Moïse : du travail dans les champs au rêve de devenir agronome

À quelque chose, malheur est bon. L’histoire de Moïse illustre bien ce dicton. Il travaillait dans un champ de haricots en République dominicaine pour la modique somme de 150 pesos (200 gourdes) par jour quand des officiers du service de l’immigration ont fait une descente dans les lieux à la recherche de migrants illégaux afin de les expulser. Le petit Moïse est victime du travail des enfants ; alors que pour le Bureau international du travail (BIT) l’âge minimum pour qu’un enfant commence à travailler est de 15 ans.

Loin de le terrasser et de le décourager, cette mésaventure lui a permis, au contraire, de trouver son inspiration et sa voie.

« J’ai 13 ans, dit-il, j’ai de la force pour travailler afin de subvenir à mes besoins. Mais à mon âge ma vraie place est à l’école, je veux étudier pour devenir un grand agronome ».

Aujourd’hui, Moïse est heureux et fier de pouvoir aller à l’école. Anxieux, il attend impatiemment la rentrée des classes, fixée pour ce début de mois de septembre afin de pouvoir commencer à porter fièrement son uniforme et ses chaussures flambants neuves. Il se voit déjà en 6ème année, portant son sac d’école avec des cahiers, livres et matériels neufs. Ce dont il rêvait déjà lorsque dans les champs il tenait une machette à la main.

« A mon âge ma vraie place est à l’école, je veux étudier pour devenir un grand agronome »

Moïse montrant fièrement ses matériels scolaires

Des histoires comme celle de Moïse sont légions. L’agent frontalier Cenol Désir de l’Institut du Bien-Etre social et de Recherches (IBESR) en a déjà écouté des centaines dans le cadre son travail dans le point non-officiel de Bois-d’orme, une localité d’Anse-à-Pitres (Sud-Est). Pour lui, « appuyer financièrement les familles vulnérables et aider à la réinsertion scolaire des enfants peuvent aider à enrayer le phénomène de la migration irrégulière. »

Moïse est content de se retrouver dans son village avec son petit frère de 5 ans et son ainé de 15 ans qui forment avec leur mère une famille heureuse, luttant inlassablement pour survivre, mais qui trouve tout de même des raisons de sourire à la vie.

Sa mère vient d’avoir son petit commerce de produits alimentaires étalé devant leur modeste petite maison. Parlant fièrement mais courtoisement aux clients,  elle formule déjà beaucoup de projets pour sa famille.

« Les enfants non accompagnés venant de la République dominicaine ont chacune une histoire particulière qui interpelle notre conscience et notre engagement pour travailler à la recherche de solution durable », souligne Eddy Joseph, le psychologue du centre de transit du Réseau Frontalier Jeannot Succès. Il offre un appui psychosocial à la fois aux enfants hébergés temporairement dans le centre et aux familles lors des visites de pré-insertion et lors des réunifications.

« Les enfants non accompagnés venant de République Dominicaine ont chacun une histoire particulière »

Geslet Bordes en conversation avec Moïse

« J’ai rencontré cet enfant avec des larmes de joie aux yeux, je voulais entendre de mes propres oreilles ce témoignage poignant, cette histoire passionnante d’un petit qui a trouvé son rêve dans un champ et qui est tellement reconnaissant envers le programme d’appui aux enfants non accompagnés » confie Geslet Bordes, Officier de protection de l’enfant et responsable des projets frontaliers et migration des enfants à UNICEF Haïti.

La déportation des haïtiens ramène ces héros qui inspirent et qui motivent. Ils partent par désespoir et par nécessité pour revenir plein de rêves et d’espérances.

Geslet BORDES

Officier de Protection, UNICEF Haïti

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