La scolarisation de tous les enfants d’Haïti est une priorité

Le décrochage scolaire, la marginalisation progressive des enfants et le sur-redoublement restent des réalités importantes en Haïti. C’est ainsi qu’une étude concernant les enfants en dehors du système éducatif haïtien a vu le jour et a été présentée.

L’éducation est un droit inaliénable pour l’enfant et il est un devoir pour l’Etat de subvenir à ses besoins éducatifs. L’article 28 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant, ratifiée par la République d’Haïti en 1994, rappelle par ailleurs que « les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, […] rendent l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous ». En plus d’être un droit, l’éducation est un garant de la santé maternelle et infantile et de la prospérité d’une société.

Marc Vincent, Représentant d’UNICEF Haïti, ouvre l’atelier de par ses propos.

C’est en ce sens que s’est tenu mardi 20 juin 2017 l’Atelier de présentation de l’Initiative Globale sur les Enfants Non Scolarisés. Il s’agit d’une étude entrepris par l’UNICEF et l’Institut Haïtien de l’Enfance (IHE) de concert avec le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP). Pour l’occasion, Marc Vincent, Représentant d’UNICEF Haïti, a rappelé que « trop d’enfants n’ont toujours pas retrouvé le chemin de l’école » en soulignant que cela traduisait une « violation de leurs droits » et engendrait « de nombreux coûts économiques et sociaux. » Il a également accentué la problématique des sur-âgés qui caractérise les élèves qui ont plus que l’âge requis par leur classe d’affectation.

« Chaque enfant à sa place dans une salle de classe »

Pierre J. Agénor Cadet, Ministre de l’Education et de la Formation Professionnelle, entame son discours

La présence du Ministre de l’Education a également marqué l’engagement de l’Etat et du gouvernement dans la lutte contre l’exclusion scolaire. Il n’a pas manqué de rappeler qu’il était « indispensable de lancer les projets nécessaires pour le renouveau du système éducatif haïtien » afin de « permettre à tous les enfants en dehors du système d’y rentrer à nouveau». Il a conclu son intervention en rappelant que « chaque enfant à sa place dans une salle de classe ».

 

 

Galia Volel, section Education à UNICEF Haïti, présentant les résultats détaillés de l’étude

Les résultats de cette étude étaient très attendus. Il s’agissait pour les partenaires de mettre en place les bases afin d’établir un nouveau programme d’action. Tout d’abord il est important de rappeler que la majorité des enfants haïtiens ont un parcours scolaire atypique, non régulier, entrecoupé de pause et de reprise plus ou moins longue. Cet ensemble de situations irrégulière participe à conduire les enfants vers l’échec scolaire voire l’exclusion totale. Ainsi, en Haïti, c’est plus de la moitié de enfants qui n’atteindront pas la 6ème fondamentale et moins de 8 enfants sur 100 se rendront jusqu’à la Philo. Ainsi, plus de 320.000 enfants de 6 à 14 ans ne sont pas scolarisés et environ 160.000 adolescents de 15 à 18 ans ne fréquentent pas l’école pour un total d’environ 500.000 enfants de 5 à 18 ans complétements exclus.

Un autre fait mis en évidence par cette étude est le fort taux de sur-âgés dans les classes haïtiennes et ce dès la 1ère année avec la moitié des enfants ayant 1 an ou plus de retard. Ce phénomène s’accentue encore plus les années suivantes comme en quatrième année où plus d’un tiers des enfants ont 4 ans ou plus de retard. Cette tendance du sur-âge s’accompagne d’une déperdition importante des élèves à partir de la 5ème année fondamentale. Cette propension au décrochage progressif est encore plus accentuée dans le milieu rural que dans les zones urbaines. Une inégalité qui se poursuit également avec la problématique des enfants sur-âgés.

« Les redoublements précoces et récurrents sont également des prédicteurs d’échec scolaire pour les enfants »

En Haïti l’exclusion sociale des enfants résulte de trois facteurs principaux qu’il ne faut pas négliger. Tout d’abord l’entrée tardive au préscolaire ou bien en première année de l’école fondamental peut poser problème pour un enfant qui va prendre du retard : 6 enfants sur 10 commencent leur scolarité d’une manière anormale. Les redoublements précoces et récurrents sont également des prédicteurs d’échec scolaire pour les enfants ; les plaçant en situation d’échec scolaire caractérisé et les décourageant. Enfin, ces différentes difficultés font souvent aboutir l’enfant à un abandon prématuré.

Marc Vincent a rappelé lors de son discours que « cette étude montre que des centaines de milliers enfants de par le pays se trouvent à la maison, au champ alors que leur place est dans une salle de classe ». En effet, l’étude montre bien que le facteur économique reste l’une des principales causes de déscolarisation et donc d’exclusion. En cause : des frais de scolarité souvent trop élevés.

« De fait, très peu d’enfants n’ont jamais eu de contact avec le système scolaire »

Jacques Reid, défendant son point de vue sur l’importance de l’amélioration de la qualité de l’enseignement pour éliminer le décrochage et favoriser la réussite

Cependant, ces chiffres sont à relativiser du fait des parcours irréguliers de la plupart des enfants. De fait, très peu d’enfants n’ont jamais eu de contact avec le système scolaire ; seulement 2 enfants sur 100 ne seront jamais inscrits dans une école et 98% de scolarisés passeront au moins une fois dans le système.

L’exposé des résultats de l’étude a été suivi par de longues discussions passionnées entre les participants illustrant l’importance que ce thème a pour nos sociétés et pour le futur des enfants. L’étape suivante sera d’inclure les recommandations que cette étude porte dans le prochain plan stratégique du MENFP afin que l’action suive la prise de conscience.

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