Témoignage : Les kits d’urgences sauvent des vies

Derline et le nouveau-né

Derline et le nouveau-né

 

Je partage avec vous une expérience que j’ai vécue mercredi 26 Octobre 2016. Après avoir élaborer le plan de distribution des kits d’accouchement pour le Sud avec le responsable du département, Jeanty, Belizaire et moi, nous avons chargé notre véhicule pour une livraison à Port-Salut. En cours de chemin, nous étions obligés de faire demi-tour à cause de la route qui était bloquée au niveau de Torbeck. J’ai décidé d’aller à Cavaillon et à Saint-Louis du Sud, deux autres localités du département du Sud.

En franchissant la porte du Centre de Santé de Saint-Louis du Sud, nous avons été accueillis par les cris atroces d’une femme. En questionnant le personnel qui était sur place, j’ai appris qu’elle était en train de mettre au monde un enfant. Nous nous sommes empressés de distribuer le kit afin de sauver la vie de cette femme et de l’enfant.

derline-mentor-2-baby-resizedQuelques minutes plus tard un garçon 2.5 kg est né, bien portant. Le kit d’accouchement donné par l’UNICEF est arrivé au bon moment et certains produits ont été utilisés pour faciliter le processus d’accouchement.

Je n’ai pas pu m’empêcher de prendre des photos et surtout de le tenir dans mes bras. Je sentais la vie déborder de son corps, il criait et la mère était heureuse de voir son enfant en bonne santé. J’étais tellement contente d’avoir permis à cet enfant de voir la lumière de la vie  grâce à l’UNICEF.

Ce qui est beau dans tout cela. C’est de remarquer que ce centre de santé n’était pas dans le plan initial de notre visite, le responsable du département a insisté pour l’ajouter. Nous devions aller à Port Salut et non à St Louis. Et nous sommes arrivés juste à temps pour l’accouchement … Comme le dit le nouveau slogan de l’UNICEF ‘’ pour chaque enfant’’.

Derline Mentor,

Agent de la Chaine du froid, UNICEF Haïti

 

La vaccination contre le choléra, officiellement lancée

Lancement de la campagne de vaccination ce 8 novembre 2016 aux Cayes

Lancement de la campagne de vaccination ce 8 novembre 2016 aux Cayes

Port-au-Prince le 8 novembre 2016- Le ministre de la Santé publique et de la Population, de concert avec les partenaires dont l’UNICEF, l’OPS-OMS, International Medical Corps (IMC), a lancé officiellement la campagne de vaccination contre le choléra dans les départements du Sud et de la Grand’Anse, les plus durement touchés par le passage de l’ouragan Matthew.

La campagne vise plus de 800 000 personnes dans 9 communes de la Grand’Anse et 6 du Sud pendant une semaine. Plusieurs partenaires sont impliqués dans cette campagne. Des milliers d’agents de santé sont déployés.

Dans l’assistance des autorités locales, les partenaires ainsi que les membres de la communauté ont participé à la cérémonie de lancement et ont rappelé toute l’importance qu’ils accordent à cette activité. La population a répondu présente à l’appel. La foule se pressait au poste de vaccination installé dans la cours. Tous voulaient prendre le vaccin qui s’administre par voie orale. Des personnalités importantes de la commune ont reçu le vaccin pour montrer l’exemple.

Dans son allocution de circonstance, le Dr. Daphné Benoit Delsoin, Ministre de la Santé publique et de la Population a rappelé les ravages que le choléra a occasionnés au sein des familles haïtiennes. « Je connais personnellement la souffrance des patients. C’est pour cette raison que je me suis fixé comme objectif de ne pas limiter mes actions à la construction de centres de traitement du choléra et de tout faire afin d’éradiquer la maladie.».

Tout en remerciant les partenaires de cette campagne, elle a rappelé « qu’avec la vaccination, on pouvait contrôler l’épidémie du choléra en Haïti », en insistant sur le fait que les activités de sensibilisation à l’hygiène comme le lavage des mains au savon et à l’eau propre doivent accompagner la vaccination pour assurer son efficacité.

Akhil Iyer, responsable du bureau de l’UNICEF aux Cayes,

Akhil Iyer, responsable du bureau de l’UNICEF aux Cayes,

Pour sa part, Akhil Iyer, responsable du bureau de l’UNICEF aux Cayes, a insisté sur l’aide  apportée par l’organisation dans cette campagne de vaccination. « L’UNICEF a apporté un appui technique dans la planification et la coordination de la campagne. L’UNICEF a aussi contribué à l’approvisionnement, au transport des vaccins et a supporté le renforcement de la chaine de froid et la conservation des vaccins. Tout le volet communication (bannières, messages de sensibilisation, spots radio, etc.) et la mobilisation sociale ont également été pris en charge par l’UNICEF. », a-t-il souligné.

« L’UNICEF réitère son soutien aux côtés des communautés, des autorités locales et du gouvernement haïtien dans le but de créer un environnement sain et protecteur pour les enfants qui ont été victimes de l’ouragan Matthew. Nous continuerons nos actions dans les endroits les plus reculés, nous ne devons en aucun cas les oublier », a-t-il indiqué.

Jean Panel Fanfan, UNICEF Haïti

Témoignage: Récit de voyage suite à l’ouragan Matthew

Brice à l'école Catish le 14 octobre dernier en visite pour évaluer les dégâts causés par l'ouragan Matthew et les effets sur la communauté qui s'y abritait.

Brice à l’école Catish le 14 octobre dernier en visite pour évaluer les dégâts causés par l’ouragan Matthew et les effets sur les communautés qui s’y abritaient.

Le passage de l’ouragan Matthew en Haïti dans la nuit du 3 au 4 octobre a montré combien notre pays est vulnérable face aux risques cycloniques et autres. Les visites effectuées aux lendemains de ce cataclysme dans les départements de l’Ouest, des Nippes, du Sud et de la Grande-Anse m’ont permis de voir de près les dégâts causés par cet ouragan tant sur les familles, les plantations, les maisons d’habitation, le système éducatif, les réseaux routiers que sur les systèmes d’électricité de l’ensemble des communes touchées.

A la vue de tant de désastres et de souffrances, je ne pouvais m’empêcher de verser des larmes par moment et ce, malgré mes nombreux efforts pour contenir mes émotions. A l’entrée de la ville de Jeremie, ma tristesse était à son comble en contemplant cette ville et les paysages totalement dévastés, en voyant les enfants, les jeunes et les adultes affectés dans leur chair et dans leur esprit. Ces images plutôt lugubres qui se présentaient à ma vue contrastaient avec les beaux souvenirs et les scènes pittoresques que j’ai toujours gardés de cette ville et de ses environs.

Parmi les scènes observées et qui m’ont interpellé au cours de mes visites sur le terrain, deux revêtent un cachet particulier. Elles restent profondément gravées dans ma mémoire. La première c’est la scène des morceaux de craie qui séchaient au soleil dans la cour d’une école presqu’entièrement détruite au sein de la ville de Roche à Bateau, l’une des anciennes belles villes de la côte Sud d’Haïti détruites à plus de 95%.

A la vue des morceaux de craie exposés au soleil, je ne pouvais m’empêcher de pleurer. Je pleurais, cette fois, non à cause de la tristesse qui me tiraillait, mais je pleurais de joie devant cette scène. Ces morceaux de craie étaient là comme pour me dire que l’espoir renaitra dans cette ville en ruine. Ils étaient là comme expression de la conviction que l’éducation doit revenir coûte que coûte pour permettre aux enfants, aux enseignants et au personnel de l’école de retrouver la joie de vivre et d’apprendre. Ces morceaux de craie qui séchaient au soleil dans la cour de cette école étaient là comme pour me dire de lever les yeux pour regarder au-delà de la catastrophe, au-delà du désespoir pour contempler l’espérance des lendemains meilleurs.

J’ai été tellement touché par cette scène symbolique que j’en ai pris trois morceaux. J’ai remis l’un d’eux au Directeur General Adjoint du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle, le deuxième à l’Inspecteur de zone, tous deux présents sur les lieux au cours de cette visite. J’ai conservé précieusement l’autre petit morceau qui continue à me dire que les enfants de Roche à Bateau et tous les enfants des zones affectées s’attendent toujours à jouir de leur droit à l’éducation après cette la catastrophe.

La question qui se pose à nous, c’est quelle stratégie nous pouvons utiliser pour aider les enfants, les adolescents, les jeunes et les adultes de ces zones affectées à retrouver leur joie de vivre et la jouissance de leurs droits fondamentaux dans le respect de toute dignité.

L’autre scène qui me marque encore c’est celle que j’appellerais « le cadeau endommagé qui a sauvé son donateur et les membres de sa communauté ». L’école nationale de Catiche située sur la route de Camp-Perrin, construite par l’UNICEF en partenariat avec le MENFP et dont le terrain a été offert gratuitement par Bazile Bazelais, a servi d’abris provisoires aux différents membres de la communauté y compris celui qui a fait don du terrain.

Alors que je cherchais à évaluer les dégâts causés par l’ouragan à cette école, j’ai été profondément touché par les propos de Bazile. Ce dernier m’a confessé que lui et la communauté ont eu la vie sauve grâce à cette école, grâce donc à l’UNICEF. J’ai pu constater avec consternation comment les quatre maisons de ce concitoyen et toutes les autres maisons de la zone de Catiche ont été entièrement balayées par les vents et les eaux en furie. J’ai été aussi étonné de voir comment les enfants, les jeunes et les gens de cette communauté y compris le donateur du terrain, bien que tiraillés par la faim et la soif et hébergés dans des conditions précaires au sein d’une école affectée par l’ouragan, ont continué à manifester leur reconnaissance pour l’existence de ce centre éducatif.

Cette expérience est là pour nous enseigner, d’une part, que lorsque nous contribuons à une bonne cause, nous pouvons aussi en être les bénéficiaires, et d’autre part, l’appui et la participation à la construction d’une école sûre au sein d’une communauté peuvent se révéler comme la participation à la construction d’une arche capable de sauver des vies face aux catastrophes de la vie.

 

 Saintil Brice

Spécialiste en Education UNICEF Haïti