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Améliorer l’accès et la qualité de l’eau pour les communautés victimes de Matthew

La source réhabilitée à Melonière

Les Cayes, 31 octobre 2017– L’UNICEF en Haïti, avec l’appui financier de la commission européenne pour la Protection Civile et Operations d’Aide Humanitaire Européennes (ECHO) et l’USAID, accompagne la Direction nationale d’eau potable et d’assainissement (DINEPA) et la Norwegian Church Aid (NCA) pour la mise en œuvre d’un projet visant à réhabiliter 9 sources d’eau, 2 réseaux de distribution et 5 puits artésiens dans les communes de Chantal et de Saint-Louis du Sud (Département du Sud), frappées durement par l’Ouragan Matthew.

Ce projet s’inscrit dans le cadre des actions initiées par l’UNICEF et soutenues par ses bailleurs pour renforcer les capacités de la DINEPA qui a pour mission de mettre en œuvre la politique de l’État Haïtien dans le secteur de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement, de manière à garantir le droit de la population, notamment les enfants et les femmes, d’avoir accès à l’eau potable.

Les activités de ce projet permettront aussi aux habitants des communautés ciblées d’obtenir les informations utiles, à travers des sensibilisations, sur les bonnes pratiques d’hygiène à adopter en vue de se protéger des maladies, comme le choléra, liées à la consommation d’une eau non potable et contaminée.

Les habitants des communautés ciblées ne cachent pas leur satisfaction, et leur enthousiasme à l’idée de voir finaliser la réhabilitation de ces ouvrages.

« Avant le début des travaux de réhabilitation, la boite de captage de la source figuier était rempli d’alluvions, maintenant nous sommes sûrs qu’il y aura une amélioration de la qualité de l’eau après les interventions. Nous sommes satisfaits des travaux en cours. », indique Micheline Jeanne Zeno, CASEC de la 2eme section communale Mélonière, commune de Chantal.

«À travers ce projet, l’UNICEF, soutenu par ses bailleurs, veut contribuer au renforcement de la résilience des communautés, incluant celles qui sont isolées dans les montagnes et très difficiles d’accès, en plus d’être vulnérables aux aléas naturels et victimes de l’ouragan Matthew », soutient Olivier Hounkou, spécialiste WASH à l’UNICEF.

Mobilisation contre le choléra dans les marchés publics

Une équipe de sensibilisation

« L’opération coup de poing » continue à travers les départements de l’Ouest et du Plateau central. Les différentes organisations partenaires ont envoyé leurs agents dans les lieux publics afin de sensibiliser les gens sur le choléra. Les marchés particulièrement se révèlent stratégiques quand on pense à la quantité de gens qui les fréquentent tous les jours.

Il est midi ce jeudi 12 octobre, aux alentours du marché de Gérald Bataille, c’est la grande foule, comme toujours. Les agents de la mairie de Tabarre, sélectionnés pour faire la sensibilisation dans le cadre de l’opération « coup de poing contre le choléra », sont déjà à l’œuvre vêtus de leur T-Shirt et Casquettes de couleur verte avec pour slogan « Yon Ayiti sans Kolera ». Pour cette séance, une équipe de l’UNICEF et de la Croix-Rouge française, les accompagnent.

Les agents, très actifs et expressifs, expliquent aux usagers du marché  les précautions qu’ils doivent prendre afin d’éviter d’attraper le choléra. « Il faut se laver les mains dans les moments clés, laver les fruits et légumes avec de l’eau traitée, couvrir les aliments et boire de l’eau potable », sont entre autres les messages véhiculés. Des dépliants sur le choléra sont également distribués aux gens.

L’une des marchandes n’a pas tari d’éloges sur les agents de terrain. « Je suis très contente d’avoir toutes ces connaissances sur le choléra. Cela va permettre de protéger ma famille et moi-même. De plus les explications des agents sont claires et simples », explique-t-elle.

Le choléra est toujours présent

Distribution de depliant sur le choléra

« Mon travail est de sensibiliser les marchandes, les acheteurs en insistant sur le fait que le choléra est toujours là. Et qu’ils doivent prendre des précautions afin d’éviter d’attraper la maladie en appliquant des principes d’hygiène », indique Rolph Moise, agent de sensibilisation.

Au commencement ce n’était pas facile pour les agents de sensibilisation, à cause d’une certaine réticence des gens qui ne voulaient pas les écouter. Il y avait même de l’hostilité. « Maintenant les gens sont plus réceptifs. Ils écoutent ce qu’on leur dit. Il existe maintenant une certaine familiarité avec eux. Car nous avons été formés pour le travail et nous savons comment les approcher », continue-t-il.

Une stratégie axée sur le changement de comportement

La composante communication de « l’opération coup de poing » met l’accent sur le changement de comportement de la population. Cette stratégie engage et responsabilise les communautés et les réseaux pour influencer ou renforcer les normes sociales ; elle utilise tous les médias (interpersonnel, groupe, masse) pour atteindre son but.

« La Communication Inter Personnelle est un axe stratégique du processus du changement de comportement car elle permet de discuter avec les individus pour comprendre les motifs favorables  au changement. C’est dans ce cadre que cette initiative a été instaurée dans les marches  en vue d’atteindre un grand nombre de personnes. », explique Ghaffar Gomina, Spécialiste  en Communication Pour le Développement (C4D) à l’UNICEF, ajoutant que « l’engagement communautaire, un moyen efficace de renforcer le changement de comportement ».

L’ « opération coup de poing » a pour objectif principal d’atteindre une incidence nationale inférieure à 0,1% d’ici la fin 2017. Des activités  de sensibilisation ont lieu également dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Plateau Central. Ce projet a reçu le support financier de l’Ambassade du Japon, de l’ambassade du Canada et du Fonds central de réponse d’urgence des Nations Unies.

 

 

 

 

 

Cholera: L’UNICEF distribue du matériel dans le cadre de l’opération coup de poing

Les principaux partenaires de l’operation coup de poing

L’opération coup de poing est une nouvelle stratégie de lutte contre le choléra en cours dans les départements  de l’Ouest, du Centre, dans le  Bas plateau Central.  Elle a pour objectif principal « d’atteindre une incidence nationale < 0,1% à fin 2017 » et de manière spécifique  de « réduire la transmission le plus bas possible avant la saison de haute transmission (Septembre à  Décembre) afin de se rapprocher de l’objectif de l’élimination ».

Le Ministère de la Santé publique et de la population (MSPP) avec un appui technique et financier de l’UNICEF, insiste sur la mobilisation communautaire et l’engagement des autorités locales. Pour ce faire, deux stratégies ont été mises en place :

  • L’une avec les mairies au cours de laquelle neuf mairies du département de l’Ouest ont déployés 25 agents sensibilisateurs dans environ 20 marchés de la ville. Par ailleurs, des activités de sensibilisation se font par les agents des mairies dans les Organisations Communautaires de Base (OCB) et avec les responsables des pompes funèbres pour réduire le risque de contamination suite aux décès mal gérés.
  • L’autre avec des organisations locales qui font de la communication itinérante dans les gares routières avec les véhicules de transport en commun et dans les églises a forte concentration de fidèles.

Pour accompagner toutes ces activités de communication, l’UNICEF a distribué du matériel de sensibilisation aux partenaires afin d’intensifier la lutte contre le choléra.

C’est dans l’entrepôt de l’UNICEF du côté de Cazeau que la distribution s’est effectuée en présence de représentants de l’Etat haïtien et d’organisations impliquées dans la lutte contre le choléra. Le matériel contient des flyers, stickers, planches éducatives cholera, des T-shirts, des casquettes, Sacs, des affiches et des mégaphones.

Les partenaires renforcent la lutte

Dans une courte allocution de circonstance, le Dr Nathan Zéphirin, conseiller technique au sein de l’Unité d’appui à la décentralisation sanitaire (UADS), a indiqué que le MSPP, ne peut pas gagner cette lutte, sans la collaboration des partenaires.

un chargement d’une partie du materiel

« Nous comptons sur vous, surtout dans cadre de cette activité, pour arriver à sensibiliser la population, afin qu’on puisse définitivement éliminer le cholera en Haïti, à l’horizon 2022 comme défini dans le plan d’élimination du choléra. », a-t-il insisté. Il a plus loin, adressé un remerciement spécial à l’UNICEF qui « a été un partenaire de toujours dans la lutte contre le choléra ».

Pour sa part, Paul Christian Namphy, coordonnateur national de réponse choléra pour la Direction Nationale d’eau potable et d’assainissement (DINEPA), a insisté sur les actions concrètes qu’il faut prendre sur le terrain afin d’en finir avec la maladie. Il a notamment mis l’accent sur l’accompagnement de la population afin qu’ils changent de comportement.

Plus loin, il a insisté sur les gestes qui peuvent aider à éliminer le choléra : se laver les mains dans les moments clés, boire de l’eau traitée, aller à la toilette. « La DINEPA, le MSPP et les instances de tutelle gouvernementales, nous allons ensemble assurer avec vous cette victoire », s’est-il adressé aux organisations présentes.

Une nouvelle stratégie

Le volet communication de cette opération coup de poing contre le choléra poursuit deux objectifs clés : engager les autorités locales; renforcer la participation communautaire aux activités de sensibilisation pour le changement de comportement.

Au-delà de la phase de mobilisation communautaire, l’opération comporte également une phase d’actions.  15 équipes de réponses rapides supplémentaires sont déployées dans le département de l’Ouest et permettent de répondre à plus de 85% des cas suspects et de renforcer la prévention, la  mobilisation et la sensibilisation.

 

De nouveaux véhicules pour la DINEPA

Le besoin crucial de rendre plus visible le secteur de l’eau potable et de l’hygiène ainsi que les problématiques s’y afférant se fait de plus en plus ressentir. Ainsi les missions de la Direction Nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement (DINEPA) se doivent d’être partagées ainsi que les défis auxquelles l’administration doit faire face.

Sensibilisation dans les écoles pour combattre le choléra

En réponse aux flambées de choléra, beaucoup d’actions ont été menées au sein des communautés. Les actions de sensibilisation des différents agents de terrain, la prise en charge des cas suspects de choléra, le cordon sanitaire autour des maisons contaminées, la diffusion en masse de message surtout aux moments critiques, permettent de lutter contre la maladie au sein de la population. Lire la suite

Flambée de Choléra à Titanyen

Le comité d’investigation de l’Ouest, composé de membres de la DINEPA, du MSPP, d’UNICEF, de l’OMS et de plusieurs ONG, nous rapporte une flambée de choléra ayant eu lieu début Mai touchant la localité de Titanyen et ses alentours.

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Renforcer la prévention du Choléra Après Matthew

400 000 personnes[1], dont des enfants, ont bénéficié de l’accès à l’eau potable, avec l’appui de l’UNICEF et de ces partenaires dans le cadre de la réponse post-Matthew, d’octobre 2016 au mois d’avril 2017. Ces projets sont implémentés dans les départements du Sud et de la Grand’Anse, grâce au aux financements de bailleurs tels que le Département du Royaume-Uni pour le Développement International DFID et la Commission Européenne d’Aide Humanitaire et de Protection Civile (ECHO) ainsi que les gouvernements japonais, australiens, norvégiens et suédois.

Le système de distribution d’eau potable à la Savanne

 

Il est 11 h du matin. Le soleil est presqu’à son zénith. Quelques habitants de La Savanne défilent devant son unité de traitement d’eau alignant leurs gallons et seaux vides. Pas de bousculade, chacun attend son tour dans la discipline. L’ambiance est conviviale, meublée de discussions sympathiques et de rires.

Les femmes et les adolescentes sont majoritaires à venir s’approvisionner aux robinets de l’unité de traitement d’eau de la Savanne. On retrouve aussi plusieurs hommes, qui se mêlent aux conversations.

« Je viens puiser l’eau à ces robinets tous les jours, parce qu’elle est traitée. Après l’ouragan Matthew, plusieurs personnes du quartier ont contracté le choléra. Heureusement, ils ont pu bénéficier des soins médicaux nécessaires à temps. », explique Blaise, un riverain.

Le quartier la Savanne fait effectivement partie des communautés qui ont connu une résurgence des cas de choléra, suite au passage de l’ouragan Matthew le 3 et 4 octobre 2016.  Le nombre de cas de choléra enregistrés, dans le Sud, s’élevait à 500  au cours de la semaine du 9 au 15 octobre[1], selon le ministère de la Santé Publique et de la Population. Ce nombre a considérablement diminuer pour passer à 37 pour le même département au cours de la semaine du 25 au 31 décembre 2016[2].

 

les riverains venant puiser de l’eau

Le réservoir du Centre Technique d’Exploitation CTE des Cayes à la Savanne est dysfonctionnel depuis une quinzaine d’années

 2000 gallons d’eau distribués par jour 

La Savanne est l’un des plus grands quartiers de la ville des Cayes, qui compte 70 000 habitants selon les estimations de l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique IHSI en 2015[3].

Les techniciens de l’unité de traitement d’eau témoignent d’une affluence considérable de bénéficiaires aux robinets de l’Unité de traitement d’eau : « Nous nous assurons que l’eau soit disponible dès 8 heures du matin, c’est à ce moment-là que les gens commencent à venir, généralement. Ils s’approvisionnent pendant toute la journée, avec une plus grande affluence le matin et le soir. Nous distribuons 2000 gallons d’eau par jour. L’eau est toujours traitée avant la distribution. », explique l’un des techniciens.

Ce projet d’unité de traitement d’eau est implémenté dans le quartier la Savanne par l’ONG Water Mission avec l’appui de l’UNICEF, à travers un financement, accordé par la Commission Européenne d’Aide Humanitaire et de Protection Civile (ECHO).

Il a permis d’installer d’autres unités de traitements d’eau dans les communautés affectées par l’ouragan Matthew dans les départements du Sud et de la Grand’Anse, notamment dans les villes de Port Salut et Les Anglais (11 800 habitants[4]), ainsi que sur la zone côtière de la ville des Cayes (Plage de Gelée) et d’autres encore.

Ce projet a également favorisé des activités de sensibilisation et de promotion à l’hygiène, ainsi que des suivis continus pour maintenir la qualité de l’eau desservie quotidiennement aux bénéficiaires.

 

[1] Profil statistique Cholera 2016 – SE52 : http://mspp.gouv.ht/site/downloads

[2] Profil statistique Cholera 2016 – SE41 : http://mspp.gouv.ht/site/downloads

[3] 2015, IHSI Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatiques : http://www.ihsi.ht/pdf/projection/Estimat_PopTotal_18ans_Menag2015.pdf

[4] Idem

 

[1] https://www.unicef.org/appeals/files/UNICEF_Haiti_Humanitarian_Situation_Report_April_2017.pdf

Histoire d’une flambée de choléra à Léogane

Phénide Ange Beaussejour, spécialiste Urgences chez UNICEF Haïti nous raconte comment une famille à Gressier a été contaminée par le choléra. Par cet extrait brut venu du terrain, notre collègue Phénide  illustre toute la complexité de la lutte contre le choléra en Haïti.

Depuis le Samedi 25 Mars,  le CTDA (Centre de Traitement de la Diarrhée Aigüe) de Gressier accuse une hausse brusque des cas suspects de cholera. En tout, 32 cas ont été enregistrés du Samedi 25 au Mardi 28 au matin, dont un décès communautaire.

La grande  majorité des patients proviennent de la zone de Fond des Boudins, située à Sainte Etienne dans la commune de Léogane. Beaucoup parmi les patients sont des membres d’une même famille vivant dans un espace géographique appelé en créole « lakou ». Le cas index[1] est Dieuseul,[2] un homme âgé de 70 ans. Il reporte avoir commencé à présenter des symptômes dans la nuit du Vendredi 24 Mars. Ce même jour il a participé à un « kombit » (un rassemblement volontaire de paysans qui s’entraident pour effectuer une tou plusieurs tâches) avec 6 personnes de la zone et tous auraient partagé de la nourriture et mangé du pain acheté d’un marchand ambulant à moto. Quatre des personnes qui ont pris part au « kombit »  sont tombées malades dans les 24 -48 heures.

Le jour de l’hospitalisation de Dieuseul, le Samedi 25 Mars, sa fille Marie[3] et son bébé âgé de six mois commencent eux aussi à présenter des symptômes et sont transportés le jour même au CTDA de Gressier. Cependant, Marie refuse de garder son enfant au CTDA de peur qu’il ne soit « infecté » et le renvoie chez une cousine de 16 ans, enceinte,  qui vit dans le même « lakou ».

Pendant que Marie reçoit les soins au CTDA, l’état de l’enfant se dégrade. Le Lundi matin la cousine le transporte d’urgence au centre de santé de Sainte Etienne, mais l’infirmière sur place est incapable de le prendre en charge faute d’intrants. L’enfant décède sur le chemin du retour et est enterré le jour même dans un trou creusé dans l’arrière cour de Marie, sa mère. Cette dernière est encore hospitalisée à Gressier et n’est pas encore au courant du décès de son bébé.

Aujourd’hui encore,  des enfants et des bébés continuent de mourir d’une maladie évitable 

 Tombeau improvisé du bébé de Marie

Tombeau improvisé du bébé de Marie

Des zones reculées, des travaux paysans en groupe, des marchands ambulants qui vendent des produits d’une hygiène douteuse, des personnes qui consomment de l’eau d’une source non protégée, des centres de santé démunis.

Cette triste histoire reflète toute la complexité de la lutte contre le choléra en Haïti et  nous montre qu’aujourd’hui encore, malheureusement, des enfants et des bébés continuent de mourir d’une maladie évitable.

En plus de son travail avec les équipes d’interventions rapides, UNICEF s’assurent appuie des Unités Mobiles de la Direction de la Promotion de la Santé et de la Protection de l’Environnement (DPSPE) du Ministère de la Santé Publique et de la Population afin que des messages clés soient inclus dans les sessions de sensibilisation.

Dans le cas de Gressier, ces messages se focalisent   sur « les pratiques funéraires en cas de décès suite à des diarrhées», sur  « l’importance de recevoir des soins dans un Centre de Traitement de Diarrhée Aigue jusqu’à guérison complète» mais aussi sur le fait que  « les CTDA ne représentent pas un risque pour les enfants ».

Phénide Ange Beaussejour,

Spécialiste Urgences

UNICEF Haïti

 

[1] Cas index : ou patient zéro, est utilisé pour désigner la première personne d’une épidémie à avoir été contaminée par un agent pathogène.

[2] Le nom du patient a été changé pour des soucis de confidentialité

[3] Le nom de la patiente a été changé pour des soucis de confidentialité

Réponse et prévention : une alliance indispensable dans la lutte contre le choléra

Le nombre de cas suspects de choléra en Haïti a diminué – de plus de 350 000 cas suspects en 2011 à un peu plus de 41 000 en 2016. Chaque cas suspect de choléra déclenche une réponse rapide pour protéger contre la propagation de la maladie. Le but ultime? Eliminer le choléra en Haïti d’ici 2022.

Diarrhée et choléra, assurer un rétablissement rapide des petits patients

 

Nos partenaires Heart to Heart au CTDA de Marcfranc © Maxence Bradley

Nos partenaires Heart to Heart au CTDA de Marcfranc © Maxence Bradley

Aujourd’hui, nous vous emmenons en Grand’Anse visiter deux Centres de Traitement des Diarrhées Aigües (CTDA) avec nos spécialistes Urgences- Choléra et Suivi-Evaluation. L’occasion pour vous de rencontrer de jeunes patients qui n’ont qu’une idée en tête, guérir vite pour retourner jouer et apprendre.

En Haïti, les maladies d’origine hydrique telles que le choléra et les diarrhées aigües sont la première menace pour les enfants après un désastre. « Lors du passage de Matthew, notre première priorité a été de s’assurer que les enfants et leurs familles aient accès à de l’eau potable. Aujourd’hui, 281 000 personnes, dont plus de 118 000 enfants, ont accès a de l’eau potable chaque jour grâce aux activités soutenues par l’UNICEF telles que l’installation d’une station de traitement d’eau pour la ville de Jérémie et de 20 autres stations mobiles de potabilisation plus petites dans les départements concernés », explique Marc Vincent, Représentant de l’UNICEF en Haïti .

L’eau potable, l’hygiène et l’assainissement sont des interventions essentielles qui sauvent des vies lors des crises humanitaires comme celle que traverse Haïti depuis le début du mois octobre. Garantir l’accès à l’eau potable, à des conditions sanitaires adéquates et à l’hygiène est d’autant plus important que le pays est confronté à une épidémie continue de choléra.

Le CTDA de Moron© Maxence Bradley

Le CTDA de Moron© Maxence Bradley

L’UNICEF a augmenté le nombre d’équipes d’intervention rapide pour répondre aux flambées de cas suspects de choléra à Grand ‘Anse et au Sud, passant de 5 équipes pré-ouragan à 36 après le passage de Matthew. 88 équipes sont actives dans tout le pays pour contrôler la maladie.

Depuis Matthew, UNICEF appuie aussi dans certaines zones la prise en charge des cas de choléra ainsi que des réhabilitations de CTDA. Le 28 novembre 2016, Samuel Baulieu spécialiste Urgences et Choléra, Stephanie Druey, spécialiste Suivi – Evaluation et Perrine Loock spécialiste en Suivi -Evaluation et Choléra se rendent dans deux CTDA à Marcfranc et à Moron en Grand ‘Anse, l’un des départements les plus affectés par Matthew pour rencontrer nos partenaires Médecins du Monde et Heart to Heart, pour constater ce qui a été fait pour réhabiliter les centres et pour évaluer les indicateurs de suivis de l’épidémie et de la réponse Matthew.

Guillaume Emilecar, gardien de securité au CTDA de Moron. © Maxence Bradley

Guillaume Emilecar, gardien de securité au CTDA de Moron. © Maxence Bradley

C’est Guillaume Emilecar qui nous accueille au CTDA de Moron. Le gardien arrose copieusement nos chaussures d’une solution d’eau chlorée et nous invitent ensuite à nous laver les mains. «  Ici, c’est le même traitement pour tout le monde » plaisante-t-il son pulvérisateur sur le dos, « chaque personne qui entre et sort du CTDA se lave soigneusement les mains et je pulvérise les chaussures avec de l’eau chlorée pour éviter toute propagation de maladies, le cholera bien sûr, mais aussi d’autres maladies transmises par l’eau. »

 

 « J’ai hâte  d’être remis sur pieds pour jouer au football»

Kettly Derosier, mère d'un jeune patient au CTDA de Moron © Maxence Bradley

Kettly Derosier, mère d’un jeune patient au CTDA de Moron © Maxence Bradley

A l’intérieur du centre, il n’y a que deux personnes ce jour-là. Kettly Derosier 35 ans et son fils, Roberto Delva 15 ans.’’ Roberto est malade depuis samedi. Nous sommes arrivés au CTDA ce matin’’, nous avise-t-elle.

Roberto Delva est un adolescent soucieux du bien-être de sa maman. Il s’inquiète de la voir fatiguée après deux nuits passées à son chevet. « J’ai hâte de me sentir en forme pour retourner à l’école et d’être remis sur pieds pour jouer au football, c’est mon sport préféré», raconte-t-il.

Lorsqu’un patient admis dans un CTDA souffre de choléra, nos équipes de réponses rapides consultent les registres pour trouver la zone de provenance de la personne malade, recherchent la maison de cette personne et mettent en place la stratégie de cordon sanitaire. « Sa maison et celles du voisinage sont nettoyées avec de l’eau chlorée, les personnes sont sensibilisées aux pratiques qui limitent le risque d’être infecté par la maladie », explique Samuel Baulieu spécialiste Urgences et Choléra chez UNICEF Haïti.

Cassandre Major infirmière à Moron et Roberto 15 ans.

Cassandre Major infirmière à Moron et Roberto 15 ans.

Puis, une distribution de seaux avec robinet, des pastilles pour désinfecter l’eau, des sachets de réhydratation orale et de savons est organisée. Ce kit sanitaire est prévu pour couvrir les besoins d’une famille pendant un mois.

« Le travail effectué par nos équipes de réponses rapides nous permet d’identifier les cas communautaires potentiels et de voir si certaines localités sont plus touchées que d’autres » ajoute-t-il.

 

 

La salle d’observation du CTDA de Marcfranc© Maxence Bradley

La salle d’observation du CTDA de Marcfranc© Maxence Bradley

Lorsque nous arrivons au CTDA de Marcfranc, c’est Jackenson Davilmart, médecin ; Jean Roger Polidor, administrateur du centre et toute une équipe d’infirmières et de personnel d’entretien qui nous accueillent. La salle d’observation permet d’évaluer en quelques heures la gravité des cas. Dans cette zone, les personnes avec diarrhées sont réhydratées par apport de Sérum de Réhydratation Orale ou par intraveineuse pour les plus fortement déshydratés. C’est aussi dans cet espace que les professionnels de la santé détectent si le patient souffre de cholera[1] ou d’un autre type de diarrhée aigüe. En fonction de la dénomination de la maladie et de la gravité de celle-ci, le patient est orienté dans différentes zones du centre ou il bénéficiera des soins appropriés.

Miss Lorry infirmiere au CTDA de Marcfranc et Jeff 7 ans © Maxence Bradley

Miss Lorry infirmiere au CTDA de Marcfranc et Jeff 7 ans © Maxence Bradley

Aujourd’hui au CTDA de Marcfranc, une dizaine de patients sont alités. Le plus jeune s’appelle Jeff, il a 7 ans. Son infirmière Miss Daphné Lorry est auprès de lui lorsque nous arrivons. Elle vérifie sa perfusion. L’enfant souffre des symptômes du choléra. Réhydraté, il se sent déjà mieux qu’à son arrivée. En complément, il reçoit également des antibiotiques. Cet antibiotique accélère le rétablissement du patient et diminue la période de contamination de celui-ci. Jeff sourit parce qu’il se sent mieux mais surtout car il sait que d’ici quelques jours, il pourra retourner chez lui. ’’Dès que je serai rétabli, j’irai retrouver mes copains et copines pour jouer aux boules et faire voler mon cerf-volant’’ précise-t-il, ’’Ce sont mes deux jeux favoris’’.

Après de fortes pluies, le nombre des cas suspects de choléra[2] a augmenté dans les communes d’Anse d’Hainaut, Moron, Jérémie dans le département de Grand’Anse et Chardonnières et de Port-à-Piment dans le département du Sud. Pour lutter contre la maladie, le MSPP (avec le soutien de l’OPS / OMS et de l’UNICEF) a vacciné la population contre le choléra et l’UNICEF a augmenté le nombre d’équipes mobiles d’intervention rapide dans les deux départements. Ces efforts ont contribué à une diminution du nombre global de cas suspects, qui connait une tendance à la baisse depuis début novembre[3].

L’UNICEF continue d’évaluer les conditions d’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène dans les abris où la population a trouvé refuge et dans les centres résidentiels accueillant les enfants vulnérables. 3 010 enfants[4] en centres résidentiels ont été identifiés comme nécessitant une assistance en nutrition et en accès à l’eau, assainissement et hygiène. L’UNICEF a également élargi ses partenariats avec des ONG nationales et internationales dans les départements du Sud, de Grand ‘Anse, des Nippes et du Nord-Ouest pour répondre encore mieux aux besoins de la population touchée.

Jeff 7 ans petit patient au CTDA de Marcfranc. © Maxence Bradley

Jeff 7 ans petit patient au CTDA de Marcfranc. © Maxence Bradley

Julie Harlet

Communication UNICEF Haïti

[1] Seul un test microbiologique effectué en laboratoire peut confirmer cela avec certitude. Il n’y a en ce moment que deux laboratoires en Haïti. L’un a Port-au-Prince la capitale, l’autre à Saint Marc. Un autre laboratoire devrait ouvrir aux Cayes.

[2] 8457 cas suspects de choléra ont été signalés en Haïti depuis l’ouragan. (MSPP- Factsheet Ouragan Matthew WASH/Cholera 19 décembre 2016.)

[3] Factsheet Ouragan Matthew WASH/Cholera 19 décembre 2016.

[4] Ibid