Une journée sous le signe de l’eau

 

 Le 10 octobre 2016, aux abords de Jérémie, en Haïti, un camion-citerne est rempli avec l'eau de source d'un puits artésien. ACTED, une ONG d'exécution partenaire de l'UNICEF, en collaboration avec la Direction nationale de l'eau, la DINEPA, distribue de l'eau purifiée à un certain nombre de quartiers et d’abris dans le département de Grand Anse. ©UNICEF/UN035314/LeMoyne

Le 10 octobre 2016, aux abords de Jérémie, en Haïti, un camion-citerne est rempli avec l’eau de source d’un puits artésien. ACTED, une ONG d’exécution partenaire de l’UNICEF, en collaboration avec la Direction nationale de l’eau, la DINEPA, distribue de l’eau purifiée à un certain nombre de quartiers et d’abris dans le département de Grand Anse. ©UNICEF/UN035314/LeMoyne

Jérémie, 12 octobre 2016. La journée débute avec de l’eau propre et s’achève avec de l’eau propre.  En collaboration avec notre ONG partenaire ACTED, nous nous rendons dans vingt-cinq abris d’urgence où ont trouvé refuge certaines des familles dont les maisons ont été détruites par Matthew.  250 à 500 personnes en moyenne vivent sur chaque site, cohabitant dans un espace très restreint.

Il est plus important que jamais de garantir un approvisionnement en eau propre et des conditions d’hygiène convenables afin de prévenir les épidémies.
La plupart de ces abris ont été installés dans des écoles qui ont résisté à l’ouragan grâce à leur structure solide.

Les cinq abris où se concentre le plus grand nombre de personnes sont gérés par ACTED. Ici, trois agents travaillent tous les jours, du lever au coucher du soleil, nettoyant les lieux, la citerne d’eau et les toilettes.
« Je loge ici avec mes quatre enfants.  Matthew a détruit tout ce que nous avions.  Je ne sais absolument pas comment je vais faire pour commencer à reconstruire notre maison.  Je n’ai pas d’argent pour acheter les matériaux de construction, »  me confie Rose, 37 ans, qui séjourne dans l’abri du CHO, auparavant une école et une église.

Afin de barrer la route au risque bien réel de choléra, l’UNICEF appuie le gouvernement dans l’organisation de diverses interventions de prévention.  Après une augmentation des cas de diarrhée dans deux des abris, les gens se sont vu administrer un traitemement prophylactique hier soir afin de renforcer temporairement leur système immunitaire.  Une éducation sur les mesures d’hygiène est conduite en parallèle.  Ces abris sont un passage essentiel entre l’aide d’urgence et le retour à la normale.  Même s’il s’agit d’aider les gens au cours de la crise aiguë actuelle, l’objectif recherché est de les préparer à rentrer chez eux le plus tôt possible.

Rose avec un de ses quatre enfants

Rose avec un de ses quatre enfants

Puis, nous nous déplaçons jusqu’à la station de traitement de l’eau, La Digue, l’endroit où la plupart des habitants viennent chercher leur eau. Du chlore est additionné à chaque camion-citerne qui vient chercher de l’eau, laquelle sera ensuite distribuée dans les zones où vivent les personnes les plus touchées, tel que l’abri du CHO. C’est loin d’être une tâche facile. « Je travaille tous les jours de 7h00 à 19h00. Qu’il pleuve ou qu’il fasse chaud comme aujourd’hui, peu importe. Avant Matthew, j’étudiais la mécanique. La tempête a détruit ma maison et j’ai besoin d’argent pour la reconstruire, alors j’ai commencé à travailler ici, » nous explique Alicien, 24 ans. Il gagne 400 gourds par jour (moins de 6 dollars).

Depuis La Digue, nous suivons Honoré, un expert technique de la DINEPA (l’organisation gouvernementale responsable de l’eau et de l’assainissement, un de nos partenaires clés) qui fait la tournée des différents points de distribution de l’eau de la ville de Jérémie sur sa moto. Partout où nous allons, les gens attendent patiemment, des seaux à la main, jusqu’à ce que les robinets soient ouverts. L’eau est propre et gratuite. Une bénédiction au milieu de l’incertitude et le manque de moyens.

Un enfant près du point de distribution de l’eau.

Un enfant près du point de distribution de l’eau.

A Rozeau, un endroit fréquenté de Jérémie, je rencontre Josiane. « Avant, il faillait que je marche pendant deux heures pour aller à La Digue chercher notre eau, et pareil pour le retour . Cette distribution dans la partie de la ville où j’habite me facilite vraiment les choses, » me dit-elle. Comme tant d’autres, sa maison a été endommagée. « Le toit s’est tout simplement envolé avec le vent et tout était sous l’eau. Au lieu d’un toit, il y a maintenant une bâche plastique pour nous protéger de la pluie. » (Il existe un magnifique proverbe créole qui semble résumer la résilience du peuple haïtien, à laquelle fait penser le nom de ce quartier, « Rozeau » : ‘M se Rouzeau. Menm si mwen pliye m pap kase’. Je suis comme le roseau, je plie, mais ne romps pas »).

La journée s’achève avec une séance d’information délivrée par les militaires français concernant un système de traitement de l’eau qui a été acheminé par avion depuis la France ; il est en route vers Jérémie à l’heure où j’écris ces mots. Ces deux unités fourniront 400 mètres cubes d’eau propre pendant trois semaines (calculé sur la base de 10 litres par jour d’après les estimations, ce volume couvrira les besoins de 20 000 personnes), une transition précieuse visant à appuyer le gouvernement jusqu’à ce qu’une solution plus durable puisse être mise en œuvre. Cet exemple montre bien que des ressources et des partenariats qui se complètent sont un réel atout.

Le gouvernement français prête l’équipement et le personnel pour le faire fonctionner, l’UNICEF garantit la coordination entre les partenaires civils et militaires et organise la distribution de l’eau en collaboration avec la DINEPA et, enfin, la mission de maintien de la paix, la MINUSTAH, assure la sécurité du convoi de Port-au-Prince à Jérémie (au cours des jours derniers, on a signalé une augmentation du nombre d’attaques lancées contre les camions acheminant l’aide dans le Sud et Grand Anse. Les gens ont le sentiment que personne ne leur porte secours, c’est particulièrement vrai pour ceux qui vivent dans des zones isolées, alors ils arrêtent les camions. En général, ils prennent ce dont ils ont besoin, puis ils laissent le chauffeur repartir avec le reste du chargement jusqu’à sa destination…) Il y a tellement d’enfants à atteindre. Goutte à goutte, cette eau propre finira par remplir leur verre à moitié vide jusqu’à ras bord.

Merci beaucoup & Mesi anpil

Cornelia Walther

Traduction : Cendrine Strevens

 

This post is also available in: Anglais