Choléra et vodou haïtien

Au total, 279 prêtres vodous (hougans et mambos) de 9 communes différentes ont reçu une formation sur le choléra par les Directions Sanitaires du Nord et du Nord-est et par Oxfam.

Mambo Joseph Melanie dans une démonstration de préparation de SRO lors d’une rencontre avec les ougans et les mambos (photo Oxfam)

Mambo Joseph Melanie dans une démonstration de préparation de SRO
lors d’une rencontre avec les hougans et les mambos (photo Oxfam)

Dans le cadre du plan national d’élimination du choléra 2012- 2022, un projet de lutte contre le choléra est implémenté par Oxfam en partenariat avec la DSN, la DSNE, la DSC[1] dans les  départements du Nord/Nord-est depuis 2014 et du Centre depuis 2015, grâce à des financements de l’UNICEF.

Le choléra est une maladie humaine causée par le vibrio cholérae qui peut être traitée facilement si on assure une prise en charge à temps. Malgré les multiples efforts déployés dans le cadre de l’élimination du choléra, il représente encore dans le pays un grand problème de santé publique.

En Haïti, le travail de lutte contre le choléra doit prendre en compte les croyances, les pratiques et les connaissances existantes afin de pouvoir initier un changement de comportement nécessaire à la réduction du nombre de personnes atteintes par le choléra. Au niveau des croyances, de nombreuses personnes croyaient qu’il existait deux sortes de choléra (un vrai et un faux)  ou que le choléra était le résultat d’une malédiction divine ou d’un sort maléfique. Cette conception erronée de la maladie du choléra les oriente vers les prêtes du vodou (hougans et mambos) en quête de guérison. De ce fait, un des axes du travail de sensibilisation de ce projet a été de travailler directement avec  les prêtes du vodou dans les zones de provenance des cas suspects sur la prévention du choléra. Le but était en effet de sensibiliser et former les leaders vodous des zones concernées sur la prévention du choléra, la préparation du SRO –Sel de Réhydratation Oral), la décontamination intra-domiciliaire et le référencement d’un cas suspect de choléra dans un centre de santé le plus proche de leurs domiciles ou leurs lieux de travail afin qu’ils contribuent ainsi à réduire la mortalité liée au choléra.

Gweto Manitha Clervil, mambo du département du Nord accompagnant le Promoteur de Santé Publique et l’agent sensibilisateur d’OXFAM pour une interview.

Gweto Manitha Clervil, mambo du département du Nord accompagnant le Promoteur de Santé Publique et l’agent sensibilisateur d’OXFAM pour une interview.

Il a été nécessaire d’identifier les prêtes du vodou (hougans et mambos) dans les zones de provenance des cas suspects, puis d’organiser une formation d’une journée pour eux afin de les sensibiliser et les former sur les méthodes préventives du choléra, les gestes à tenir en cas de choléra. Ils ont également été  informé de l’importance d’appeler le centre de santé le plus proche ou de référer un cas suspect de choléra dans un centre de santé le plus proche de leurs domiciles ou leurs lieux de travail. Cette formation a permis également de  les inviter à partager leurs expériences avec les autres hougans ou mambos qui n’ont pas pu participer à la formation. Après une démonstration sur la préparation du SRO lors d’une rencontre, un ougan a déclaré « Je me sens heureux aujourd’hui, car maintenant je sais quoi faire si des enfants souffrent du choléra. Je connais l’utilisation du SRO et je les enverrai à l’hôpital. »

Les méthodes utilisées sont très participatives: le brainstorming, les questions-réponses, le partage d’expériences, les jeux de rôle et les démonstrations.

Telfort Primeflort, infirmière communautaire de la DSN assurant une séance de formation pour les ougans et mambos de Madeline au Cap-Haitien (photo Oxfam).

Telfort Primeflort, infirmière communautaire de la DSN assurant une
séance de formation pour les ougans et mambos de Madeline au Cap-Haitien (photo Oxfam).

C’est au total, 279 prêtres vodous (hougans et mambos) de 9 communes différentes (Ouanaminthe, Fort-Liberté, Mombin Crochu, Limbé, Plaisance, Borgne, Cap-Haitien, Port-Margot) qui ont été formés.

Ils savent désormais que le choléra est une maladie infectieuse causée par le vibrio cholerae, connaissent les signes et les symptômes du choléra et sont capables d’identifier un cas suspect de choléra.Ils sont capables de préparer une solution de sel de réhydratation oral (SRO) et de réhydrater dans l’immédiat un cas suspect de choléra; d’appeler le personnel du centre de santé le plus proche ou de référer un cas suspect de choléra au centre de santé le plus proche de leur domicile ou de leur lieu de travail habituel. Ils savent comment  préparer une solution chlorée pour désinfecter leur domicile ou leur lieu de travail habituel.

Les hougans et les mambos ne sont pas tous d’avis que le choléra est une maladie infectieuse. Certains d’entre eux disent qu’il existe deux types de choléra: un vrai choléra (causé par le vibrio cholerae) et un faux choléra (causé par l’homme via des « poudres, des batteries et des zombies choléra »). Sur ce point, il reste un grand travail de sensibilisation à réaliser. Mais en cas de diarrhée, ils sont tous d’accord qu’il faut réhydrater la personne et l’envoyer à l’hôpital.

Les prêtes du vodou ont participé activement dans les discussions lors des rencontres et ont montré un grand enthousiasme pour les activités de démonstration de la préparation du SRO. Ils ont partagé leurs expériences et  leurs compréhensions du choléra. Cependant nous devons continuer le travail et sommes en train de mettre en place avec les prêtres vodous un plan de suivi pour les alertes précoces et le référencement des cas suspects de choléra.

Nous continuons également de travailler de manière générale au niveau de la sensibilisation sur les croyances afin de pouvoir initier un changement de comportement. Pour cela, Oxfam utilise des outils d’Éducation par le Divertissement, en particulier à travers du théâtre forum[2] et un feuilleton radio TIM TIM[3].

Par Miguelito Michel,

Promoteur Santé Publique (PHP), projet WASH-choléra,

Nord et Nord-est, Haïti, OXFAM- Aout 2016

 

Bibliographie :

  • Plan d’élimination du choléra 2012-2022 du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP).
  • Recherche formative pour la radio novela (TIM TIM), OXFAM, 2015.

 

[1] Direction Sanitaire du Nord, du Nord-est et du Centre

[2] Le théâtre forum est un théâtre de type participatif qui permet au public de proposer des solutions aux problèmes communautaires. Dans le cas du choléra, les membres du public sont invités à agir sur les mesures préventives avec les acteurs du théâtre. Le but est que le public adopte des changements de comportement basés sur les solutions qu’ils ont proposées et portées à la vie sur scène.

[3] Tim Tim est un feuilleton radiophonique qui comprend deux saisons. Le feuilleton informe les gens sur divers sujets, y compris le choléra à travers des histoires divertissantes. Dans la saison 2, Tim Tim a été diffusé par quatre stations de radio dans les départements du Nord et du Nord-est. Les fans de Tim Tim ont été engagés régulièrement par SMS. Un des éléments qui est ressorti à travers les messages texte était que certaines personnes croient encore que l’eau courante ne peut pas contenir de germes. Les fans ont également eu l’occasion de partager leurs points de vue sur le choléra et d’examiner les meilleures pratiques à adopter grâce à un expert lors des émissions radiophoniques de Tim Tim.

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