’’L’éducation est un havre d’amour’’

Francesca 6 ans en 1ère année, Elodie 7 ans en 2ème année, Givelore et Ericka, toutes deux 8 ans en 3ème année

Francesca, Elodie, Givelore et Ericka, 4 écolières heureuses d’avoir repris le chemin de l’école. © Maxence Bradley

A l’école Notre Dame de Lourde de Jérémie, nous avons rencontré Francesca, Elodie, Givelore et Ericka. Les 4 écolières sont heureuses d’avoir repris le chemin de l’école. L’établissement scolaire a pu être ré ouvert rapidement grâce à l’UNICEF qui appuie son partenaire la Commission Épiscopale pour l’Education Catholique.

 

Jérémie, le 23 novembre 2016, Sœur Marie Thérèse Germain, directrice de l’école Notre Dame de Lourde sourit en regardant ses élèves sortir des cours. Aujourd’hui, 430 enfants sont  présents. « Ils sont 608 normalement. Nous avons pu accueillir le niveau fondamental il y a deux semaines une fois les travaux dans leur bâtiment terminé. Le préscolaire n’a pas encore recommencé. Les travaux de réhabilitation sont toujours en cours», précise-t-elle satisfaite de cette reprise. « On a du travail ! Beaucoup de travail ! Mathieu est arrivé le 3 octobre, nous n’avons eu qu’un mois de cours ! Il est temps de rattraper le temps perdu et d’apprendre!» lance-t-elle en souriant aux quatre fillettes qui s’attardent dans la cour de l’école.

Francesca 6 ans en 1ère année, Elodie 7 ans en 2ème année, Givelore  et Ericka, toutes deux 8 ans en 3ème année rient et s’enfuient pour jouer. Les 4 écolières sont heureuses d’avoir repris le chemin de l’école. Elodie nous confie ses matières préférées : l’écriture, la lecture et les devoirs. « Moi aussi », renchérit Ericka, « j’aime beaucoup faire mes devoirs ! », le quatuor espiègle prend à nouveau la fuite et rentre à la maison. Les cours sont terminés. L’heure est maintenant aux devoirs.

Cette école a pu être ré ouverte rapidement grâce à l’UNICEF qui appuie son partenaire  CEEC (Commission Épiscopale pour l’Education Catholique).

Selon le ministère de l’Education, 716 écoles[1] ont été endommagées par l’ouragan Matthew. UNICEF  soutient actuellement la réhabilitation de 129 écoles [2]dans les départements de la Grand’Anse, des Nippes, du Sud et du Nord-Ouest.  40 000 écoliers bénéficieront  de cette assistance.

René Fermond, sur les bancs del’Ecole Marie Pierre Louis à Desormeaux.© Maxence Bradley

René Fermond, sur les bancs del’Ecole Marie Pierre Louis à Desormeaux.© Maxence Bradley

Il est estimé qu’environ 300,000 enfants en âge scolaire[3] nécessitent un paquet d’interventions pour faciliter leur accès à l’Education. Il s’agit principalement du Grand Sud, de l’Ouest, du Nord-Ouest et du Centre où se concentrent la grande majorité des enfants en âge scolaire affectés par les crises auxquelles fait face le pays.

A l’impact de l’ouragan Matthew s’ajoute  une sécheresse prolongée causée par el-Niño,  des cas de choléra qui persistent, et des mouvements de populations transfrontalières. Tous ces évènements affectent les enfants et leur éducation. C’est pourquoi,  il est nécessaire de mettre en place des interventions portant sur la réhabilitation des écoles et des infrastructures sanitaires, l’équipement des écoles et la distribution de matériels d’apprentissage et d’enseignement ; l’organisation de sessions d’appui psychosocial à l’ intention des enfants et du personnel éducatif affectés  et l’utilisation d’un calendrier scolaire et d’un paquet pédagogique conçu par le ministère de l’Éducation pour aider les étudiants à rattraper le temps perdu en classe. [4] L’éducation est essentielle pour équiper les enfants des compétences qui les aideront à apprendre, à se protéger contre le choléra et d’autres maladies d’origine hydrique, à chercher de l’aide quand ils en ont besoin et à prospérer dans les années à venir.

UNICEF Haiti - 70th Anniversary photo project

René Fermond, directeur fondateur de l’Ecole Marie Pierre Louis à Desormeaux.© Maxence Bradley

On parle beaucoup des actions des organisations nationales, internationales et de l’État haïtien en faveur de l’éducation. Les membres de la communauté haïtienne ne sont pas en reste ! A l’image de René Fermond, directeur fondateur de l’Ecole Marie Pierre Louis à Desormeaux.

Nous avons rencontré René par hasard, sur la route qui nous mène de Jérémie à Dame Marie, au niveau de Desormeaux, un panneau indique ’’Ecole Marie Pierre Louis L’éducation est un havre d’amour’’. Nous décidons de nous y arrêter et par chance rencontrons René Fermond. Alors que de jeunes membres de la communauté font des travaux dans une école, René, directeur de cette école depuis 1990, accompagne deux petits écoliers. Deux frères Valery 5 ans et Reginald 7 ans.

« L’école a repris timidement  le 7 novembre, à cause de la pluie qui tombent depuis l’ouragan », commence-t-il. L’école  dirigée par René a été détruite par l’ouragan, sa maison aussi.  « Les meubles ont été écrasés, le matériel scolaire s’est envolé, les murs doivent être réparés. C’est pour cela que les jeunes de la communauté s’affairent. »

Rene, Valery et Reginald. © Maxence Bradley

Rene, Valery et Reginald. © Maxence Bradley

En effet, le Directeur départementale de l’Education de la Grand ’Anse, Jean Marcel Jeanty a confirmé qu’environ 60% des écoles affectées [5]ont recommencé à fonctionner ; par contre, peu d’enfants ont repris le chemin de l’école, notamment à cause des pertes subies par les familles.

René accueille depuis 26 ans les élèves sans moyens de sa localité. « J’accueille les démunis. Ceux qui le peuvent donnent un peu d’argent, ’’Un petit kob[6]’’. Ceux qui n’en ont pas les moyens sont accueillis tout de même.  Ici en Haïti, j’estime que mes compatriotes ne reconnaissent pas la valeur des démunis. C’est un pays pauvre certes, des gens viennent de l’extérieur pour nous aider. Mais nous-mêmes, nous pouvons faire beaucoup pour nos communautés. Je veux inviter les personnes à prendre conscience de cela. A jeter un regard sur les plus pauvres, les plus petits, pour encourager la solidarité.»

« Vous savez » poursuit-il « Je consacre ma vie à aider les plus pauvres, c’est mon choix de vivre comme cela et j’en ai souffert mais je ne changerais ma décision pour rien au monde. Si chacun pouvait aider un peu les autres, le monde se porterait mieux. Mais ici lorsque je tiens ces propos, on me traite parfois de fou », éclate-t-il de rire.

Se soucier des plus pauvres et agir pour eux avec bienveillance, un fou ? Je me prends alors à rêver d’un monde peuplé de plus fous comme René et nous reprenons la route direction Dame Marie où notre partenaire FONDEFH (Fondation pour le Développement et l’Encadrement de la Famille Haïtienne) effectue en ce moment un dépistage de la malnutrition.

Julie Harlet UNICEF Haïti Communication

[1] UNICEF Haiti Situation Report #15- 25 Novembre 2016.

[2] UNICEF Haiti Situation Report #15- 25 novembre 2016.

[3] Source UNICEF section Education, groupe sectoriel de l’Education.

[4]  Haiti HNO 2017 Humanitarian Need Assessment Education in Emergency.

 

[5] Déclaration faite le 1er décembre 2016.

[6] ‘’Un peu d’argent’’.

 

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