Méthode Kangourou, quand la chaleur humaine et l’amour sauvent les petits prématurés

Julie et son garçon de 10 jours

Julie et son petit garçon de 10 jours (Photo: Maxence Bradley)

 Pas d’argent, pas de soins ; c’est malheureusement souvent aussi simple que cela en Haïti.

Faute d’argent et donc de soins de nombreux petits prématurés se retrouvent condamnés et leur parents se sentent bien démunis.

Heureusement dans certaines cliniques publiques du pays comme à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti les petits nés trop tôt sont pris en charge par des professionnels de la néonatologie et leurs familles bénéficient de conseils et d’un soutien psychologique. ’’ Ce n’est pas tous les jours faciles pour nouveaux parents de se retrouver dans cette situation. La vie des petits tient à un fil’’ explique l’infirmière en chef Monette Adonis Dejean, aka Miss Adonis alors qu’elle s’occupe d’une patiente.

Julie Auguste, 20 ans n’a ni emploi ni autres revenus. Elle vit à Port-au-Prince. Lorsqu’elle a ressenti les premières douleurs de l’accouchement, elle n’y a pas cru. ’’ Pas maintenant, il est trop petit, il ne doit pas sortir’’ se disait-elle. ’’J’avais peur de le perdre, je me suis rendue dans une clinique pour me faire examiner et le petit est arrivé.’’ Julie et son prématuré sont rapidement transférés à l’HUEH dans l’unité de soins intensifs néonatals (USIN). Aujourd’hui, la mère et l’enfant sont dans l’unité de soins Kangourou. Sous les regards bienveillants de Miss Adonis et du Docteur Sévère, chef de l’unité de néonatologie, Julie tire son lait tandis que l’enfant est logé bien au chaud sur la poitrine de sa maman. ’’C’est cela, la méthode kangourou’’, se réjouit Miss Adonis.

L’unité de soins intensifs néonatals

L’unité de soins intensifs néonatals (Photo: Maxence Bradley)

La méthode de soins kangourou est un contact peau à peau entre le parent et le bébé. C’est une technique simple et économique grâce à laquelle le parent sert « d’incubateur » au nouveau-né en assurant un contact peau à peau permanent. Elle s’est révélée être la manière la plus efficace de sauver les bébés prématurés. Soutenue par l’UNICEF, la méthode Kangourou a été introduite pour la première fois en Haïti en juillet 2011 et l’unité de néonatologie sert de centre de référence dans tout le pays.

Cette technique a entraîné un réel changement dans le système de néonatologie en Haïti : la durée d’hospitalisation des prématurés a enregistré une baisse, passant de 90 à 10 ou 15 jours ; les mères se sentent plus en contrôle et leurs compétences maternelles sont renforcées ; on a assisté à une réduction du risque d’abandon du nouveau-né prématuré résultant d’une prise de conscience précoce par la mère des complications liées à la prématurité ; la pratique de l’allaitement exclusif s’en est également trouvée améliorée.

Une méthode efficace pour réduire la mortalité infantile

L’unité de néonatologie de l’HUEH a été reconstruite après le tremblement de terre. Grâce à un financement accordé par l’UNICEF, un espace a alors été spécialement aménagé pour que la prise en charge par la méthode Kangourou démarre. Le personnel médical Haïtien a été formé au Bénin. Cette unité sert désormais de référence pour la mise en place de la méthode Kangourou en Haïti.

Dr Sévère, chef de l'unité de néonatologie, Julie et son bébé

Dr Sévère, chef de l’unité de néonatologie, Julie et son bébé (Photo: Maxence Bradley)

Une fois de retour à la maison, ces ’’parents kangourous’’(ou membres de la famille) servent d’agents de changement de comportement. ’’A l’hôpital, nous leur montrons comment utiliser la méthode kangourou mais aussi comment allaiter et s’occuper de leur bébé. Ils enseignent ensuite ce qu’ils ont appris dans leur propre communauté quand ils rentrent chez-eux’’, explique le docteur Sévère.

Le bébé de Julie est âgé de 10 jours, il n’a pas encore de nom, ’’c’est commun dans notre service, nous attendons que les bébés reprennent des forces’’, explique le docteur Sévère ’’ Pour ce petit-ci, c’est la prochaine étape’’, conclut-il en caressant la tête du nourrisson.

Julie avait imaginé une naissance plus sereine pour son premier enfant mais aujourd’hui, après l’angoisse et les épreuves, elle a retrouvé un sourire radieux. Apaisée, la jeune mère sait qu’elle est entre de bonnes mains et que son petit bénéficie des meilleurs soins du pays.

Il y a quelques mois, le premier hôpital public d’Haïti a néanmoins tiré la sonnette d’alarme. ’’ Nous ne parvenons pas à traiter tous nos patients convenablement parce que nous manquons de matériel et de médicaments. L’Etat ne fait pas son travail, il nous laisse seul. Par moment nous n’avons même pas de gants ! C’est nous, le personnel qui nous cotisons pour acheter du matériel médical et des médicaments« , s’insurge l’infirmière en chef.

L’infirmière en chef Monette Adonis Dejean

L’infirmière en chef Monette Adonis Dejean (Photo: Maxence Bradley)

’’Dans notre unité, Il n’y a que deux incubateurs. Ils ne suffisent pas et lorsqu’il y a une panne d’électricité – presque quotidiennement – et que la génératrice ne fonctionne pas, nous nous sentons impuissants « , continue l’infirmière en chef.

Face à cette situation, le personnel de l’HUEH a fait grève durant quatre mois en 2016. « C’était une décision difficile à prendre, car finalement ce sont les personnes malades et les petits les plus faibles qui en souffraient le plus« , raconte Monette Adonis Dejean. Le but de la grève était avant tout de manifester pour obtenir plus de médicaments et matériel médical. Depuis, la clinique a ré-ouvert. Le gouvernement a promis de se charger de l’approvisionnement en médicaments et matériels. ’’Mais la situation a peu évolué. Sans l’engagement et la pression des organisations d’aide humanitaire, la situation serait encore pire’’ conclut- elle.

Julie Harlet, UNICEF Haïti- Communication

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