Sauver les vies face au choléra

 

Haïti, Cap-Haïtien. Gerda et Getson au centre de traitement du choléra. 72 heures après l’admission du petit garçon, elle a retrouvé le sourire.

Haïti, Cap-Haïtien. Gerda et Getson au centre de traitement du choléra. 72 heures après l’admission du petit garçon, elle a retrouvé le sourire.

Haïti, Cap-Haïtien, 30 mars 2016. « Je suis tellement heureuse que mon petit Getson aille bien ! » dit en souriant Gerda Darcons, 33 ans. Au cours des dernières 72 heures, elle a vécu le cauchemar de toute mère. Elle a assisté impuissante au spectacle de son enfant s’affaiblissant d’heure en heure. « Samedi soir, après le repas, il s’est soudainement mis à vomir, puis il a eu de la diarrhée. Sans arrêt ! » La jeune femme est encore bouleversée de penser que son plus jeune fils est passé à deux doigts de la mort.

Le remplacement rapide des liquides perdus est essentiel pour sauver la vie des patients atteints de choléra. Dans un CTC, la solution de réhydratation orale est administrée dès que le patient est en état de la garder.

Le remplacement rapide des liquides perdus est essentiel pour sauver la vie des patients atteints de choléra. Dans un CTC, la solution de réhydratation orale est administrée dès que le patient est en état de la garder.

Depuis samedi, elle est au centre de traitement du choléra (CTC), intégré à hôpital central du département du Nord. De même que le département de l’Ouest et la capitale Port-au-Prince, le Nord est la zone qui a systématiquement dénombré le plus de cas de choléra au cours des derniers mois. Sur 7 782 cas présumés enregistrés en Haïti, entre le mois de janvier et le 31 mars 2016, 2 354 cas présumés l’ont été dans le Nord. On constate une nouvelle tendance préoccupante se traduisant par un accroissement de la mortalité. En Haïti, 128 personnes sont mortes des suites du choléra depuis janvier 2016, dont 33 pour cent dans le Nord. Parmi les raisons invoquées se trouve le manque d’accès aux services de soins dans certaines zones, et, par conséquent, l’accroissement de la distance entre les populations touchées par le choléra et les endroits où elles peuvent trouver l’aide de professionnels.

« Pendant la nuit, il a perdu conscience. Sa diarrhée était devenue blanche. C’est alors que je me suis rendu compte qu’il devait s’agir du choléra », explique Gerdas Darcas. Depuis Limonade, où elle habite, jusqu’au centre de santé le plus proche muni d’un dispositif minimum contre le choléra, il faut compter 20 minutes à pied. « Getson était trop faible pour marcher, alors nous avons pris un taxi-moto. » À leur arrivée au centre de santé de Quartier Morrin, une infirmière a confirmé qu’il s’agissait du choléra. Le petit garçon a reçu une dose initiale de réhydratation par voie intraveineuse, avant d’être transféré à l’hôpital de Cap-Haïtien, à 30 minutes de là.

Depuis le début de l’épidémie, en octobre 2010, plus de 800 000 cas présumés de choléra ont été enregistrés, entraînant plus de 9 000 décès directement imputables au choléra selon le Ministère haïtien de la Santé publique et des Populations. Malgré de nombreux défis et risques, des progrès significatifs ont été réalisés contre la maladie au cours des trois dernières années, le nombre de cas présumés passant de 101 354 en 2012 à 29 078 en 2014 et 36 045 en 2015. L’objectif à court terme du Plan national d’Élimination a donc été atteint, avec moins de 50 000 cas en 2015. Le nombre de nouveaux cas mensuels enregistrés en février 2016 est le plus bas depuis le début de l’épidémie, année 2014 mise à part[1]. Et pourtant, trop d’enfants souffrent et meurent encore. En 2015, environ 21 pour cent des cas présumés étaient des enfants de moins de 5 ans et 38 pour cent des jeunes de moins de 18.

Getson ne fera pas partie des victimes. Après trois jours passés au CTC, le petit garçon peut s’asseoir et boire la solution de réhydratation orale que sa mère lui donne. Bien qu’il soit encore faible, si son état continue de s’améliorer, il pourra rentrer chez lui avant la fin de la semaine. Le bon diagnostic et un traitement rapide jouent un rôle vital sur l’issue heureuse ou fatale de la maladie. Getson a bénéficié des deux, grâce à un partenariat efficace entre le Ministère de la Santé et ses partenaires, dont l’UNICEF.

Progrès contre le choléra et perspectives

 Diana et Neila, à leur admission au centre de traitement du choléra. La diarrhée dont elle souffre ayant reçu un diagnostic de gastroentérite sans gravité, la petite fille n’aura pas à rester au centre.

Diana et Neila, à leur admission au centre de traitement du choléra. La diarrhée dont elle souffre ayant reçu un diagnostic de gastroentérite sans gravité, la petite fille n’aura pas à rester au centre.

Les progrès réalisés sur le contrôle de la maladie ont été rendus possibles grâce à une coordination continue et au déploiement d’un dispositif solide de surveillance, d’alerte et d’intervention depuis le milieu de l’année 2013. Ces deux actions font partie du Plan national pour l’Élimination du Choléra, conduit par le Ministère de la Santé publique et des Populations (PSPP), en coordination avec la Direction nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement (DINEPA) et avec le soutien de l’UNICEF (financé notamment par l’ECHO, le DFID et les gouvernements du Canada et de la Norvège), de l’Organisation mondiale de la santé/OPS, de la Banque Mondiale, du Centre pour le Contrôle et la Prévention des Maladies (CDC) et de diverses autres organisations non gouvernementales.

Oui, mais voilà, il y a un « MAIS » : trois ans après son lancement, ce Plan national souffre de sous-financement, n’ayant reçu que 36 pour cent de la somme nécessaire pour répondre aux besoins identifiés (Nations Unies, mise à jour 2016). Aujourd’hui, les résultats obtenus valident l’efficacité de l’approche qui a été mise en place, cependant le manque de financement remet en jeu les efforts et les investissements réalisés au cours des trois dernières années. Le 1er juin, Haïti va entrer dans la saison des ouragans de l’Atlantique (de juin à novembre) qui, en 2016, risque fort d’être une saison « active », avec des périodes de précipitations diluviennes. On s’attend, en réponse, à une recrudescence du nombre de cas présumés de choléra en raison de la pratique encore très courante de la défécation à l’air libre, ainsi que d’un système d’assainissement et de mesures d’hygiène inappropriés. Tous ces facteurs accroissent le risque de contamination de l’eau et des aliments que les pluies ne font qu’aggraver.

Haïti, Cap-Haïtien, la petite Neila a retrouvé son sourire radieux.

Haïti, Cap-Haïtien, la petite Neila a retrouvé son sourire radieux.

Voici une autre jeune patiente capable de sourire à nouveau : Neila, 5 ans. Elle s’était présentée le matin même, avec sa mère Diana Leaupremier, à l’Hôpital Universitaire Justinien où il fut établi que sa diarrhée était due à une gastroentérite sans gravité. Déjà bien avant l’épidémie de choléra de 2010, la diarrhée était l’une des cinq principales causes de mortalité chez les moins de cinq ans en Haïti. En 2012, on ne comptait pas moins d’un enfant sur cinq souffrant régulièrement de diarrhée ; faute de soins médicaux, ces diarrhées entraînent bien trop souvent la mort[2]. À l’hôpital, Neila a reçu une solution de réhydratation orale pendant toute la matinée et, à midi, son état s’était très visiblement amélioré. Tout comme Getson, elle rentrera bientôt chez elle et poursuivra son chemin vers l’âge adulte. Mais combien d’enfants dans leur situation n’auront pas cette chance ? Combien d’enfants tomberont malades et mourront en raison d’une simple diarrhée qui aurait pu être évitée[3] ?

Cornelia Walther

Traduction Cendrine Strevens

 

[1] Il n’existe pas d’explication claire à la très faible incidence de la maladie au premier semestre 2014 bien qu’un certain nombre d’hypothèses aient été émises : un saison sèche très longue, débutée en octobre 2013, un niveau de sensibilisation de la population très élevé, le lancement du mécanisme d’alerte et d’intervention et un pic d’immunité potentiel de la population contre la maladie, deux à trois années après la plus forte incidence.

[2] Enquête Mortalité, Morbidité et Utilisation des Services EMMUS-V (2012) http://mspp.gouv.ht/. Rapport sur la prévalence de la diarrhée au cours des deux semaines ayant précédé l’enquête.

[3] Bien que le choléra soit une maladie hautement infectieuse et puisse tuer en quelques heures, on peut stopper, traiter et éviter ce type de diarrhée aiguë en fournissant à la population un accès à de l’eau salubre et à un système d’assainissement, ainsi qu’en les informant sur les mesures de prévention efficacies.

 

 

 

 

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