Plus près du cœur

Fabienne sur la cour de l'UNICEF avec le petit Loic

Fabienne sur la cour de l’UNICEF avec le petit Loic

Lorsque j’ai rejoint l’équipe UNICEF en 2014, je savais que j’allais continuer mon travail d’ingénieur en eau à servir le milieu rural haïtien, ce que j’adore. Ce que je ne savais pas, c’est que mes actions seraient plus près du cœur.

A l’UNICEF, j’ai rejoint une famille pluridisciplinaire où chacun met du sien pour un but commun. Ce but n’est autre que ce petit enfant qui nait, survit, se développe, s’épanouit et grandit… Devient un adolescent à qui on donne sa chance. Je rencontre souvent des enfants comme ceux de Lamielle, Boucan Fourmi, Bigué, Petite-Rivière des Nippes. Ils sont souvent sur mon téléphone en photo… Ils sont mes patrons sorry Marc ! Ceux qui font que je laisse ma famille pour aller dans ses coins et recoins où je rencontre souvent des oubliés du système.

Avec UNICEF, mon cerveau d’ingénieur va au-delà des calculs hydrauliques, ces nombreux standards… Mon cerveau se souvient des sourires des enfants qui nous suivent dans ces communautés, ces enfants curieux… Mon cerveau me rappelle aussi ces enfants sans eau… le géo helminthes. Ces vers qui les rongent. La nécessité qu’ils aient leur dignité. Je les compare souvent à mes garçons. Ces disparités dont nous parlons sont criants, sous mes yeux.

Heureusement, il n’y a pas que ces moments lourds. J’ai eu l’occasion de rencontrer Suzanne cette femme solide qui grâce à son leadership son quartier Ba Bouk Lamielle (pas loin de la Frontière) est arrivée à la fin de défécation à l’air libre. Elle m’a serré dans ses bras du fait que j’ai rendu visite à son coin. Son engagement, sa volonté m’ont motivés. Suzanne fait partie d’une organisation de femmes. Ces organisations dont nous faisons référence dans nos rapports aux donateurs.

Quoique des fois, je me sens dépassée par toute cette demande avec le peu que nous avons, je le sens comme un privilège. Le privilège de faire le plaidoyer non seulement auprès des autorités mais aussi du plus commun des mortels. Je vois aussi les brins d’espoir, ces yeux brillants des femmes, enfants qui voient de l’eau dans un robinet. Je collecte dans ma mémoire les souvenirs de ces adolescents avec qui j’ai discuté à Port-au-Prince. J’ai appris qu’ils ont le droit d’être écoutés, le droit de s’exprimer pour que nous définissions des programmes qui répondent à leurs besoins.

L’UNICEF est un laboratoire. Souvent trop intensif. L’UNICEF est un courant à gérer. Si on ne fait pas attention, il prend le dessus sur la vie de famille, notre vie personnelle. Il génère du stress…

Avec UNICEF, mon fils a été allaité 6 mois. Loïc m’a rapproché de collègues qui en ont fait leur petit chéri.

L’UNICEF c’est ça pour moi. Des bons souvenirs, des moments de frustration. Le conseil que je vous donne « Don’t mind the noise, be gentle with yourself and do your very best ! ». Les enfants apprécient toujours car ils sont sans équivoque. Je vous laisse. Je suis en route pour le Plateau Central avec Kettly et Bien-Aimé. J’admire Péligre à ma droite. En avant pour de nouvelles aventures en équipe.

 

Par Fabienne Bertrand, Specialiste en WASH a l’UNICEF

« Ce que je veux pour chaque enfant », une petite histoire signée Margaret Papillon

Ce 20 novembre, qui représente l’anniversaire de la Convention relative aux Droits des Enfants, l’UNICEF, a invité des écrivains du monde entier à écrire une courte histoire sur le thème « Ce que je veux pour chaque enfant ». Plus de 200 auteurs ont répondu à l’appel et décrit leur vision d’un monde dans lequel tous les enfants ont le droit de survivre et de s’épanouir, d’apprendre et de grandir en bonne santé et en toute sécurité. Lisez l’histoire que l’écrivaine haïtienne, Margaret Papillon a rédigé « pour chaque enfant ».

Journée mondiale de l’enfance: Un rappel sur les violations des droits de l’enfant

 

Les élèves de l'école Nationale de Cavailon (Sud)

Les élèves de l’école Nationale de Cavailon (Sud)

Port-au-Prince, 20 Novembre 2016 – En dépit des énormes progrès réalisés pour les enfants depuis l’adoption de la Convention relative aux droits de l’enfant en 1989, les droits de millions d’enfants sont violés chaque jour, a déclaré aujourd’hui l’UNICEF, en marquant la Journée mondiale de l’enfance.

«Les droits de l’enfant sont fondamentaux dans chaque nation. En Haïti, l’UNICEF travaille à transformer ces droits en réalité. Nous sommes déterminés à travailler avec le gouvernement et les partenaires pour soutenir les initiatives visant à améliorer leur vie », a déclaré Marc Vincent, Représentant de l’UNICEF en Haïti.

Haïti a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) en 1994. Le traité sur les droits de l’homme le plus rapidement et le plus largement ratifié au monde. La CDE établit une norme universelle de base pour une enfance saine, protégée et décente pour chaque être humain.

L’ouragan Matthew a mis en grand danger la vie des enfants vivant dans les zones touchées. Selon les évaluations les plus récentes, 125 000 enfants ont besoin de protection contre la violence, l’exploitation et les mauvais traitements. Des allégations de violence accrue, y compris de violence fondée sur le genre, ont été rapportées dans les zones touchées par l’ouragan. L’UNICEF s’est procuré au niveau local des articles pour soutenir les activités de protection de l’enfance, notamment: couvertures, vêtements, matelas, trousses d’hygiène et autres articles non alimentaires, ainsi que des aliments destinés à être distribués dans les zones affectées de la Grand’Anse et du Sud. L’UNICEF, en collaboration avec l’IBESR (Ministère des Affaires sociales) et ses partenaires, met en place des espaces adaptés aux enfants dans le Sud et la Grand’Anse.

Le programme pays d’Haïti visera les enfants les plus exclus et les plus défavorisés afin d’assurer leur survie, leur développement, leur participation et leur protection. À cette fin, l’UNICEF concentrera ses efforts sur les domaines de convergence programmatique et géographique où les besoins des enfants les plus démunis sont les plus importants et où interviennent plusieurs composantes du programme sectoriel.

 

Dans le cadre de la campagne nationale d’assainissement, l’UNICEF continuera de collaborer avec les autorités haïtiennes (DINEPA) dans 9 des 16 communes de haute priorité du choléra ainsi que les zones les plus touchées par l’ouragan Matthew. Cela inclut la finalisation d’un réseau d’eau en milieu rural dans la commune de Mirebalais pour atteindre 2 677 personnes et améliorer les conditions d’eau, d’assainissement et d’hygiène de six centres de santé et 18 écoles (avec 4 500 enfants).

Depuis la ratification de la CDE, on estime que 86% des enfants ont été victimes de violence dans leur famille et dans leur milieu de vie, on estime que 207 000 enfants de moins de 15 ans sont engagés dans des formes inacceptables de travail domestique, la naissance de 20% des enfants de moins de 5 ans n’est pas enregistrée ; 1 enfant sur 4 ne vit pas dans sa famille biologique ; 1 enfant sur 10, âgé de moins de 5 ans à un faible poids (11%). Mais des progrès ont été réalisés grâce à l’appui de l’UNICEF; la ratification et la promotion de deux protocoles facultatifs à la Convention relative aux droits de l’enfant, l’enregistrement de 28 000 enfants vivant dans des centres résidentiels, l’établissement de mécanismes d’identification, de soins transitoires et de regroupement familial pour les enfants touchés par les déportations,  la fréquentation scolaire est passée de 50% en 2006 à 83% en 2012.

Malgré des progrès considérables pour les enfants dans le monde au cours des dernières décennies, près de six millions d’enfants meurent chaque année de causes évitables – et les enfants des ménages pauvres sont deux fois plus susceptibles que les enfants des foyers les plus riches de mourir avant leur cinquième anniversaire.

Près de 50 millions d’enfants ont été déracinés – 28 millions d’entre eux ont été déplacés par un conflit. Les enfants pris au piège dans des zones assiégées- y compris la Syrie, l’Irak et le nord du Nigéria sont plus à risque d’être violés, leurs écoles, hôpitaux et foyers étant attaqués. À l’échelle mondiale, environ 250 millions vivent dans des pays touchés par des conflits.

Près de 385 millions d’enfants vivent dans une extrême pauvreté et plus d’un quart de milliard d’enfants d’âge scolaire ne sont pas en apprentissage. Près de 300 millions d’enfants vivent dans des zones où la pollution de l’air est la plus toxique – six fois ou plus que les directives internationales.

Le mois prochain, l’UNICEF marquera 70 ans de travail pour apporter une aide vitale, un soutien à long terme et l’espoir aux enfants dont la vie et l’avenir sont menacés par les conflits, les crises, la pauvreté, les inégalités et la discrimination.

 

 

Pendant ce temps à Port-au-Prince

 

Bienvenue au petit Claude qui comptabilise 30 minutes de vie sur ce cliché

Bienvenue au petit Claude qui comptabilise 30 minutes de vie sur ce cliché

Depuis plus d’un mois maintenant, nous vous décrivons avec minutie nos efforts fournis dans la partie Sud-Ouest de l’ile, zone la plus touchée par l’ouragan dévastateur qui a frappé le pays la nuit du 3 au 4 octobre dernier.

Certes nos actions sont concentrées dans les départements de Grand ’Anse, du Sud et des Nippes. Certes nous avons ouvert un bureau aux Cayes pour être aux plus près des enfants et familles affectées par Matthew. Certes nous participons à cette grande campagne de vaccination contre le choléra ciblant plus de 800.000 personnes. Certes nos équipes travaillent sans relâche depuis la veille du passage de Matthew… Et pendant ce temps, le reste du pays fonctionne et nos programmes aussi.

 Saina, 6 mois prend son repas

Saina, 6 mois prend son repas

Depuis le passage de Matthew, on en oublierait presque qu’au-delà de l’urgence, UNICEF Haïti et ses partenaires  poursuivent leurs programmes de protection, de santé, de nutrition, d’eau, assainissement et hygiène, et de politique sociale pour atteindre chaque enfant Haïtien.

C’en est pourtant bien le cas, comme l’illustre, le petit Saina âgé de 6 mois, arrivé il y a une semaine à la clinique communautaire de Delmas 75 à Port-au-Prince pour se faire vacciner.

Lors de son examen médical, les soignants se sont inquiétés du petit poids du bébé et ont conseillé à la maman de le faire hospitaliser quelques temps pour lui donner un traitement nutritionnel  pour rattraper son retard de croissance. Aujourd’hui, il savoure un repas semi-solide en complément du lait maternel et sa courbe de croissance a repris une trajectoire ascendante. Il sera bientôt prêt à rentrer à la maison. Il  reviendra avec sa maman une fois par semaine pour contrôler son poids et sa taille et pour recevoir un aliment thérapeutique prêt à l’emploi à consommer à la maison. L’histoire se termine bien pour ce petit garçon et sa maman.

Beyonce,18 mois souffre de MAS

Beyonce,18 mois souffre de MAS

Dans la salle d’attente la petite Beyonce arrive dans un piteux état. Très amaigrie, gonflée par des œdèmes, couvertes de petites plaies infectées, cette petite fille porte sur elle les symptômes d’une forme de malnutrition aigüe sévère et qui peut être fatale en l’absence d’un traitement. Elle est entourée de sa maman, de sa marraine et d’une amie de la famille. Toutes semblent perdues.

Cette amie me fait part de leur désespoir. Elles habitent le quartier de Carrefour Feuille (à 10 km du quartier dit ’’Delmas 75’’) et ont déjà visité deux hôpitaux. Deux hôpitaux qui n’ont rien pu faire pour Beyonce car ils n’avaient pas d’alimentation thérapeutique à lui offrir. Leur inquiétude porte aussi sur le coût des soins. Elles n’ont pas d’argent pour payer la prise en charge et le traitement de l’enfant. Dr Emmanuela Durandisse, spécialiste en Nutrition chez UNICEF Haïti les rassure, ’’Vous êtes au bon endroit. L’enfant va être pris en charge et suivi gratuitement.’’

La petite de 18 mois mesure 77 cm et pèse 6.2kg soit la moitié du poids d’un bébé de son âge.  Après un premier examen médical, Beyonce reçoit du lait dit thérapeutique qu’elle absorbe avec difficulté. Le protocole de soin a commencé.  Parmi les enfants de moins de 5 ans vivant en Haïti, 22 % souffrent de malnutrition chronique (petite taille par rapport à leur âge) et 5% de malnutrition aiguë (petit poids par rapport à leur taille). Toutes ses formes de malnutrition sont dues à un ensemble de facteurs notamment, la pauvreté des familles, les épisodes infectieux répétées et les  pratiques alimentaires non adaptées à l’âge et aux besoins des enfants.

 Kathiana, Claude et Solange la grand-mère

Kathiana, Claude et Solange la grand-mère

Un étage plus bas,  Claude a poussé son premier cri. Ses parents vivaient aux Cayes (dans le sud-ouest de l’ile), leur maison a été  rasée par l’ouragan. Kathiana  Oumouate alors enceinte de 7.5 mois et son époux se réfugient alors à Port-au-Prince, où la mère de Kathiana s’inquiétant des conditions dans lesquelles sa fille devait donner naissance à un premier enfant a ouvert les portes de sa demeure au jeune couple.

Ce 10 novembre, à 12h24, le petit Claude poussait son premier cri. Kathiana 27 ans, heureuse mais fatiguée, entourée de son époux et de sa mère se réjouissait de la venue de ce petit garçon en pleine santé après un accouchement sans problème, encadré par les professionnels de la santé de  la clinique communautaire Delmas 75 à Port-au Prince, clinique soutenue par UNICEF Haïti qui y appuie son partenaire haïtien FONDEFH (Fondation pour le Développement et l’Encadrement de la Famille Haïtienne).

Julie Harlet – UNICEF Haïti Communication

Témoignage : Les kits d’urgences sauvent des vies

Derline et le nouveau-né

Derline et le nouveau-né

 

Je partage avec vous une expérience que j’ai vécue mercredi 26 Octobre 2016. Après avoir élaborer le plan de distribution des kits d’accouchement pour le Sud avec le responsable du département, Jeanty, Belizaire et moi, nous avons chargé notre véhicule pour une livraison à Port-Salut. En cours de chemin, nous étions obligés de faire demi-tour à cause de la route qui était bloquée au niveau de Torbeck. J’ai décidé d’aller à Cavaillon et à Saint-Louis du Sud, deux autres localités du département du Sud.

En franchissant la porte du Centre de Santé de Saint-Louis du Sud, nous avons été accueillis par les cris atroces d’une femme. En questionnant le personnel qui était sur place, j’ai appris qu’elle était en train de mettre au monde un enfant. Nous nous sommes empressés de distribuer le kit afin de sauver la vie de cette femme et de l’enfant.

derline-mentor-2-baby-resizedQuelques minutes plus tard un garçon 2.5 kg est né, bien portant. Le kit d’accouchement donné par l’UNICEF est arrivé au bon moment et certains produits ont été utilisés pour faciliter le processus d’accouchement.

Je n’ai pas pu m’empêcher de prendre des photos et surtout de le tenir dans mes bras. Je sentais la vie déborder de son corps, il criait et la mère était heureuse de voir son enfant en bonne santé. J’étais tellement contente d’avoir permis à cet enfant de voir la lumière de la vie  grâce à l’UNICEF.

Ce qui est beau dans tout cela. C’est de remarquer que ce centre de santé n’était pas dans le plan initial de notre visite, le responsable du département a insisté pour l’ajouter. Nous devions aller à Port Salut et non à St Louis. Et nous sommes arrivés juste à temps pour l’accouchement … Comme le dit le nouveau slogan de l’UNICEF ‘’ pour chaque enfant’’.

Derline Mentor,

Agent de la Chaine du froid, UNICEF Haïti

 

La vaccination contre le choléra, officiellement lancée

Lancement de la campagne de vaccination ce 8 novembre 2016 aux Cayes

Lancement de la campagne de vaccination ce 8 novembre 2016 aux Cayes

Port-au-Prince le 8 novembre 2016- Le ministre de la Santé publique et de la Population, de concert avec les partenaires dont l’UNICEF, l’OPS-OMS, International Medical Corps (IMC), a lancé officiellement la campagne de vaccination contre le choléra dans les départements du Sud et de la Grand’Anse, les plus durement touchés par le passage de l’ouragan Matthew.

La campagne vise plus de 800 000 personnes dans 9 communes de la Grand’Anse et 6 du Sud pendant une semaine. Plusieurs partenaires sont impliqués dans cette campagne. Des milliers d’agents de santé sont déployés.

Dans l’assistance des autorités locales, les partenaires ainsi que les membres de la communauté ont participé à la cérémonie de lancement et ont rappelé toute l’importance qu’ils accordent à cette activité. La population a répondu présente à l’appel. La foule se pressait au poste de vaccination installé dans la cours. Tous voulaient prendre le vaccin qui s’administre par voie orale. Des personnalités importantes de la commune ont reçu le vaccin pour montrer l’exemple.

Dans son allocution de circonstance, le Dr. Daphné Benoit Delsoin, Ministre de la Santé publique et de la Population a rappelé les ravages que le choléra a occasionnés au sein des familles haïtiennes. « Je connais personnellement la souffrance des patients. C’est pour cette raison que je me suis fixé comme objectif de ne pas limiter mes actions à la construction de centres de traitement du choléra et de tout faire afin d’éradiquer la maladie.».

Tout en remerciant les partenaires de cette campagne, elle a rappelé « qu’avec la vaccination, on pouvait contrôler l’épidémie du choléra en Haïti », en insistant sur le fait que les activités de sensibilisation à l’hygiène comme le lavage des mains au savon et à l’eau propre doivent accompagner la vaccination pour assurer son efficacité.

Akhil Iyer, responsable du bureau de l’UNICEF aux Cayes,

Akhil Iyer, responsable du bureau de l’UNICEF aux Cayes,

Pour sa part, Akhil Iyer, responsable du bureau de l’UNICEF aux Cayes, a insisté sur l’aide  apportée par l’organisation dans cette campagne de vaccination. « L’UNICEF a apporté un appui technique dans la planification et la coordination de la campagne. L’UNICEF a aussi contribué à l’approvisionnement, au transport des vaccins et a supporté le renforcement de la chaine de froid et la conservation des vaccins. Tout le volet communication (bannières, messages de sensibilisation, spots radio, etc.) et la mobilisation sociale ont également été pris en charge par l’UNICEF. », a-t-il souligné.

« L’UNICEF réitère son soutien aux côtés des communautés, des autorités locales et du gouvernement haïtien dans le but de créer un environnement sain et protecteur pour les enfants qui ont été victimes de l’ouragan Matthew. Nous continuerons nos actions dans les endroits les plus reculés, nous ne devons en aucun cas les oublier », a-t-il indiqué.

Jean Panel Fanfan, UNICEF Haïti

Témoignage: Récit de voyage suite à l’ouragan Matthew

Brice à l'école Catish le 14 octobre dernier en visite pour évaluer les dégâts causés par l'ouragan Matthew et les effets sur la communauté qui s'y abritait.

Brice à l’école Catish le 14 octobre dernier en visite pour évaluer les dégâts causés par l’ouragan Matthew et les effets sur les communautés qui s’y abritaient.

Le passage de l’ouragan Matthew en Haïti dans la nuit du 3 au 4 octobre a montré combien notre pays est vulnérable face aux risques cycloniques et autres. Les visites effectuées aux lendemains de ce cataclysme dans les départements de l’Ouest, des Nippes, du Sud et de la Grande-Anse m’ont permis de voir de près les dégâts causés par cet ouragan tant sur les familles, les plantations, les maisons d’habitation, le système éducatif, les réseaux routiers que sur les systèmes d’électricité de l’ensemble des communes touchées.

A la vue de tant de désastres et de souffrances, je ne pouvais m’empêcher de verser des larmes par moment et ce, malgré mes nombreux efforts pour contenir mes émotions. A l’entrée de la ville de Jeremie, ma tristesse était à son comble en contemplant cette ville et les paysages totalement dévastés, en voyant les enfants, les jeunes et les adultes affectés dans leur chair et dans leur esprit. Ces images plutôt lugubres qui se présentaient à ma vue contrastaient avec les beaux souvenirs et les scènes pittoresques que j’ai toujours gardés de cette ville et de ses environs.

Parmi les scènes observées et qui m’ont interpellé au cours de mes visites sur le terrain, deux revêtent un cachet particulier. Elles restent profondément gravées dans ma mémoire. La première c’est la scène des morceaux de craie qui séchaient au soleil dans la cour d’une école presqu’entièrement détruite au sein de la ville de Roche à Bateau, l’une des anciennes belles villes de la côte Sud d’Haïti détruites à plus de 95%.

A la vue des morceaux de craie exposés au soleil, je ne pouvais m’empêcher de pleurer. Je pleurais, cette fois, non à cause de la tristesse qui me tiraillait, mais je pleurais de joie devant cette scène. Ces morceaux de craie étaient là comme pour me dire que l’espoir renaitra dans cette ville en ruine. Ils étaient là comme expression de la conviction que l’éducation doit revenir coûte que coûte pour permettre aux enfants, aux enseignants et au personnel de l’école de retrouver la joie de vivre et d’apprendre. Ces morceaux de craie qui séchaient au soleil dans la cour de cette école étaient là comme pour me dire de lever les yeux pour regarder au-delà de la catastrophe, au-delà du désespoir pour contempler l’espérance des lendemains meilleurs.

J’ai été tellement touché par cette scène symbolique que j’en ai pris trois morceaux. J’ai remis l’un d’eux au Directeur General Adjoint du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle, le deuxième à l’Inspecteur de zone, tous deux présents sur les lieux au cours de cette visite. J’ai conservé précieusement l’autre petit morceau qui continue à me dire que les enfants de Roche à Bateau et tous les enfants des zones affectées s’attendent toujours à jouir de leur droit à l’éducation après cette la catastrophe.

La question qui se pose à nous, c’est quelle stratégie nous pouvons utiliser pour aider les enfants, les adolescents, les jeunes et les adultes de ces zones affectées à retrouver leur joie de vivre et la jouissance de leurs droits fondamentaux dans le respect de toute dignité.

L’autre scène qui me marque encore c’est celle que j’appellerais « le cadeau endommagé qui a sauvé son donateur et les membres de sa communauté ». L’école nationale de Catiche située sur la route de Camp-Perrin, construite par l’UNICEF en partenariat avec le MENFP et dont le terrain a été offert gratuitement par Bazile Bazelais, a servi d’abris provisoires aux différents membres de la communauté y compris celui qui a fait don du terrain.

Alors que je cherchais à évaluer les dégâts causés par l’ouragan à cette école, j’ai été profondément touché par les propos de Bazile. Ce dernier m’a confessé que lui et la communauté ont eu la vie sauve grâce à cette école, grâce donc à l’UNICEF. J’ai pu constater avec consternation comment les quatre maisons de ce concitoyen et toutes les autres maisons de la zone de Catiche ont été entièrement balayées par les vents et les eaux en furie. J’ai été aussi étonné de voir comment les enfants, les jeunes et les gens de cette communauté y compris le donateur du terrain, bien que tiraillés par la faim et la soif et hébergés dans des conditions précaires au sein d’une école affectée par l’ouragan, ont continué à manifester leur reconnaissance pour l’existence de ce centre éducatif.

Cette expérience est là pour nous enseigner, d’une part, que lorsque nous contribuons à une bonne cause, nous pouvons aussi en être les bénéficiaires, et d’autre part, l’appui et la participation à la construction d’une école sûre au sein d’une communauté peuvent se révéler comme la participation à la construction d’une arche capable de sauver des vies face aux catastrophes de la vie.

 

 Saintil Brice

Spécialiste en Education UNICEF Haïti