Marianne, 12 ans, agent du changement

Haïti a le plus faible taux de couverture en assainissement sur le continent américain avec une moyenne nationale de 26 %. Les zones urbaines et rurales ont respectivement 48% et 16% de taux de couverture. En réponse à ces faibles taux de couverture d’assainissement et ces mauvaises pratiques d’hygiène, UNICEF et Plan Haïti, en partenariat avec la DINEPA (Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement), le MSPP (Ministère de la Santé Publique et de la Population) et ses partenaires proposent de mettre en œuvre une nouvelle approche appelé l’ACAT (Approche Communautaire pour l’Assainissement Total).

C’est une approche intégrée qui consiste à encourager la communauté à analyser leur propre situation en matière d’hygiène et d’assainissement. Une fois initié, l’ACAT déclenche une action immédiate des communautés, les familles construisent des toilettes selon leurs moyens, ou partagent des toilettes afin de devenir une localité sans défécation à l’air libre à 100%. Dans le cadre de cette initiative, Marianne, une petite fille très courageuse a su être un agent de changement dans sa communauté

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Marianne en blanc, avec 3 de ses soeurs

Marianne a 12 ans, elle habite dans la localité de Plotier avec ses parents, ses six frères et sœurs et sa grand-mère maternelle. Dans cette localité, très peu de familles disposent d’une latrine et la majorité des habitants pratiquent la défécation à l’air libre. Cette situation va connaitre un tournant, le jour où l’équipe de Zanmi la santé réalise un déclenchement dans le cadre de la mise en œuvre de l’approche ACAT. Néanmoins, le papa et la maman de Marianne, ne se sentant pas concernés par la situation, n’avaient pas participé au déclenchement.                                                                                                                                    

En revanche, par curiosité, Marianne et ses frères et sœurs s’étaient joints à quelques enfants de la communauté et a pu ainsi participer au déclenchement pour enfants. Marianne a particulièrement retenu une chanson apprise par l’animatrice « Je ne veux plus faire mes besoins par terre, je veux utiliser une latrine pour déféquer ». Marianne fredonnait la chanson sur la route qui la conduisait à son domicile et, arrivée à la maison, expliquait à ses parents ce qu’elle venait d’apprendre.

Les parents, se montrant toujours peu concernés, continuaient à déféquer à l’air libre, en dépit des visites d’encouragement réalisées par les leaders naturels, membres du comité d’assainissement et l’agent Wash. Cependant, Marianne n’avait pas dit son dernier mot. A chaque fois qu’elle et ses frères sentaient le besoin de déféquer, ils se mettaient à fredonner la chanson apprise lors du déclenchement et allaient trouver leur maman et leur papa pour leur demander de leur donner une latrine pour le faire car ils ne veulent plus déféquer par terre.   Cette situation s’est répétée plusieurs fois et, un jour, fatigués des demandes de leurs enfants, les parents décidèrent de construire une latrine à la satisfaction de Marianne, de ses frères et sœurs et des voisins que la situation dérangeait.

Par Berangère Antoine