Témoignage: Récit de voyage suite à l’ouragan Matthew

Brice à l'école Catish le 14 octobre dernier en visite pour évaluer les dégâts causés par l'ouragan Matthew et les effets sur la communauté qui s'y abritait.

Brice à l’école Catish le 14 octobre dernier en visite pour évaluer les dégâts causés par l’ouragan Matthew et les effets sur les communautés qui s’y abritaient.

Le passage de l’ouragan Matthew en Haïti dans la nuit du 3 au 4 octobre a montré combien notre pays est vulnérable face aux risques cycloniques et autres. Les visites effectuées aux lendemains de ce cataclysme dans les départements de l’Ouest, des Nippes, du Sud et de la Grande-Anse m’ont permis de voir de près les dégâts causés par cet ouragan tant sur les familles, les plantations, les maisons d’habitation, le système éducatif, les réseaux routiers que sur les systèmes d’électricité de l’ensemble des communes touchées.

A la vue de tant de désastres et de souffrances, je ne pouvais m’empêcher de verser des larmes par moment et ce, malgré mes nombreux efforts pour contenir mes émotions. A l’entrée de la ville de Jeremie, ma tristesse était à son comble en contemplant cette ville et les paysages totalement dévastés, en voyant les enfants, les jeunes et les adultes affectés dans leur chair et dans leur esprit. Ces images plutôt lugubres qui se présentaient à ma vue contrastaient avec les beaux souvenirs et les scènes pittoresques que j’ai toujours gardés de cette ville et de ses environs.

Parmi les scènes observées et qui m’ont interpellé au cours de mes visites sur le terrain, deux revêtent un cachet particulier. Elles restent profondément gravées dans ma mémoire. La première c’est la scène des morceaux de craie qui séchaient au soleil dans la cour d’une école presqu’entièrement détruite au sein de la ville de Roche à Bateau, l’une des anciennes belles villes de la côte Sud d’Haïti détruites à plus de 95%.

A la vue des morceaux de craie exposés au soleil, je ne pouvais m’empêcher de pleurer. Je pleurais, cette fois, non à cause de la tristesse qui me tiraillait, mais je pleurais de joie devant cette scène. Ces morceaux de craie étaient là comme pour me dire que l’espoir renaitra dans cette ville en ruine. Ils étaient là comme expression de la conviction que l’éducation doit revenir coûte que coûte pour permettre aux enfants, aux enseignants et au personnel de l’école de retrouver la joie de vivre et d’apprendre. Ces morceaux de craie qui séchaient au soleil dans la cour de cette école étaient là comme pour me dire de lever les yeux pour regarder au-delà de la catastrophe, au-delà du désespoir pour contempler l’espérance des lendemains meilleurs.

J’ai été tellement touché par cette scène symbolique que j’en ai pris trois morceaux. J’ai remis l’un d’eux au Directeur General Adjoint du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle, le deuxième à l’Inspecteur de zone, tous deux présents sur les lieux au cours de cette visite. J’ai conservé précieusement l’autre petit morceau qui continue à me dire que les enfants de Roche à Bateau et tous les enfants des zones affectées s’attendent toujours à jouir de leur droit à l’éducation après cette la catastrophe.

La question qui se pose à nous, c’est quelle stratégie nous pouvons utiliser pour aider les enfants, les adolescents, les jeunes et les adultes de ces zones affectées à retrouver leur joie de vivre et la jouissance de leurs droits fondamentaux dans le respect de toute dignité.

L’autre scène qui me marque encore c’est celle que j’appellerais « le cadeau endommagé qui a sauvé son donateur et les membres de sa communauté ». L’école nationale de Catiche située sur la route de Camp-Perrin, construite par l’UNICEF en partenariat avec le MENFP et dont le terrain a été offert gratuitement par Bazile Bazelais, a servi d’abris provisoires aux différents membres de la communauté y compris celui qui a fait don du terrain.

Alors que je cherchais à évaluer les dégâts causés par l’ouragan à cette école, j’ai été profondément touché par les propos de Bazile. Ce dernier m’a confessé que lui et la communauté ont eu la vie sauve grâce à cette école, grâce donc à l’UNICEF. J’ai pu constater avec consternation comment les quatre maisons de ce concitoyen et toutes les autres maisons de la zone de Catiche ont été entièrement balayées par les vents et les eaux en furie. J’ai été aussi étonné de voir comment les enfants, les jeunes et les gens de cette communauté y compris le donateur du terrain, bien que tiraillés par la faim et la soif et hébergés dans des conditions précaires au sein d’une école affectée par l’ouragan, ont continué à manifester leur reconnaissance pour l’existence de ce centre éducatif.

Cette expérience est là pour nous enseigner, d’une part, que lorsque nous contribuons à une bonne cause, nous pouvons aussi en être les bénéficiaires, et d’autre part, l’appui et la participation à la construction d’une école sûre au sein d’une communauté peuvent se révéler comme la participation à la construction d’une arche capable de sauver des vies face aux catastrophes de la vie.

 

 Saintil Brice

Spécialiste en Education UNICEF Haïti