Johanne Desormeaux : une pédiatre à la Nutrition.

Johanne Desormeaux quitte UNICEF Haïti pour rediriger sa carrière à l’international. Le temps est donc venu de revenir sur sa carrière de médecin et de membre de la section Nutrition à UNICEF Haïti. Un entretien révelant le travail accompli par les recrues de l’organisation mais dévoilant par ailleurs la sensibilité des humains qui se cache derrière les programmes.

UNICEF Haïti : Bonjour Johanne, qui es-tu ?

Johanne:  Je suis Johanne Desormeaux, fille cadette de trois enfants. Je suis médecin, plus précisément pédiatre, de carrière. Je travaille en nutrition depuis 2008, j’ai eu différents postes au sein de différentes organisations internationales mais depuis 2015 je travaille avec UNICEF Haïti. J’ai toujours su que je voulais avoir un rôle de décision, un rôle important, à un poste où je pourrais réellement intervenir pour améliorer la situation des enfants.

« J’ai par la suite travaillé à l’Hôpital Universitaire d’Haïti […] Cela a été mon premier contact avec la misère en Haïti »

Quelles sont les raisons qui sont à l’origine de ton poste à UNICEF Haïti ?

Chronologie du Régime Alimentaire chez le nouveau-né. (Photo: Maxence Bradley)

Quand tu as terminé ta médecine en Haïti tu as un an de service social à réaliser. Tu dois travailler gratuitement pour le gouvernement pendant une année. Pendant cette période, tu dois t’occuper de toute la communauté mais j’avais surtout les enfants qui venaient me voir. J’ai passé toute l’année à faire des consultations générale mais prioritairement pédiatrique. Lorsque j’ai eu la licence de médecine je me suis donc spécialisé en pédiatrie. J’ai par la suite travaillé à l’Hôpital Universitaire d’Haïti : c’est là où tu aperçois vraiment la misère. Cela a été mon premier contact avec la misère en Haïti. Tu voyais les gens qui n’avaient vraiment aucun recours. Les ressources en médicaments sont limitées en plus d’être peu abordables pour les personnes. Le personnel est là, mais ils n’ont absolument pas les moyens de travailler. J’ai réellement ouvert les yeux à ce moment : je ne savais pas qu’il y avait autant de misère dans mon pays. J’ai tellement vu de décès d’enfant pour des pathologies banales pour lesquelles ils n’auraient jamais dû mourir que j’ai décidé de ne plus être clinicien et qu’il fallait que je trouve quelque chose d’autre, avec plus de moyens et de capacités. J’ai donc pu expérimenter un programme pilote de nutrition avec l’ONG Concern en aboutissant en 2010 à la dotation d’un Protocole Nationale de Prise en Charge de la Malnutrition pour Haïti. Au final j’ai toujours travaillé avec UNICEF puisque ces projets étaient des collaborations. Après tout ce temps à travailler indirectement avec UNICEF j’ai eu l’opportunité d’intégrer véritablement son équipe.

Où tu as pu suivre le programme NETI (Initiative de Promotion de Nouveaux Talents) ?

Tout à fait, nous avons reçu un mail du bureau régional pour voir si quelqu’un serait intéressé par le programme NETI.  Je suis allé voir ce que c’était et je me suis dit pourquoi pas moi ? J’ai toujours eu l’ambition de travailler à l’international et surtout sur les programmes de nutrition. Haïti a ses propres problématiques mais il y a encore des problèmes encore plus graves en Afrique, en Inde ou en Asie. Alors pour moi c’est une opportunité qui s’est ouverte. Le NETI est une très bonne base pour se lancer à l’international. C’est un processus qui est certes long, j’ai commencé en Septembre 2016 et terminé en Avril 2017, mais cela en vaut vraiment la peine. Lorsque j’ai compris comment fonctionnait le système ici pour les officiers nationaux, avec peu d’opportunité de départ surtout dans une région où nous sommes les seuls francophones, je me suis lancée. De plus avec le NETI tu acquiers une vision bien plus globale, tu es également évalué à ce niveau et ton dossier est consulté par le monde entier.

Pour revenir à ton travail ici, décris nous plus en détail ta fonction à UNICEF Haïti.

Par exemple pendant la gestion de l’Ouragan Matthew, j’étais et je suis toujours point focal Urgence. C’est moi qui avais été déployé dans les premiers jours de l’ouragan dans le département des Nippes en premier lieu. On représentait l’UNICEF, la coordination, la gestion de l’aide, etc. Ensuite j’ai été dans la Grand’ Anse où j’étais le point focal Urgence pour la section santé et nutrition, étant médecin j’ai dû faire les deux sections. Mon travail consistait donc en la garantie d’une couverture d’urgence, encore aujourd’hui, des mois qui ont suivi l’ouragan. Une autre tâche que je dois réaliser c’est la gestion du stock. Ce n’est pas facile car cela concerne tout le pays et parvenir à faire voyager le stock des quatre coins d’Haïti c’est un défi. Au moins pendant mon travail avec UNICEF je peux dire que je me suis assuré que nous ne soyons pas rentrés en rupture de stock, que les enfants aient pu avoir accès aux soins et que les intrants aient été distribués à tout le monde dans tous les départements.

« La dynamique de la nutrition rentre dans tout le cercle de la vie »

De manière plus pratique, comment dirais-tu que ton travail influence la vie des enfants d’Haïti ?

Réserve de Plumpy Nut à l’Hopital de Borgne. (Photo: Maxence Bradley)

La malnutrition est la 3ème cause de décès parce qu’elle est lié à toute les autres maladies. Une pneumonie ou bien une Diarrhée l’enfant perd de l’appétit et il ne mangera pas. Notre programme est donc complémentaire à tous les autres programmes. Dans le programme du WASH (Eau, Assainissement et Hygiène) ou bien du Choléra la maladie va affecter le système de l’enfant et il va se retrouver en malnutrition. Notre rôle à la section nutrition ce n’est pas seulement distribuer le Plumpy Nut, c’est surtout un programme qui commence dès la femme enceinte. Nous fournissons une multitude d’intervention comme par exemple les micronutriments distribués aux femmes afin que son enfant ne soit pas malnutri à la naissance. Une femme enceinte malnutri va inévitablement donner naissance à un enfant qui aura un certain retard et des difficultés d’apprentissage. La dynamique de la nutrition rentre dans tout le cercle de la vie.

As-tu un souvenir marquant d’UNICEF Haïti à partager avec nous ?

Le souvenir le plus marquant à l’UNICEF s’est passé lorsque j’ai voyagé pour la première fois dans les coins les plus isolés d’Haïti. Je n’avais jamais autant visité ce pays de ma vie qu’avec UNICEF Haïti. Du coup, j’ai été dans une municipalité qui s’appelle Savanette. C’est une localité, du département du Centre, qui est à quatre heures de Port-au-Prince. Quand je suis arrivé, je n’ai jamais vu autant d’enfant malnutri de ma vie et de ma carrière de médecin et cela m’a vraiment choqué et cela restera un de mes plus grands heurts. Grace à l’UNICEF on a pu mettre un centre de prise en charge pour la malnutrition à Savanette. Auparavant les gens devaient faire 7-8h de marche pour se faire prendre en charge, mais maintenant tout est accessible depuis cette localité. Désormais, on peut affirmer qu’aucun enfant ne décèdera des suites de la malnutrition à Savanette dans le futur.

This post is also available in: Anglais

0 réponses

Répondre

Vous voulez participer à la discussion?
Dites-nous ce que vous en pensez...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *