UNICEF MATTHEW Palmiers détruits par Matthew

Sur la côte sud, de petits rien pour s’accrocher ?

Elisabeth Augustin, Officier de Communication Point focal Genre / Adolescents au bureau de l’UNICEF en Haïti est de retour de mission dans le département de la Grand ’Anse. Six mois après le passage de Matthew sur l’ile, c’est la première fois qu’Elisabeth partait dans cette zone très affectée par l’ouragan. Elle partage avec nous son ressenti.

Coteaux et ses habitants

Coteaux et ses habitants

Visiter la côte sud 6 mois après le passage de l’Ouragan Matthew ne peut laisser l’idéaliste que je suis, indifférente. Ma frustration avait, jusqu’ici, été grande car la nature de mon travail n’avait pas encore justifié ma présence dans les régions dévastées. Seuls les photographies aériennes, les rapports officiels et les témoignages de collègues contribuaient à alimenter mon imagination sur l’ampleur de la catastrophe.

Notre majestueuse côte sud est ravagée et sa population erre encore, se contentant de petits riens qui la ramènent très lentement vers une certaine normalité. Les hôtels éventrés, les cimetières de cocotiers çà et là et les toits encore recouverts de plastique, n’empêchent cependant pas certains habitants de se réinstaller à même les plages, que l’on s’imagine avoir reçu des vagues de plus de 8 mètres… Sans doute à l’affut d’un regain de vie ou encore se disant que le Bon Dieu ne permettra pas qu’un monstre similaire à Matthew revienne cette année.

Alors qu’est-ce qui permet à cette population de se reconstruire ?

Reconstruction à Coteaux

Reconstruction à Coteaux

Plus on se rapproche des régions où est passé l’œil du cyclone et plus on sent la destruction. Nous n’avons pas dépassé Port-à-Piment, délicieuse petite ville ; néanmoins morte avec le toit de la cathédrale en lambeau, le marché se contentant d’exposer de timides petits lots de denrées et des rues désertes, au point que même les familles endimanchées ne sont pas visibles en plein Dimanche.

Alors qu’est-ce qui permet à cette population de se reconstruire ? Comme ce jeune agriculteur de vingt-six ans vivant avec 19 autres personnes dans la maisonnette d’un parent ? Ou ce veuf sextagénaire qui ne peut plus vaquer à ses occupations à cause d’une douleur au genou ? Ou encore cette jeune femme qui a vécu l’enfer de la nuit du 3 au 4 octobre 2016 avec son ventre de huitième mois de grossesse ? Est-ce le paysage insaisissable de la superbe côte, les bananeraies qui renaissent gentiment ? Ou simplement le sourire édenté et insouciant des bébés, avides d’espoir ?

Le bord de plage de Port-Salut

Le bord de plage de Port-Salut

Les enfants de la côte sud n’oublieront pas de sitôt les affreux grondements du vent et de la mer de cette nuit noire. Les cocotiers effeuillés et tordus les forcent à comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais rêve. Avec un peu de chance, leur innocence sera préservée par la nature luxuriante qui les entoure ; cette même nature qui a frappé mais qui semble être la seule chose qui permettra à la région de renaître de ses cendres.

Elisabeth Augustin

Officier de Communication, 

Point focal Genre / Adolescents

UNICEF Haïti

 

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