La clinique 4X4 qui soigne les communautés des zones reculées

 

Sur des routes chaotiques, Médecin du Monde France, partenaire d’UNICEF Haïti et sa clinique mobile atteignent des zones difficiles d’accès pour prodiguer des consultations et des soins aux populations touchées par l’ouragan.

23 novembre 2016, un mois et demi après le passage de Matthew sur la ville de Jérémie, le soleil caresse notre voiture de ses rayons. Un camion chargés de blocs de béton s’arrête pour laisser passer de jeunes cabris, ils sont âgés de quelques jours à peine et traversent la rue en sautillant. A côté d’eux, un homme marche une charge de bois portée sur la tête. Il est suivi d’une femme qui elle, transporte précieusement dans ses bras un pied de banane. Ce jeune bananier une fois planté pourra faire jusqu’à 7 rejetons. Promesse à venir[1] de plusieurs plats de  »bananes pesées »[2] pour la famille et peut être de quelques Gourdes[3] sur la vente des surplus. Des petits signaux bienvenus de reconstruction accueillent notre début de mission à Jérémie alors que l’urgence alimentaire s’installe dans les départements touchés par l’ouragan. Jusqu’à 100% de leurs récoltes ont été perdues à cause de Matthew, voir à la fois du bétail et quelques plants est un signe encourageant.

UNICEF Haiti - 70th Anniversary photo project

Une partie de l’équipe  »clinique mobile’ de MdM : Emile Lékandré, animateur en santé communautaire; Wisline Pierre Louis infirmière; Dr Fé0lix Anderson , médecin et Guirlande Guerrier, infirmière. © Maxence Bradley

Au bureau de Médecin du Monde France, Miss Mimose, responsable des cliniques mobiles nous attend « C’est la première fois que le soleil se montre depuis le passage de Matthew » se réjouit-elle. « Il a plu tous les jours, le ciel était gris. Aujourd’hui le soleil est là. Les feuilles repoussent sur les arbres meurtris et pliés par Matthew, la vie reprend ses droits. »

Alors que nous discutons Miss Mimose et moi, une équipe de trois infirmières, un médecin, un animateur de santé communautaire et un chauffeur s’activent autour d’un 4×4. Ils préparent le matériel. Cette clinique permettra au personnel médical d’administrer des premiers soins, d’effectuer des consultations prénatales, de dépister des pathologies et de vacciner les enfants dont les centres médicaux les plus proches ont été détruits par l’ouragan. Enfin, ils seront à même de repérer les cas qui posent problèmes et de les rediriger vers des structures de soins appropriées. Les maladies rencontrées le plus fréquemment sont des fièvres, des infections, des parasites intestinaux, des diarrhées aigües, des dermatoses, des Infections Sexuellement Transmissibles.

Des consultations et des médicaments gratuits

bus-embourbe

bus embourbé à Latibolière. © Maxence Bradley

Le projet ’’clinique mobile’’ de Médecin du Monde France est financé par l’UNICEF. « Cette clinique offre des consultations gratuites. Nous travaillons avec les structures de santé[4] et nous choisissons les lieux d’interventions ensembles avec elles. Pour l’instant nous avons 4 points fixes[5] de clinique que nous visitons tous les 15 jours. Entre 80 et 100 personnes profitent des consultations à chaque passage de la clinique mobile. Ce projet est programmé pour 3 mois», poursuit-elle.

Quelques coups de klaxons retentissent et clôturent mon entretien avec Miss Mimose, signe qu’il est temps de sauter dans la voiture UNICEF et de suivre la clinique mobile. Direction Previlé à 25 km de la ville de Jérémie. 25 km de routes boueuses et sinueuses. Il pleut énormément sur la zone depuis Matthew. Les routes sont dégradées et nombreux sont les véhicules qui s’y embourbent.

C’est d’ailleurs un bus coincé au niveau de la zone de Latibolière qui nous empêchera d’atteindre notre cible ce jour-là. Il bloque la route depuis la veille, impossible de passer et d’atteindre les communautés de Prévilé ce matin-là. La localité sera reprogrammée la semaine suivante et l’équipe médicale rentre au bureau de Jérémie.

Le lendemain matin, nous repartons avec la même équipe direction Baptiste une communauté reculée de la localité Abricots.

Genevieve et le Dr Felix

Genevieve et le Dr Felix. © Maxence Bradley

Après quelques heures de routes difficiles et de nombreux véhicules croisés embourbés, nous devons nous résoudre une nouvelle fois à rebrousser chemin alors que nos voitures essaient encore de gravir cette pente glissante, une fois, deux fois, trois fois, en vain. La décision est prise de faire demi-tour. Baptiste est inatteignable en voiture. Nous croisons des ânes et des marcheurs, les seuls qui parviennent à gravir ces chemins montagneux et boueux. L’équipe médicale et paramédicale est frustrée. Cela fait deux jours qu’ils sont prêts à intervenir à suivre leurs patients et à en rencontrer de nouveaux. Miss Andrea, infirmière chez MDM depuis 8 ans prend la décision d’aller établir des consultations au Centre de santé local le plus proche.

Lorsque nous arrivons de nombreux patients (hommes, femmes, enfants) attendent leur tour. Dr Felix Anderson, médecin de la clinique mobile prend place dans l’un des bureaux et examine sa première patiente du jour. Geneviève attend son quatrième enfant. Elle a les jambes gonflées et marche difficilement. Elle pense être enceinte de 6 mois, le médecin lui révèle qu’elle en est à 8 mois de grossesse. Nouvelle qu’elle accueille avec un petit étonnement. L’un de ses fils et son mari l’attendent dans le couloir. « Depuis Matthew, il pleut tous les jours. L’eau monte dans la maison. Notre maison est inondée, ma femme nettoie toute la journée. Ses jambes gonflent » explique son époux Jean Beret Tadegrain, agriculteur. Le médecin préconise du repos les jambes surélevées.

C’est maintenant au tour du petit Léo d’être reçu par le médecin. Le petit recevra des antibiotiques pour soigner sa pneumonie et reviendra dans sept jours accompagné de son papa pour une visite de contrôle.

Dans la cour de la clinique, la petite Fiad, 11 mois se repose dans les bras de sa maman en attendant ses antibiotiques. L’enfant souffre de fièvre et de douleurs abdominales depuis trois jours. Son analyse de sang révèle une fièvre typhoïde. « Elle doit prendre des antibiotiques durant 10 jours, éviter les graisses et boire de l’eau bouillie », explique Marie Francine Lipso sa maman.

La petite Fiad, son papa et sa maman.

La petite Fiad, son papa et sa maman. © Maxence Bradley

Marie Francine et son époux habite la 4ème section de Pavrette a une heure et demi de marche d’ici. Tous deux sont enseignants. Elle enseigne depuis trois ans et est responsable du niveau préscolaire (208 élèves) à l’école St Augustin près de chez elle. «  L’école a été touchée par l’ouragan, les tôles sont parties, le béton a été endommagé, mais nous avons de la chance nous avons pu reprendre l’école le 7 novembre. »

La maison de cette famille a également été touchée par l’ouragan. Une partie est habitable, une partie a été détruite. « Mais pour les réparations nous attendons qu’un peu d’argent rentre. Mon mari travaille pour une école nationale, il ne touche pas son salaire régulièrement[6] et les cours n’ont pas repris car la réhabilitation de l’école n’est pas encore terminée. Nous nous considérons malgré tout comme chanceux car, en ce moment, même avec un seul salaire, nous nous débrouillons, ce qui n’est pas le cas de tout le monde», conclut-elle.

 

« Il n’y a ni poissons, ni viandes, ni fruits, les légumes sont trop rares. »

Les étals des marchés du département habituellement bien garnis de fruits, légumes frais et sec, riz, poissons et viandes sont aujourd’hui désespérément vides. Lorsque je m’inquiète du régime alimentaire suivi par cette famille, Marie Francine confirme mon inquiétude « Pour l’instant nous nous nourrissons presque exclusivement de riz et de spaghetti. Il n’y a ni poissons, ni viandes, ni fruits, et les légumes sont trop rares. Mon mari parvient encore à trouver quelques ’’feuilles[7]’’ pour accommoder les repas et trouver les vitamines et minéraux nécessaires » conclut-elle avant de repartir avec sa fille et son époux vers leur demeure.

Je les salue et leur souhaite une bonne route non sans demander à Marie Francine ce qu’elle souhaite pour sa fille. «  Qu’elle soit utile à son pays » me dit-elle avec un sourire et en me faisant signe au revoir de la main.

Julie Harlet

Communication UNICEF Haïti

[1] Il faut en moyenne entre 7 et 12 mois à un bananier pour produire ses premiers fruits.

[2] Bananes plantains frites dans de l’huile.

[3] Gourdes GHT monnaie Haitienne.

[4] Notre partenaire MdM travaille avec 7 structures de santé dans 6 communes : Pestel, Beaumont, Abricots, Chambellan, Roseaux et Jeremie.

[5] Ces 4 zones sont Latibolière (Jeremie), Pierry /Prévilé (Jérémie), Baptiste (Abricots) et Cassanette (Beaumont).

[6] Situation fréquente dans l’enseignement public en Haiti.

[7] Légumes de type épinard, cresson, liane panier, etc.

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