Éducation par le Divertissement, en particulier à travers du théâtre forum[2] et un feuilleton radio TIM TIM[3].

Par Miguelito Michel,

Promoteur Santé Publique (PHP), projet WASH-choléra,

Nord et Nord-est, Haïti, OXFAM- Aout 2016

 

Bibliographie :

  • Plan d’élimination du choléra 2012-2022 du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP).
  • Recherche formative pour la radio novela (TIM TIM), OXFAM, 2015.

 

[1] Direction Sanitaire du Nord, du Nord-est et du Centre

[2] Le théâtre forum est un théâtre de type participatif qui permet au public de proposer des solutions aux problèmes communautaires. Dans le cas du choléra, les membres du public sont invités à agir sur les mesures préventives avec les acteurs du théâtre. Le but est que le public adopte des changements de comportement basés sur les solutions qu’ils ont proposées et portées à la vie sur scène.

[3] Tim Tim est un feuilleton radiophonique qui comprend deux saisons. Le feuilleton informe les gens sur divers sujets, y compris le choléra à travers des histoires divertissantes. Dans la saison 2, Tim Tim a été diffusé par quatre stations de radio dans les départements du Nord et du Nord-est. Les fans de Tim Tim ont été engagés régulièrement par SMS. Un des éléments qui est ressorti à travers les messages texte était que certaines personnes croient encore que l’eau courante ne peut pas contenir de germes. Les fans ont également eu l’occasion de partager leurs points de vue sur le choléra et d’examiner les meilleures pratiques à adopter grâce à un expert lors des émissions radiophoniques de Tim Tim.

Sauver les vies face au choléra

 

Haïti, Cap-Haïtien. Gerda et Getson au centre de traitement du choléra. 72 heures après l’admission du petit garçon, elle a retrouvé le sourire.

Haïti, Cap-Haïtien. Gerda et Getson au centre de traitement du choléra. 72 heures après l’admission du petit garçon, elle a retrouvé le sourire.

Haïti, Cap-Haïtien, 30 mars 2016. « Je suis tellement heureuse que mon petit Getson aille bien ! » dit en souriant Gerda Darcons, 33 ans. Au cours des dernières 72 heures, elle a vécu le cauchemar de toute mère. Elle a assisté impuissante au spectacle de son enfant s’affaiblissant d’heure en heure. « Samedi soir, après le repas, il s’est soudainement mis à vomir, puis il a eu de la diarrhée. Sans arrêt ! » La jeune femme est encore bouleversée de penser que son plus jeune fils est passé à deux doigts de la mort.

Le remplacement rapide des liquides perdus est essentiel pour sauver la vie des patients atteints de choléra. Dans un CTC, la solution de réhydratation orale est administrée dès que le patient est en état de la garder.

Le remplacement rapide des liquides perdus est essentiel pour sauver la vie des patients atteints de choléra. Dans un CTC, la solution de réhydratation orale est administrée dès que le patient est en état de la garder.

Depuis samedi, elle est au centre de traitement du choléra (CTC), intégré à hôpital central du département du Nord. De même que le département de l’Ouest et la capitale Port-au-Prince, le Nord est la zone qui a systématiquement dénombré le plus de cas de choléra au cours des derniers mois. Sur 7 782 cas présumés enregistrés en Haïti, entre le mois de janvier et le 31 mars 2016, 2 354 cas présumés l’ont été dans le Nord. On constate une nouvelle tendance préoccupante se traduisant par un accroissement de la mortalité. En Haïti, 128 personnes sont mortes des suites du choléra depuis janvier 2016, dont 33 pour cent dans le Nord. Parmi les raisons invoquées se trouve le manque d’accès aux services de soins dans certaines zones, et, par conséquent, l’accroissement de la distance entre les populations touchées par le choléra et les endroits où elles peuvent trouver l’aide de professionnels.

« Pendant la nuit, il a perdu conscience. Sa diarrhée était devenue blanche. C’est alors que je me suis rendu compte qu’il devait s’agir du choléra », explique Gerdas Darcas. Depuis Limonade, où elle habite, jusqu’au centre de santé le plus proche muni d’un dispositif minimum contre le choléra, il faut compter 20 minutes à pied. « Getson était trop faible pour marcher, alors nous avons pris un taxi-moto. » À leur arrivée au centre de santé de Quartier Morrin, une infirmière a confirmé qu’il s’agissait du choléra. Le petit garçon a reçu une dose initiale de réhydratation par voie intraveineuse, avant d’être transféré à l’hôpital de Cap-Haïtien, à 30 minutes de là.

Depuis le début de l’épidémie, en octobre 2010, plus de 800 000 cas présumés de choléra ont été enregistrés, entraînant plus de 9 000 décès directement imputables au choléra selon le Ministère haïtien de la Santé publique et des Populations. Malgré de nombreux défis et risques, des progrès significatifs ont été réalisés contre la maladie au cours des trois dernières années, le nombre de cas présumés passant de 101 354 en 2012 à 29 078 en 2014 et 36 045 en 2015. L’objectif à court terme du Plan national d’Élimination a donc été atteint, avec moins de 50 000 cas en 2015. Le nombre de nouveaux cas mensuels enregistrés en février 2016 est le plus bas depuis le début de l’épidémie, année 2014 mise à part[1]. Et pourtant, trop d’enfants souffrent et meurent encore. En 2015, environ 21 pour cent des cas présumés étaient des enfants de moins de 5 ans et 38 pour cent des jeunes de moins de 18.

Getson ne fera pas partie des victimes. Après trois jours passés au CTC, le petit garçon peut s’asseoir et boire la solution de réhydratation orale que sa mère lui donne. Bien qu’il soit encore faible, si son état continue de s’améliorer, il pourra rentrer chez lui avant la fin de la semaine. Le bon diagnostic et un traitement rapide jouent un rôle vital sur l’issue heureuse ou fatale de la maladie. Getson a bénéficié des deux, grâce à un partenariat efficace entre le Ministère de la Santé et ses partenaires, dont l’UNICEF.

Progrès contre le choléra et perspectives

 Diana et Neila, à leur admission au centre de traitement du choléra. La diarrhée dont elle souffre ayant reçu un diagnostic de gastroentérite sans gravité, la petite fille n’aura pas à rester au centre.

Diana et Neila, à leur admission au centre de traitement du choléra. La diarrhée dont elle souffre ayant reçu un diagnostic de gastroentérite sans gravité, la petite fille n’aura pas à rester au centre.

Les progrès réalisés sur le contrôle de la maladie ont été rendus possibles grâce à une coordination continue et au déploiement d’un dispositif solide de surveillance, d’alerte et d’intervention depuis le milieu de l’année 2013. Ces deux actions font partie du Plan national pour l’Élimination du Choléra, conduit par le Ministère de la Santé publique et des Populations (PSPP), en coordination avec la Direction nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement (DINEPA) et avec le soutien de l’UNICEF (financé notamment par l’ECHO, le DFID et les gouvernements du Canada et de la Norvège), de l’Organisation mondiale de la santé/OPS, de la Banque Mondiale, du Centre pour le Contrôle et la Prévention des Maladies (CDC) et de diverses autres organisations non gouvernementales.

Oui, mais voilà, il y a un « MAIS » : trois ans après son lancement, ce Plan national souffre de sous-financement, n’ayant reçu que 36 pour cent de la somme nécessaire pour répondre aux besoins identifiés (Nations Unies, mise à jour 2016). Aujourd’hui, les résultats obtenus valident l’efficacité de l’approche qui a été mise en place, cependant le manque de financement remet en jeu les efforts et les investissements réalisés au cours des trois dernières années. Le 1er juin, Haïti va entrer dans la saison des ouragans de l’Atlantique (de juin à novembre) qui, en 2016, risque fort d’être une saison « active », avec des périodes de précipitations diluviennes. On s’attend, en réponse, à une recrudescence du nombre de cas présumés de choléra en raison de la pratique encore très courante de la défécation à l’air libre, ainsi que d’un système d’assainissement et de mesures d’hygiène inappropriés. Tous ces facteurs accroissent le risque de contamination de l’eau et des aliments que les pluies ne font qu’aggraver.

Haïti, Cap-Haïtien, la petite Neila a retrouvé son sourire radieux.

Haïti, Cap-Haïtien, la petite Neila a retrouvé son sourire radieux.

Voici une autre jeune patiente capable de sourire à nouveau : Neila, 5 ans. Elle s’était présentée le matin même, avec sa mère Diana Leaupremier, à l’Hôpital Universitaire Justinien où il fut établi que sa diarrhée était due à une gastroentérite sans gravité. Déjà bien avant l’épidémie de choléra de 2010, la diarrhée était l’une des cinq principales causes de mortalité chez les moins de cinq ans en Haïti. En 2012, on ne comptait pas moins d’un enfant sur cinq souffrant régulièrement de diarrhée ; faute de soins médicaux, ces diarrhées entraînent bien trop souvent la mort[2]. À l’hôpital, Neila a reçu une solution de réhydratation orale pendant toute la matinée et, à midi, son état s’était très visiblement amélioré. Tout comme Getson, elle rentrera bientôt chez elle et poursuivra son chemin vers l’âge adulte. Mais combien d’enfants dans leur situation n’auront pas cette chance ? Combien d’enfants tomberont malades et mourront en raison d’une simple diarrhée qui aurait pu être évitée[3] ?

Cornelia Walther

Traduction Cendrine Strevens

 

[1] Il n’existe pas d’explication claire à la très faible incidence de la maladie au premier semestre 2014 bien qu’un certain nombre d’hypothèses aient été émises : un saison sèche très longue, débutée en octobre 2013, un niveau de sensibilisation de la population très élevé, le lancement du mécanisme d’alerte et d’intervention et un pic d’immunité potentiel de la population contre la maladie, deux à trois années après la plus forte incidence.

[2] Enquête Mortalité, Morbidité et Utilisation des Services EMMUS-V (2012) http://mspp.gouv.ht/. Rapport sur la prévalence de la diarrhée au cours des deux semaines ayant précédé l’enquête.

[3] Bien que le choléra soit une maladie hautement infectieuse et puisse tuer en quelques heures, on peut stopper, traiter et éviter ce type de diarrhée aiguë en fournissant à la population un accès à de l’eau salubre et à un système d’assainissement, ainsi qu’en les informant sur les mesures de prévention efficacies.

 

 

 

 

Lutte contre le choléra, savoir et action vont de paire

 

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Brigitte montre comment utiliser le seau d’eau inclus dans le kit d’hygiène fourni à chaque famille résidant à l’intérieur du cordon sanitaire.

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Brigitte montre comment utiliser le seau d’eau inclus dans le kit d’hygiène fourni à chaque famille résidant à l’intérieur du cordon sanitaire.

Haïti, département du Nord/Grand Bois, 31 mars 2016. « Se laver les mains avant de manger et d’allaiter, après avoir fait ses besoins, utiliser des pastilles Aquatabs pour purifier l’eau », Marie[1], 32 ans, énumère sans effort et d’une voix sereine, quelque peu monotone, les mesures à prendre pour qu’elle-même et ses enfants soient protégés contre le choléra. Sa famille, ainsi que dix autres foyers, fait partie du « cordon sanitaire », une mesure de prophylaxie prise dans le but d’empêcher la propagation du choléra. En début de semaine, l’un de ses enfants et plusieurs voisins ont fait l’objet d’une suspicion de choléra.

Son voisin Paul[2], un homme d’une quarantaine d’années, était tombé malade la semaine précédente et emmené au centre de traitement du choléra de Pilate, à 30 minutes de route. Après plusieurs jours de réhydratation par voie intraveineuse son état s’est stabilisé et une fois qu’il aura reçu une réhydratation orale pendant quelques jours de plus, il pourra quitter le centre et rentrer chez lui. Comme à chaque fois qu’un cas de choléra est suspecté, celui de Paul a déclenché le mécanisme d’intervention rapide mis en place en Haïti il y a trois ans et mis en application depuis dans tout le pays avec des résultats encourageants.

« Lorsque nous arrivons dans un endroit, nous rendons d’abord visite à la famille du patient atteint de choléra. Nous interrogeons les membres de sa famille en suivant un questionnaire standard portant sur des questions telles que les mesures d’hygiène à domicile, le point d’eau qu’ils utilisent habituellement, les déplacements récents du patient et de sa famille, le métier du patient, etc. Notre objectif consiste à identifier le plus rapidement possible l’origine de la contagion afin d’éviter la propagation de la maladie », explique Brigitte Honoré, 34 ans. Après une formation dans un laboratoire privé à Cap-Haïtien, elle travaille désormais comme agent de sensibilisation communautaire au sein de l’équipe mobile d’intervention d’Oxfam depuis novembre 2015.

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Lors du contrôle mené après la remise du kit d’hygiène, le test sur l’eau démontre que la famille n’a pas mis en pratique les conseils donnés pour purifier l’eau.

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Lors du contrôle mené après la remise du kit d’hygiène, le test sur l’eau démontre que la famille n’a pas mis en pratique les conseils donnés pour purifier l’eau.

Toutes les équipes mobiles d’intervention sont composées de membres d’ONG et d’agents gouvernementaux afin d’assurer une bonne coordination. Après s’être acquittés de la partie épidémiologique, Brigitte et ses collègues montrent aux gens comment empêcher la propagation du vibrion cholérique. « L’action de sensibilisation constitue l’élément le plus important de notre visite. Notre objectif consiste à montrer aux gens comment ils peuvent se protéger contre le choléra en adoptant des mesures toutes simples comme le traitement de l’eau, le lavage des mains, etc. Nous leur fournissons également suffisamment de chlore pour un mois, ainsi que du savon et un seau. Si le risque de propagation est très élevé, nous installons un point chloration, où une personne de la communauté est chargée de rajouter du chlore à l’eau que les gens viennent chercher. » La dernière étape consiste dans la désinfection systématique du domicile du patient et de ses alentours immédiats au moyen de chlore, en vue d’éliminer tout résidu du vibrion cholérique et de protéger ainsi de la maladie les autres membres de la famille. Avant le départ de l’équipe mobile d’intervention, les agents gouvernementaux, appelés EMIRA (Équipes Mobiles d’Intervention Rapide), administrent une dose d’antibiotiques à tous les membres de la famille. L’objectif est de conférer une immunité contre la bactérie pour une période d’environ trois jours afin de rompre la chaîne de transmission.

L’établissement d’un cordon sanitaire suit la même logique. En appliquant le protocole indiqué aux dix

familles vivant à la proximité immédiate du patient atteint de choléra, l’équipe mobile ch

 

Au bout de deux jours, l’équipe mobile revient voir la famille pour contrôler l’utilisation du kit d’hygiène fourni. L’objectif consiste à vérifier que les familles résidant à l’intérieur du cordon sanitaire se souviennent des mesures de protection et qu’elles les mettent réellement en pratique. Pour en avoir le cœur net, Brigitte et ses collègues ne se contentent pas de paroles ; ils testent l’eau consommée par la famille afin d’avoir confirmation qu’elle a bien été traitée avec du chlore. « La plupart du temps, les gens savent parfaitement ce qu’il faut faire. Mais dès que le risque imminent de choléra a disparu, ils reprennent leurs anciennes habitudes, comme aller chercher l’eau de sources non protégées et s’abstenir de purifier l’eau qu’ils consomment, » raconte Brigitte en poussant un profond soupir. Et, de fait, le test réalisé chez Marie montre que l’eau qu’elle consomme avec ses enfants n’a pas été chlorée. « À partir de maintenant, je le ferai, » promet la jeune femme, un sourire timide aux lèvres, lorsque Brigitte lui montre les résultats.

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Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Merseline, membre de l’équipe d’intervention rapide d’Oxfam à la fin de sa visite à Grand Bois.

Dans le cas de Grand Bois, la cause de cet épisode semble venir d’une source d’eau contaminée. La défécation à l’air libre fait partie des habitudes locales et, pendant la saison des pluies en particulier, cette pratique augmente le risque de voir les excréments entraînés dans les sources d’eaux libres, telles que les rivières ou les puits non protégés. Selon les estimations du Programme commun OMS/UNICEF de surveillance de l’eau et de l’assainissement[3], en 2012, seuls 62 pour cent des Haïtiens avaient accès à une eau de consommation de meilleure qualité et 24 pour cent à des toilettes individuelles ; dans les zones rurales telles que Grand Bois, ces chiffres tombent respectivement à 47 et 16 pour cent. Pour que le traitement de l’eau à domicile ne représente pas leur seule garantie, Brigitte et son équipe vont installer un point de traitement de l’eau.

L’action de l’UNICEF contre le cholera au sein du partenariat national

Depuis 2013, l’UNICEF assiste le gouvernement haïtien dans son action de prévention et de lutte contre le choléra, au niveau national et dans les zones décentralisées.

Le soutien apporté par l’UNICEF (qui bénéficie, notamment, de subventions accordées par l’ECHO, le DFID et les gouvernements du Canada et de la Norvège) comporte la dotation en personnel des centres de traitement du choléra ; la coordination au moyen d’un réseau d’ONG partenaires prenant en charge la formation et l’encadrement des techniciens de terrain gouvernementaux ; le renforcement du système d’approvisionnement en eau à travers un contrôle de la chloration et une liaison permanente avec les partenaires afin de mettre en œuvre une campagne massive de sensibilisation nationale conduite par le gouvernement en vue de promouvoir un assainissement communautaire pour toutes les familles menacées de choléra. En plus de ces investissements structuraux, l’UNICEF utilise un mécanisme de surveillance, d’alerte et d’intervention au moyen des équipes mobiles d’intervention rapide du Ministère de la Santé publique et d’un réseau de 5 organisations non gouvernementales. Ce système s’appuie sur le Plan national pour l’Élimination du Choléra (2013-2022). Il cherche à fournir, dans les 48 heures suivant l’enregistrement d’une alerte, un kit Eau, Assainissement et Hygiène (kit WASH) à tous les foyers au voisinage immédiat du domicile du malade atteint de choléra.

Malgré les nombreux défis et risques, la stratégie évoquée ci-dessus se révèle efficace. Au cours des trois dernières années, le nombre de cas de choléra présumés a connu une diminution continue, passant de 101 354 cas présumés en 2012 à 29 078 en 2014 et 36 045 en 2015[4]. Cependant, malgré cette tendance à la baisse, le nombre de cas présumés de choléra en Haïti en 2015 restait supérieur au nombre de cas signalés dans l’ensemble du continent africain…

Et pourtant, aujourd’hui, trois ans après son lancement, le Plan national pour l’Élimination du Choléra demeure sous-financé, ne réunissant que 36 pour cent du montant nécessaire (Nations Unies, mise à jour 2016). Cette menace de déficit de financement compromet sérieusement les efforts et les investissements de trois années entières et met d’innombrables vies en danger.

Cornelia Walther

Traduction Cendrine Strevens

[1] Prénom modifié afin de prévenir toute stigmatisation

[2] Idem

[3] Programme commun OMS/UNICEF de surveillance de l’eau et de l’assainissement http://www.wssinfo.org/

[4] Source : Statistiques publiées par le Ministère de la Santé publique et des Populations (MSPP) et par la Direction d’épidémiologie de Laboratoire et de Recherche (DELR)

Une campagne de vaccination contre le choléra cible plus de 118 000 citoyens

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Louis 4 ans reçoit à l’école, sa première dose de vaccin contre le choléra à Arcahaie.

En avril, le MSPP, UNICEF Haïti, l’OMS/PAHO et Acted ont unis leur force pour vacciner une population cible de plus de 118.000 personnes à l’exception des enfants de moins d’un an et des femmes enceintes. 255 équipes composées  d’un vaccinateur, d’un crieur public et d’un enregistreur se sont déployées sur le terrain pour administrer la première dose du vaccin par voie orale. Les agents de l’ONG Acted appuyés par UNICEF ont effectué la sensibilisation de la population aux bonnes pratiques d’hygiène dans cette localité à haut risque de choléra.

Ces équipes se sont dispersées sur le territoire dans des postes avancés près de points d’eau ou de lieu de rassemblement et ont organisé des actions de vaccinations dans les écoles ou aux abords des églises le week-end.

Un second passage se déroule du 5 au 9 mai pour administrer la deuxième dose. Entre les deux phases, la mobilisation sociale s’est mise en place, avec un objectif que tous ceux et celles qui ont reçu un premier vaccin viennent prendre la seconde dose. Le vaccin à lui seul ne peut pas protéger contre le choléra. C’est pourquoi, le respect des mesures d’hygiène est un des éléments essentiels de la lutte.

255 équipes se sont déployées dans l’arrondissement  d’Arcahaie

255 équipes se sont déployées dans l’arrondissement  d’Arcahaie

Pour remobiliser les citoyens vaccinés, les crieurs publics et les agents de santé s’activent cette semaine, de même que les radios locales diffusent les messages-clefs et les dates de passages des équipes de vaccination. « Nous utiliserons tous les moyens possibles des visites de ménages et dans les lieux publics en passant par des camions avec speaker et la radio communautaire. En plus des messages délivrés, chaque personne vaccinée a reçu une carte à la première vaccination lui rappelant qu’un second passage est prévu », signale Dr Contant de l’UAS de l’Archahaie.

Depuis 2010, plus de 100,000 Enfants de moins 5 ans ont été recensés parmi les cas suspects de choléra. 754 en sont décédés[1].

« Cette campagne de vaccination fait partie d’un ensemble d’actions conduites pour éradiquer le choléra. Aujourd’hui, l’épidémie de choléra continue d’affecter la population haïtienne notamment les plus vulnérables. Le choléra peut tuer en quelques heures un enfant malnutri ou vivant dans une localité sans capacité de prise en charge » indique Marc Vincent, Représentant de l’UNICEF en Haïti.

Pourtant, le choléra est une maladie évitable. La vaccination, l’information sur les moyens de prévention, l’accès à l’eau potable et aux structures d’assainissement, les services de santé sont essentiels pour permettre aux enfants et à leurs familles de se protéger.

La situation est préoccupante mais des progrès sont en cours. En partenariat avec le Gouvernement haïtien et de nombreux acteurs, l’UNICEF donne ses appuis techniques et financiers dans la lutte contre les maladies d’origine hydrique dont le choléra, en améliorant l’accès à l’eau, à l’assainissement et aux services de santé pour les enfants haïtiens et leurs familles. Au niveau national deux ménages sur trois ont maintenant accès à l’eau potable, et une sur trois bénéficie d’installations sanitaires améliorées.

Arcahaie, la campagne de vaccination contre le choléra va de pair avec le rappel des mesures d’hygiènes et de prévention des maladies diarrhéiques.

Arcahaie, la campagne de vaccination contre le choléra va de pair avec le rappel des mesures d’hygiènes et de prévention des maladies diarrhéiques.

Malgré les nombreux défis, des gains importants ont été faits contre le choléra au cours des trois dernières années. L’objectif à court terme du ‘Plan national d’élimination du choléra’ a été atteint, avec moins de 50.000 cas en 2015. Ces progrès dans le contrôle du choléra ont été possibles grâce au mécanisme de coordination, de surveillance, d’alerte et d’intervention mis en place depuis mi-2013.

« Par cette campagne réalisée par le gouvernement avec l’appui des partenaires et des agences sœurs des Nations Unies, nous réalisons également des activités de mobilisation sociale. Ensemble, nous informons la population sur la disponibilité du  vaccin contre le choléra, nous encourageons  la population à se faire vacciner contre le choléra ; et nous renforçons les bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement. Tous ces éléments réunis nous permettrons de gagner ensemble la bataille contre le choléra» rappelle Marc Vincent Représentant de l’UNICEF en Haïti.

Julie Harlet- Communication UNICEF Haïti

[1] Sources de données épidémiologiques MSPP, Rapport de cas au 28 mars 2016