Lutte contre la malnutrition aigüe : dépister et prendre en charge les cas

L’UNICEF soutient les activités de dépistage précoce et de prise en charge de la malnutrition aiguë dans les départements les plus touchées par l’ouragan Matthew. Assistez avec nous à une séance de dépistage avec notre partenaire, la Fondation pour le Développement et l’Encadrement de la Famille Haïtienne (FONDEFH).

Dame Marie est une ville située à l’extrême ouest de l’ile. Je me souviens des premières journées qui ont suivi le passage de l’ouragan. « Dame Marie, Anse d’Hainault, les Irois détruits » rapportait notre première équipe arrivée sur le terrain confirmant les premières reconnaissances effectuées par les hélicoptères des Nations Unies. Depuis Port-au-Prince, la capitale, il est difficile de se rendre compte de la signification que prennent ces mots. Aujourd’hui, presque deux mois et demi après le passage de Matthew, je mesure l’ampleur des dégâts subis et la détresse que ces enfants et leurs familles ont pu ressentir au moment où Matthew a frappé leur terre, leur toit, leur vie.

Acia et sa fille Israéline

Acia et sa fille Israéline. © Maxence Bradley

Lorsque nous arrivons au Lycée de Dame Marie ce 21 novembre 2016, environ 65 familles y sont encore réfugiées. Parmi eux, vivent 130 mineurs.  « Les familles sont venues trouver refuge ici pour échapper à Matthew et pour y vivre une fois leur maison détruite par l’ouragan. Les personnes commencent à se déplacer dans de petites chaumières ou dans des hangars, d’autres reconstruisent leur maison », commence Edouard Aya, 58 ans, animateur de terrain et crieur public pour l’hôpital de Dame Marie. Agriculteur et pécheur devenu coordinateur de l’abri. « Je me suis porté volontaire pour coordonner l’abri», précise-t-il « je voulais me rendre utile

Rachel 16 ans serre sa fille Loica 2 ans dans ses bras.

Rachel 16 ans serre sa fille Loica 2 ans dans ses bras.© Maxence Bradley

Dans cet abri, l’organisation Plan International encadre les enfants et MSF Belgique fournit de l’eau potable trois fois par semaine. FONDEFH, notre partenaire est en train d’effectuer un dépistage rapide de la malnutrition aigüe en mesurant le tour du bras (périmètre brachial) avec un ruban en plastique graduée en centimètres. C’est un outil simple et rapide d’utilisation pour identifier les enfants trop amaigris et à risque de mortalité élevée.

Les enfants attendent leur tour patiemment, ceux qui ont déjà été examinés se baladent une sucette à la main ou sont promenés dans les bras de leurs mères.

Acia a 18 ans et sa fille Israéline 2 ans. Depuis le passage de Matthew, la jeune femme a trouvé abri au lycée avec sa mère, son père et sa grande sœur. Sa maison a été totalement détruite.

Le diagnostic de malnutrition aigüe sévère a été confirmé chez cette petite fille. Cela veut dire qu’elle souffre d’un amaigrissement excessif et dangereux pour sa santé.  Acia se rendra lundi avec les autres mamans, qui sont hébergées provisoirement dans  le Lycée, au Centre de Santé de Dame Marie pour la prise en charge  nutritionnelle de sa fille. Durant 1 à 2  mois, tous les 15 jours, elle recevra des doses d’alimentation thérapeutique prête à l’emploi pour permettre à sa fille de reprendre du poids. L’évolution de son poids sera surveillée de près jusqu’à guérison totale. Acia serre son enfant contre son cœur et me confie que son souhait le plus cher est que sa fille soit en bonne santé.

Guerline, infirmière examine un enfant.

Guerline, infirmière examine un enfant. © Maxence Bradley

Depuis le passage de l’ouragan, on craint maintenant que les cas de malnutrition augmentent rapidement et que la situation nutritionnelle des enfants se dégrade  à cause de plusieurs facteurs. D’une part l’augmentation des maladies infectieuses notamment des diarrhées à cause du manque d’accès à l’eau potable ; et d’autre part, le manque de nourriture à cause de la destruction des récoltes (de 70 à 100% des cultures ont été détruites dans les zones touchées), la perte du bétail et des moyens de subsistance.

Rachel 16 ans serre sa fille Loica 2 ans dans ses bras. La jeune fille habite au lycée de Dame Marie avec son père, sa mère, son mari et sa petite fille. Lundi matin elle se rendra à la clinique à 8 heures car Loica a de la fièvre.

Son amie Belony Celna la rejoint avec son fils âgé de un an. Il s’appelle Numa Wilsherson.  Il souffre de diarrhée. Miss Oscar infirmière chez FONDEFH donne à sa mère  des sels de réhydratation orale (à diluer dans de l’eau), et des micronutriments  (une poudre composée de 15 vitamines et minéraux à ajouter à la bouillie du petit garçon) pour traitement à domicile et lui fixe rendez-vous lundi matin à la première heure à la clinique pour une visite de suivi.

Jameson fabrique des cerfs-volants pour ses camarades.

Jameson fabrique des cerfs-volants pour ses camarades. © Maxence Bradley

« Le dépistage de la malnutrition réalisé  par FONDEFH est aussi l’occasion de dépister d’autres pathologies chez l’enfant comme  les diarrhées, les infections respiratoires ou les dermatoses. Ce sont ces maladies que nous rencontrons fréquemment lors de nos consultations », explique Guerline Dodin, infirmière chez FONDEFH depuis 6 ans.

L’UNICEF apporte un appui technique et financier pour  le dépistage précoce et la  prise en charge de la malnutrition aiguë notamment dans les deux départements les plus affectés par l’ouragan, Sud et Grand’Anse. Dans le département de la Grand’Anse,  16 des 26 centres de nutrition existants avant l’ouragan  sont à nouveau opérationnels, pour le département du Sud, 28 des 38 centres de nutrition  sont à nouveau opérationnels.[1]

Les partenaires de l’UNICEF comme Médecins Du Monde fournissent les services essentiels de santé et de nutrition à la population à l’aide de cliniques mobiles[2] jusqu’à la restauration des services de routine dans les centres de santé étatiques.

UNICEF Haiti - 70th Anniversary video shooting with Jean Jean Roosevelt

© Maxence Bradley

Dans un coin de la cours de l’école, à l’ombre, Jameson14 ans et ses camarades occupent leur après-midi. Il a deux frères et deux sœurs. Ici, il est le « chef de l’atelier cerf-volant ». « J’espère très vite retourner à l’école » me souffle-t-il à l’oreille avant de rejoindre ses camarades dans la cours du lycée qui font voler leur cerf-volant.

 

Julie Harlet

UNICEF Haïti Communication

[1] UNICEF Haïti- Factsheet Nutrition au 5 décembre 2016.

[2] Voir à ce sujet notre article sur l’intervention des cliniques mobiles La clinique 4X4 qui soigne les communautés des zones reculées.

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