Ketchna

Ketchna, une poétesse retourne à l’école

Plus de 170 000  personnes ont été déplacées, des enfants inclus, suite au passage de Matthew en Haïti, selon le rapport d’OCHA publié en novembre 2016. Certaines ont perdu tout ce qu’elles possédaient, y compris leurs maisons et leurs récoltes, notamment dans le Sud du pays. Pas moyen d’envoyer les enfants à l’école, dans ces conditions. D’autant plus que l’ouragan aurait endommagé 774 établissements scolaires sur le territoire haïtien, selon l’évaluation du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle en fin octobre dernier. Ketchna est l’une des enfants du Sud à avoir bénéficié de l’appui de l’UNICEF pour pouvoir retourner à l’école.

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C’est dans un quartier de Melon, une section communale de Maniche, que nous rencontrons Ketchna. Fraichement rentrée de l’école, la fillette de huit ans nous accueille chez elle avec un sourire timide. Elle porte encore son uniforme d’écolière bleu et blanc, avec de jolis rubans assortis dans les cheveux.

Ketchna aime chanter, sauter à la corde, déclamer des poèmes. Ses yeux se mettent à briller lorsqu’on lui réclame quelques vers. Elle se lance volontiers d’une voix enjouée : « Cocorico, il chante si tôt notre coq Figaro, c’est le gardien de la bassecour. Dès que le jour se lève, il réveille la bassecour : quatre dindes, quatorze canards, quinze lapins et quarante poules. Quelle grâce, oh ! Qu’il est beau avec sa belle queue verte et bleue»

Ketchna et sa famille possédaient une bassecour avant le passage de l’ouragan en Haïti en octobre dernier. Matthew a tout emporté, jusqu’à leur maison. Aujourd’hui, ils louent une chambre dans le village de Melon, neuf mètres carrés pour les abriter tous les six. Ils disposent d’un seul lit et de quelques ustensiles de cuisine. Ketchna passe ses après-midi sur la gallérie à étudier et à jouer :

« C’est là que je vis, depuis le passage de Matthew, avec ma mère, mon père, mes trois frères et sœurs, explique la fillette. La nuit, ma mère nous aménage un lit avec des draps sur le sol pour dormir. Ce n’est pas là que je vivais avant l’ouragan. Nous avions notre propre maison. Matthew l’a complètement détruite».

La solidarité communautaire en réponse  à Matthew

Ketchna nous conduit à l’emplacement de son ancienne maison, au sommet d’une colline rocheuse de Melon, à une trentaine de minutes de marche du village. On s’arrête devant une clôture faite de branches d’arbre. La fillette nous invite à l’enjamber : « C’est là que j’habitais avant l’ouragan ». Par-delà la clôture, on trouve juste un amas de décombres, quelques morceaux de tôles et des débris de meubles. C’est tout ce qui reste de sa maison. L’ouragan Matthew leur a tout pris, leur toit, leurs récoltes, leurs bétails. Tout est parti en une nuit. Une nuit que Ketchna raconte avec une pointe de tristesse :

Ce qu’il reste de l’ancienne maison de Ketchna

Ce qu’il reste de l’ancienne maison de Ketchna

« Cette nuit-là, je dormais avec ma mère, mon père et mes frères et sœurs. Je me suis réveillée en sursaut. Mon lit s’était effondré. Il y avait un vacarme à l’extérieur. J’ai regardé autour de moi. Un arbre était tombé sur la maison. Il y avait de l’eau partout. Mon frère pleurait. Il s’est blessé au genou.  Moi aussi je me suis blessée, à la cheville. J’avais peur, tellement que je suis tombée malade. J’ai vomis, et après j’ai eu la fièvre. Mon père m’a portée sur son dos, et nous avons couru chez la voisine. Dehors, j’ai vu d’autres gens courir pour se mettre à l’abri. Des morceaux de tôles volaient dans tous les sens. Quand nous sommes arrivés chez la voisine, sa maison aussi s’est effondrée. Alors nous sommes tous repartis chercher refuge chez quelqu’un d’autre.

                »J’aimerais que tout redevienne comme avant »

 

La mère de Ketchna sur les décombres de leur ancienne maison

La mère de Ketchna sur les décombres de leur ancienne maison

Lorsque le temps s’est calmé, Ketchna et sa famille n’avaient plus rien. Pas même de vêtements de rechange. La fillette se souvient de la générosité des villageois. Une autre famille les a accueillis sous son toit pour quelques jours. Elle a partagé avec eux le peu de nourriture qu’elle avait. D’autres leur ont fait don de nouveaux vêtements et d’un lit. Plus tard, les parents de Ketchna ont pu louer leur nouvelle demeure. Son père a trouvé du travail, il est gardien de bétail. Sa mère avait un petit commerce avant l’ouragan,  maintenant elle n’a plus aucune source de revenu. Du haut de ses huit ans, Ketchna comprend la situation : « On n’arrive plus à payer le loyer. J’aimerais que tout redevienne comme avant. Que nous ayons notre propre maison».

Projet d’avenir : Aider les autres

La solidarité communautaire dont sa famille a bénéficié après le passage de l’ouragan a marqué le jeune esprit de Ketchna : « Quand je serai grande, et que j’aurai fini mes études, Je souhaite devenir une infirmière. J’aimerais trouver un travail, pour pouvoir aider les autres».

Cependant, les parents de la fillette n’ont pas toujours les moyens de subvenir aux frais scolaires. Ketchna s’investit dans leurs efforts : «  Avant Matthew, j’avais deux cabris. J’en prenais soin tous les jours. Je projetais de les vendre pour pouvoir aider mes parents à payer l’école. Maintenant, je n’ai plus rien. L’ouragan les a emporté.»

Ketchna prend ses études très au sérieux. Elle assure faire régulièrement ses devoirs et obtenir de bonnes notes à l’école : « Apprendre, c’est ce que je préfère ». Mais cela aussi, Matthew a failli le lui enlever.

Un des réservoirs d’eau de l’école nationale de Melon

Un des réservoirs d’eau de l’école nationale de Melon

L’école Nationale de Melon avait dû suspendre ses cours, car ses toitures avaient été emportées et son mobilier scolaire saccagé par l’ouragan.  Les cours ont pu reprendre un mois plus tard, après la réparation des toitures, avec l’appui financier de l’UNICEF. Ketchna nous montre les toitures neuves des bâtiments de son école. Elle nous emmène, jusqu’au fond de la grande cour de récréation, voir les deux réservoirs d’eau traitée et le savon disposés près des toilettes par l’Office Régional de l’Eau Potable et de l’Assainissement. Sous les réservoirs, une inscription rappelle aux élèves un principe d’hygiène crucial : Lavons-nous les mains après l’utilisation des toilettes et des urinoirs.

 

L’école, un pilier du relèvement post-Matthew 

L’école Nationale de Melon accueille aujourd’hui 416 élèves, dont 5 nouveaux depuis la réouverture des classes. Les nouveaux sont des enfants dont les écoles n’ont pas encore pu rouvrir leurs portes, explique le directeur, Elisma Prenor : « Ces enfants sont traumatisés par leur situation post-Matthew, la plupart n’ont plus de toit pour les abriter, leurs parents peinent à leur trouver à manger. Certains n’ont plus de livres, ni d’uniforme. Ces conditions affectent leurs résultats scolaires. Cependant, ils ne ratent pas même un jour de classe. Et on les comprend. L’espace scolaire est un peu leur refuge. Il les aide à reprendre une vie normale. » Dix professeurs de l’école le nationale de Melon ont reçu une formation en appui psychosocial en ce sens, en février 2017, avec le support de l’Unicef et de ses partenaires.

Ketchna sautant à la corde dans la cour de son école

Ketchna sautant à la corde dans la cour de son école

Sur les 521 écoles évaluées par le ministère de l’Education Nationale de la Formation Professionnelle dans le département du sud, 466 ont été endommagées par l’ouragan Matthew. Celles qui n’ont subi que de légers dommages ont servi d’abris provisoires aux familles déplacées.

Pour elle, l’école passe avant tout

Pour la période d’octobre 2016 à février 2017, l’UNICEF a financé la réhabilitation de 121 écoles et l’appui en termes d’assainissement pour 71 écoles dans le Sud. L’UNICEF prévoit aussi un support en mobilier scolaire pour ces établissements. Le Fonds des Nations Unies ur l’Enfance a aussi distribué des kits scolaires dans ce département, pour faciliter le retour en classe des enfants dont les familles ont été touchées par le sinistre.

Ketchna fait partie de ces enfants qui ont bénéficié de l’appui de l’UNICEF et de ses partenaires pour reprendre le chemin de l’école après l’ouragan Matthew. Forte et motivée, la fillette pose un regard plein de maturité sur la situation actuelle de sa famille. Pour elle, l’école passe avant tout.

Au moment de nous dire au revoir, Ketchna nous accompagne sur le pas de sa porte et nous dédie encore quelques derniers vers, comme pour nous confier une mission : « C’est le jour de la rentrée. Voici Remy et Sandra. Regarde ! Ils sont là-bas sous les arbres… » .

Bettina PERONO,

UNICEF Communication-Sud, Haïti

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