UNICEF Haiti - Cholera Rapid Response Team

Réponse et prévention : une alliance indispensable dans la lutte contre le choléra

Le nombre de cas suspects de choléra en Haïti a diminué – de plus de 350 000 cas suspects en 2011 à un peu plus de 41 000 en 2016. Chaque cas suspect de choléra déclenche une réponse rapide pour protéger contre la propagation de la maladie. Le but ultime? Eliminer le choléra en Haïti d’ici 2022.

Haïti, département du Sud-Est. La Montagne, février 2017. «Me laver les mains avant de manger et de nourrir le bébé, me laver les mains après avoir fait mes besoins, utiliser des pastilles aquatab pour décontaminer l’eau.»  Madame Desloges, 64 ans, n’a aucun mal à réciter, d’une voix calme et quelque peu monotone, les actions qui la protégeront, elle et sa famille, contre le choléra.

Elle donne l’impression de parfaitement connaître la liste des recommandations à suivre, et pourtant, son mari Emmanuel est tombé malade la veille au soir et emmené au centre de traitement pour diarrhée aiguë de Jacmel, à une heure de route de chez eux, par crainte du choléra. Après avoir reçu une solution de réhydratation par intraveineuse, son état s’est stabilisé et après quelques jours passés au centre, il pourra rentrer chez lui. Le cas d’Emmanuel, comme toute autre suspicion de choléra, a déclenché le mécanisme d’intervention rapide standard mis en place en Haïti en 2013 et mis en pratique dans tout le pays avec des résultats encourageants.

 

Un total de 88 équipes mobiles d’intervention rapide déployées en Haïti

 

La maison fait l’objet d’une inspection ainsi que d’une désinfection au chlore.© Maxence Bradley

«Lorsque nous arrivons dans un endroit, d’abord, nous rendons visite à la famille du patient. Nous interrogeons sa famille, à l’aide d’un questionnaire standard, sur des sujets concernant les pratiques d’hygiène, leur point d’approvisionnement en eau, les déplacements récents du patient et de sa famille, le travail du patient, etc. Notre objectif consiste à identifier la cause de ce cas de choléra aussi rapidement que possible afin d’éviter la propagation de la maladie,» explique René Colon, 32 ans. Il travaille comme agent de sensibilisation auprès de la population au sein de l’équipe d’intervention rapide de Solidarité internationale depuis avril 2014.

À compter de janvier 2017, un total de 88 équipes mobiles d’intervention rapide seront déployées en Haïti. Elles concentreront leur action sur les communes les plus à risque, notamment les endroits touchés par l’ouragan Matthew en octobre 2016. Chaque équipe est composée d’agents appartenant à la fois à des ONG et au gouvernement afin de faciliter la coordination et l’efficacité de leur action. Une fois rempli le questionnaire épidémiologique, René passe le relais à son collègue Renie Fodoas, 35 ans, qui désinfecte systématiquement la maison des patients et ses alentours avec une solution chlorée, éliminant ainsi tout risque de résidus du virus du choléra. Il s’agit là d’une étape essentielle dans le processus de prévention visant à éviter la contagion des autres membres de la famille.

 

Les gens, bien souvent, savent ce qu’il faut faire, pourtant…

UNICEF Haiti - Cholera Rapid Response Team

L’eau destinée à la consommation est testée. Une dose d’antibiotique est prescrite et administrée à chaque membre de la famille. Du savon pour les mains et la toilette, ainsi que du chlore pour un mois et un seau avec couvercle hermétique sont distribués.© Maxence Bradley

L’étape de sensibilisation et de prophylaxie est la dernière de notre visite. Non seulement nous expliquons, mais nous montrons également par quels moyens on peut se protéger du choléra,» déclare Josépha Bellita, 28 ans, la représentante du ministère de la Santé au sein de l’équipe. Les gens, bien souvent, savent ce qu’il faut faire. Pourtant, dès que la menace imminente du choléra est passée, ils reprennent leurs anciennes habitudes, comme d’aller s’approvisionner à des points d’eau non protégés ou de ne pas purifier leur eau,» explique-t-elle en poussant un soupir exaspéré. Après la séance de démonstration, on fournit à la famille du chlore et du savon en quantité suffisante pour un mois, ainsi qu’un seau muni d’un couvercle dans lequel l’eau peut être décontaminée avant consommation. Avant le départ de l’équipe mobile, Josépha administre une dose d’antibiotique à tous les membres de la famille. Le but est de garantir une période d’immunité de 2 semaines afin de stopper la chaîne de transmission.

En appliquant ce protocole à la maison de la famille à laquelle appartient le patient ainsi qu’à celles des autres familles situées dans le proche voisinage, l’équipe d’intervention rapide établit un cordon sanitaire. Comme l’explique Ronnie, « nous cherchons à isoler la bactérie et à protéger les voisins du patient. » Après avoir décontaminé les maisons, il continue à ratisser le village en compagnie de son équipe, à la recherche d’autres cas de diarrhée et de décès suspects.

Dans les zones victimes d’une forte résurgence du choléra, l’équipe mobile revient voir la même famille après leur visite initiale afin de suivre la situation après distribution du kit. L’objectif de cette visite consiste à vérifier que cette famille ainsi que les autres situées à l’intérieur du cordon sanitaire se souviennent des mesures préventives, et qu’elles les appliquent bien.

 

L’action de l’UNICEF, dans le cadre du partenariat national, en vue de vaincre l’épidémie de choléra

Depuis 2010, l’UNICEF apporte son soutien au gouvernement haïtien dans la lutte contre le choléra, y compris en ce qui concerne l’élaboration du Plan national 2013 pour l’Élimination du Choléra. Les progrès réalisés sur le long chemin qui mène à l’élimination du choléra n’auraient pas été possibles sans l’aide constante d’importants donateurs, comme le service de l’UE à l’Aide humanitaire et à la Protection civile (ECHO), ou le solide partenariat avec le gouvernement haïtien, le système des Nations Unies et six partenaires non gouvernementaux.

Au cours de l’année dernière, le nombre de cas suspectés de choléra n’a cessé de diminuer : de plus de 350 000 cas suspects sur toute l’année 2011 (plus de 185 000 au cours des 3 mois d’épidémie de 2010) [1] à un peu plus de 41 000 cas en 2016 [2]. Malgré cette évolution à la baisse, il n’y a pas de place pour la complaisance, beaucoup reste à faire pour protéger les enfants et les familles de La Montagne et du reste d’Haïti afin d’éliminer le choléra d’ici 2022.

Cornelia Walther

[1] UN Cholera Factsheet, August 2016

[2] Source : Bulletin épidémiologique, Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) ; dernières données à la date du 24 déc. 2016

 

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