Lutte contre le choléra, savoir et action vont de paire

 

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Brigitte montre comment utiliser le seau d’eau inclus dans le kit d’hygiène fourni à chaque famille résidant à l’intérieur du cordon sanitaire.

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Brigitte montre comment utiliser le seau d’eau inclus dans le kit d’hygiène fourni à chaque famille résidant à l’intérieur du cordon sanitaire.

Haïti, département du Nord/Grand Bois, 31 mars 2016. « Se laver les mains avant de manger et d’allaiter, après avoir fait ses besoins, utiliser des pastilles Aquatabs pour purifier l’eau », Marie[1], 32 ans, énumère sans effort et d’une voix sereine, quelque peu monotone, les mesures à prendre pour qu’elle-même et ses enfants soient protégés contre le choléra. Sa famille, ainsi que dix autres foyers, fait partie du « cordon sanitaire », une mesure de prophylaxie prise dans le but d’empêcher la propagation du choléra. En début de semaine, l’un de ses enfants et plusieurs voisins ont fait l’objet d’une suspicion de choléra.

Son voisin Paul[2], un homme d’une quarantaine d’années, était tombé malade la semaine précédente et emmené au centre de traitement du choléra de Pilate, à 30 minutes de route. Après plusieurs jours de réhydratation par voie intraveineuse son état s’est stabilisé et une fois qu’il aura reçu une réhydratation orale pendant quelques jours de plus, il pourra quitter le centre et rentrer chez lui. Comme à chaque fois qu’un cas de choléra est suspecté, celui de Paul a déclenché le mécanisme d’intervention rapide mis en place en Haïti il y a trois ans et mis en application depuis dans tout le pays avec des résultats encourageants.

« Lorsque nous arrivons dans un endroit, nous rendons d’abord visite à la famille du patient atteint de choléra. Nous interrogeons les membres de sa famille en suivant un questionnaire standard portant sur des questions telles que les mesures d’hygiène à domicile, le point d’eau qu’ils utilisent habituellement, les déplacements récents du patient et de sa famille, le métier du patient, etc. Notre objectif consiste à identifier le plus rapidement possible l’origine de la contagion afin d’éviter la propagation de la maladie », explique Brigitte Honoré, 34 ans. Après une formation dans un laboratoire privé à Cap-Haïtien, elle travaille désormais comme agent de sensibilisation communautaire au sein de l’équipe mobile d’intervention d’Oxfam depuis novembre 2015.

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Lors du contrôle mené après la remise du kit d’hygiène, le test sur l’eau démontre que la famille n’a pas mis en pratique les conseils donnés pour purifier l’eau.

Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Lors du contrôle mené après la remise du kit d’hygiène, le test sur l’eau démontre que la famille n’a pas mis en pratique les conseils donnés pour purifier l’eau.

Toutes les équipes mobiles d’intervention sont composées de membres d’ONG et d’agents gouvernementaux afin d’assurer une bonne coordination. Après s’être acquittés de la partie épidémiologique, Brigitte et ses collègues montrent aux gens comment empêcher la propagation du vibrion cholérique. « L’action de sensibilisation constitue l’élément le plus important de notre visite. Notre objectif consiste à montrer aux gens comment ils peuvent se protéger contre le choléra en adoptant des mesures toutes simples comme le traitement de l’eau, le lavage des mains, etc. Nous leur fournissons également suffisamment de chlore pour un mois, ainsi que du savon et un seau. Si le risque de propagation est très élevé, nous installons un point chloration, où une personne de la communauté est chargée de rajouter du chlore à l’eau que les gens viennent chercher. » La dernière étape consiste dans la désinfection systématique du domicile du patient et de ses alentours immédiats au moyen de chlore, en vue d’éliminer tout résidu du vibrion cholérique et de protéger ainsi de la maladie les autres membres de la famille. Avant le départ de l’équipe mobile d’intervention, les agents gouvernementaux, appelés EMIRA (Équipes Mobiles d’Intervention Rapide), administrent une dose d’antibiotiques à tous les membres de la famille. L’objectif est de conférer une immunité contre la bactérie pour une période d’environ trois jours afin de rompre la chaîne de transmission.

L’établissement d’un cordon sanitaire suit la même logique. En appliquant le protocole indiqué aux dix

familles vivant à la proximité immédiate du patient atteint de choléra, l’équipe mobile ch

 

Au bout de deux jours, l’équipe mobile revient voir la famille pour contrôler l’utilisation du kit d’hygiène fourni. L’objectif consiste à vérifier que les familles résidant à l’intérieur du cordon sanitaire se souviennent des mesures de protection et qu’elles les mettent réellement en pratique. Pour en avoir le cœur net, Brigitte et ses collègues ne se contentent pas de paroles ; ils testent l’eau consommée par la famille afin d’avoir confirmation qu’elle a bien été traitée avec du chlore. « La plupart du temps, les gens savent parfaitement ce qu’il faut faire. Mais dès que le risque imminent de choléra a disparu, ils reprennent leurs anciennes habitudes, comme aller chercher l’eau de sources non protégées et s’abstenir de purifier l’eau qu’ils consomment, » raconte Brigitte en poussant un profond soupir. Et, de fait, le test réalisé chez Marie montre que l’eau qu’elle consomme avec ses enfants n’a pas été chlorée. « À partir de maintenant, je le ferai, » promet la jeune femme, un sourire timide aux lèvres, lorsque Brigitte lui montre les résultats.

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Haïti, Grand Bois, 31 mars 2016. Merseline, membre de l’équipe d’intervention rapide d’Oxfam à la fin de sa visite à Grand Bois.

Dans le cas de Grand Bois, la cause de cet épisode semble venir d’une source d’eau contaminée. La défécation à l’air libre fait partie des habitudes locales et, pendant la saison des pluies en particulier, cette pratique augmente le risque de voir les excréments entraînés dans les sources d’eaux libres, telles que les rivières ou les puits non protégés. Selon les estimations du Programme commun OMS/UNICEF de surveillance de l’eau et de l’assainissement[3], en 2012, seuls 62 pour cent des Haïtiens avaient accès à une eau de consommation de meilleure qualité et 24 pour cent à des toilettes individuelles ; dans les zones rurales telles que Grand Bois, ces chiffres tombent respectivement à 47 et 16 pour cent. Pour que le traitement de l’eau à domicile ne représente pas leur seule garantie, Brigitte et son équipe vont installer un point de traitement de l’eau.

L’action de l’UNICEF contre le cholera au sein du partenariat national

Depuis 2013, l’UNICEF assiste le gouvernement haïtien dans son action de prévention et de lutte contre le choléra, au niveau national et dans les zones décentralisées.

Le soutien apporté par l’UNICEF (qui bénéficie, notamment, de subventions accordées par l’ECHO, le DFID et les gouvernements du Canada et de la Norvège) comporte la dotation en personnel des centres de traitement du choléra ; la coordination au moyen d’un réseau d’ONG partenaires prenant en charge la formation et l’encadrement des techniciens de terrain gouvernementaux ; le renforcement du système d’approvisionnement en eau à travers un contrôle de la chloration et une liaison permanente avec les partenaires afin de mettre en œuvre une campagne massive de sensibilisation nationale conduite par le gouvernement en vue de promouvoir un assainissement communautaire pour toutes les familles menacées de choléra. En plus de ces investissements structuraux, l’UNICEF utilise un mécanisme de surveillance, d’alerte et d’intervention au moyen des équipes mobiles d’intervention rapide du Ministère de la Santé publique et d’un réseau de 5 organisations non gouvernementales. Ce système s’appuie sur le Plan national pour l’Élimination du Choléra (2013-2022). Il cherche à fournir, dans les 48 heures suivant l’enregistrement d’une alerte, un kit Eau, Assainissement et Hygiène (kit WASH) à tous les foyers au voisinage immédiat du domicile du malade atteint de choléra.

Malgré les nombreux défis et risques, la stratégie évoquée ci-dessus se révèle efficace. Au cours des trois dernières années, le nombre de cas de choléra présumés a connu une diminution continue, passant de 101 354 cas présumés en 2012 à 29 078 en 2014 et 36 045 en 2015[4]. Cependant, malgré cette tendance à la baisse, le nombre de cas présumés de choléra en Haïti en 2015 restait supérieur au nombre de cas signalés dans l’ensemble du continent africain…

Et pourtant, aujourd’hui, trois ans après son lancement, le Plan national pour l’Élimination du Choléra demeure sous-financé, ne réunissant que 36 pour cent du montant nécessaire (Nations Unies, mise à jour 2016). Cette menace de déficit de financement compromet sérieusement les efforts et les investissements de trois années entières et met d’innombrables vies en danger.

Cornelia Walther

Traduction Cendrine Strevens

[1] Prénom modifié afin de prévenir toute stigmatisation

[2] Idem

[3] Programme commun OMS/UNICEF de surveillance de l’eau et de l’assainissement http://www.wssinfo.org/

[4] Source : Statistiques publiées par le Ministère de la Santé publique et des Populations (MSPP) et par la Direction d’épidémiologie de Laboratoire et de Recherche (DELR)

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