Protection de l’enfance : entre défis et bonnes pratiques.

La protection de l’enfance fait face à de nombreux défis. Des mesures sont mises en place pour les contourner, et aider les enfants à atteindre leur plein potentiel. Il est donc important de réaliser un état des lieux des différentes problématiques de la protection de l’enfance ainsi que des solutions qui sont apportées pour les résoudre.

Cet article a été réalisé avec le concours d’Inah Fatoumata Kaloga, responsable de la section Protection de l’Enfance à UNICEF Haïti.

La protection de l’enfance constitue l’essence même de l’UNICEF lors de sa création le 11 décembre 1946. Sa garantie constitue un des principaux piliers du mandat que l’agence se doit de remplir au sein de ses différents programmes. La Convention des Nations Unies Relative aux Droits de l’Enfant de 1989 rappelle que cette protection doit aboutir à ce que « […] l’enfant, pour l’épanouissement harmonieux de sa personnalité, doit grandir dans le milieu familial, dans un climat de bonheur, d’amour et de compréhension […] ». La République d’Haïti ayant ratifié cette convention en 1995 se doit, avec l’aide de ses partenaires, de la respecter et de garantir la protection de l’enfance.

Aujourd’hui de nombreux progrès ont été réalisés depuis cette ratification. Ainsi de nouvelles lois ont été adoptées concernant la paternité, la maternité et la filiation (2012), l’adoption (2013) ou bien la loi interdisant la vente et la traite des personnes (2014). De plus la fréquentation scolaire des enfants de 6 à 11 ans a augmenté de 50 à 84% entre 2005 et 2012 et le taux de mortalité infantile a diminué de 52% depuis 1990 en Haïti. Cependant de nombreux défis restent encore d’actualités.

« Il est très difficile de trouver des solutions pour tout le monde, tout de suite »

Le premier, le plus évident, concerne l’ampleur des besoins auxquelles une organisation comme l’UNICEF doit faire face en Haïti. En effet, il y a un niveau de vulnérabilité extrêmement important avec un nombre d’enfants présents dans les orphelinats estimé à 30.000 dont 80% serait des placements familiaux et donc non-orphelins.  « Il est très difficile de trouver des solutions pour tout le monde, tout de suite », rappelle Inah Kaloga, chef de la Protection de l’enfant à l’UNICEF.

Le deuxième défi est celui de l’accès aux services pour les familles vulnérables. Ce dernier conditionne grandement l’ampleur des besoins car les familles qui ne pourront accéder de façon rapide et efficace aux services sociaux, de santé ou bien scolaire n’auront d’autres choix que de placer leurs enfants ailleurs. Il devient dès lors primordial qu’elles puissent trouver les ressources nécessaires à la garde et à l’épanouissement de leurs enfants.

Le travail doit se faire en collaboration avec les autres sections par la mise en place de programmes intégrés comme cela a été le cas avec l’éducation et la protection après l’ouragan Matthew. Inah Fatoumata Kaloga indique ainsi que « travailler le plus possible à partir de ce que font les autres secteurs, voilà notre programme pour les prochaines années à venir ». C’est dans cette optique qu’un programme alliant protection et nutrition va voir le jour afin d’identifier les familles les plus vulnérables à travers le prisme de la malnutrition. Les approches multisectorielles représentent ainsi le parfait exemple de bonnes pratiques pour que les programmes soient mis en place le plus efficacement possible, promouvant une résilience rapide.

« Les réseaux communautaires sont les plus à même de ressentir le pouls de leur communauté »

La coopération avec les réseaux communautaires est également primordiale et fait office de bonnes pratiques. Pour ce faire, la section protection est en train de développer un système d’alerte grâce à la technologie mobile. Il s’agirait, grâce à la mise en réseau, d’identifier les cas de vulnérabilité et de les signaler en temps réel à moindre coût. Le taux de pénétration mobile en Haïti étant de 60%, cela est tout à fait faisable. Les réseaux communautaires sont constitués aussi bien de personnes ayant une influence particulière comme le prêtre ou bien le maire mais également d’individu possédant une certaine proximité et une confiance sociale avec les populations vulnérables comme les chauffeurs de taxis ou bien les voisins. Comme le dit Inah Fatoumata Kaloga « les réseaux communautaires sont les plus à même de ressentir le pouls de leur communauté ». Même si des améliorations sont encore à réaliser, cette coopération a déjà permis de nombreux progrès en termes de remontée de cas.

L’UNICEF sensibilise des Journalistes du Sud sur les droits des enfants

Dans les situations d’urgences, les enfants sont les plus vulnérables, car étant les plus faibles. Ainsi, ils ont besoin d’être protégés de toute forme de violence en temps normal mais surtout en période d’urgences. Les plus à même de faire respecter les droits des enfants, sont les journalistes qui jouent un rôle considérable au sein de la société, notamment dans les régions. C’est pour cette raison que l’UNICEF travaille étroitement avec eux, à travers tout le pays afin qu’ils deviennent des champions de la cause du Droit des enfants.

Une séance sur la protection de l’enfance

L’UNICEF a organisé une séance de sensibilisation sur les droits des enfants pour les journalistes du département du Sud afin qu’ils intègrent mieux cette thématique dans leur travail de tous les jours. Plus d’une vingtaine de journalistes ont pris part au séminaire qui s’est étalé sur deux jours, le 4 et le 5 mai.

Entre autres objectifs de cette rencontre : sensibiliser les medias sur l’importance d’accorder plus de temps d’antenne dans leur production et programmation quotidienne sur les Droits et la situation des enfants dans les communautés ; renforcer la collaboration entre les medias et les organisations engagées pour le respect des Droits Humains, spécialement des enfants ; renforcer le respect des normes déontologiques dans le traitement par les medias de sujets impliquant des enfants. Ils ont également eu des séances sur comment faire un reportage sur les enfants.

« En organisant ces ateliers aujourd’hui, le bureau régional de l’UNICEF dans le département du Sud entend réunir les professionnels des medias, des organisations et institutions partenaires autour de la table pour essayer d’améliorer ensemble et de part et d’autre la communication avec les communautés pour améliorer la situation des enfants », a indiqué Ainga Razafy, le chef du bureau du Sud de l’UNICEF, ajoutant que l’organisation accorde beaucoup d’importance à la collaboration avec la presse locale.

Des échanges interactifs

Louiny Fontal, membre du Réseau des journalistes en Santé (RHJS) au cours d’une séance d’animation

Les discussions ont été très animées entre les intervenants et les participants. Jean Gardy Museau, responsable de communication pour le Centre opération d’urgence Départemental (Coud)  dans le Sud a mis l’accent sur l’aide importante que les journalistes apportent à la population en période d’urgence. Les informations des autorités étant relayées à travers la presse.

L’un des responsables de l’Institut du Bien-Etre social et de Recherches (IBESR) dans le Sud, Bertrand Méridien a mis l’accent sur l’importance de la collaboration avec les journalistes afin de permettre à la population de comprendre les thématiques qui sont liées à la Protection de l’Enfance.

 

Des journalistes qui veulent s’engager

Les journalistes présents ont exprimé leur volonté de traiter plus de sujets liés à la thématique de la protection de l’enfance.

Les journalistes discutent en groupe sur la protection de l’enfance

Pour Jean Vanel Soliman, journaliste à Vwa Peyizan Sid (VPS), beaucoup de journalistes attendaient cette formation. «  Nous avons eu d’autres formations dans d’autres domaines, mais celle-ci sur les droits des enfants, ajoutent une nouvelle dimension et nous donne beaucoup plus d’outils en la matière. Nous sommes vraiment satisfaits d’avoir pu participer. Et nous espérons que l’UNICEF continuera à nous aider à renforcer nos capacités en ce qui concerne, les Droits des enfants », poursuit-il.

« Nous sommes conscients, qu’il y a des institutions qui sont mieux placées que nous pour traiter des questions qui ont rapport à la protection de l’enfance. Car il y a des enfants qui sont victimes de mauvais traitements, parce que les gens ne connaissent pas l’importance des enfants. Les journalistes vont jouer leur rôle en continuant de sensibiliser la population sur les questions liées à la Protection de l’Enfance », insiste Egide Remosier, journaliste et membre du comité de Protection des enfants de Camp Perrin.

Par le passé, l’UNICEF a déjà organisé des séances de sensibilisation à travers tout le pays. Entre 2011 et 2014 plus de 400 journalistes ont été formés sur les questions liées à la Protection de l’enfance et la Convention relative aux droits des enfants.

 

Renforcer la prévention du Choléra Après Matthew

400 000 personnes[1], dont des enfants, ont bénéficié de l’accès à l’eau potable, avec l’appui de l’UNICEF et de ces partenaires dans le cadre de la réponse post-Matthew, d’octobre 2016 au mois d’avril 2017. Ces projets sont implémentés dans les départements du Sud et de la Grand’Anse, grâce au aux financements de bailleurs tels que le Département du Royaume-Uni pour le Développement International DFID et la Commission Européenne d’Aide Humanitaire et de Protection Civile (ECHO) ainsi que les gouvernements japonais, australiens, norvégiens et suédois.

Le système de distribution d’eau potable à la Savanne

 

Il est 11 h du matin. Le soleil est presqu’à son zénith. Quelques habitants de La Savanne défilent devant son unité de traitement d’eau alignant leurs gallons et seaux vides. Pas de bousculade, chacun attend son tour dans la discipline. L’ambiance est conviviale, meublée de discussions sympathiques et de rires.

Les femmes et les adolescentes sont majoritaires à venir s’approvisionner aux robinets de l’unité de traitement d’eau de la Savanne. On retrouve aussi plusieurs hommes, qui se mêlent aux conversations.

« Je viens puiser l’eau à ces robinets tous les jours, parce qu’elle est traitée. Après l’ouragan Matthew, plusieurs personnes du quartier ont contracté le choléra. Heureusement, ils ont pu bénéficier des soins médicaux nécessaires à temps. », explique Blaise, un riverain.

Le quartier la Savanne fait effectivement partie des communautés qui ont connu une résurgence des cas de choléra, suite au passage de l’ouragan Matthew le 3 et 4 octobre 2016.  Le nombre de cas de choléra enregistrés, dans le Sud, s’élevait à 500  au cours de la semaine du 9 au 15 octobre[1], selon le ministère de la Santé Publique et de la Population. Ce nombre a considérablement diminuer pour passer à 37 pour le même département au cours de la semaine du 25 au 31 décembre 2016[2].

 

les riverains venant puiser de l’eau

Le réservoir du Centre Technique d’Exploitation CTE des Cayes à la Savanne est dysfonctionnel depuis une quinzaine d’années

 2000 gallons d’eau distribués par jour 

La Savanne est l’un des plus grands quartiers de la ville des Cayes, qui compte 70 000 habitants selon les estimations de l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique IHSI en 2015[3].

Les techniciens de l’unité de traitement d’eau témoignent d’une affluence considérable de bénéficiaires aux robinets de l’Unité de traitement d’eau : « Nous nous assurons que l’eau soit disponible dès 8 heures du matin, c’est à ce moment-là que les gens commencent à venir, généralement. Ils s’approvisionnent pendant toute la journée, avec une plus grande affluence le matin et le soir. Nous distribuons 2000 gallons d’eau par jour. L’eau est toujours traitée avant la distribution. », explique l’un des techniciens.

Ce projet d’unité de traitement d’eau est implémenté dans le quartier la Savanne par l’ONG Water Mission avec l’appui de l’UNICEF, à travers un financement, accordé par la Commission Européenne d’Aide Humanitaire et de Protection Civile (ECHO).

Il a permis d’installer d’autres unités de traitements d’eau dans les communautés affectées par l’ouragan Matthew dans les départements du Sud et de la Grand’Anse, notamment dans les villes de Port Salut et Les Anglais (11 800 habitants[4]), ainsi que sur la zone côtière de la ville des Cayes (Plage de Gelée) et d’autres encore.

Ce projet a également favorisé des activités de sensibilisation et de promotion à l’hygiène, ainsi que des suivis continus pour maintenir la qualité de l’eau desservie quotidiennement aux bénéficiaires.

 

[1] Profil statistique Cholera 2016 – SE52 : http://mspp.gouv.ht/site/downloads

[2] Profil statistique Cholera 2016 – SE41 : http://mspp.gouv.ht/site/downloads

[3] 2015, IHSI Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatiques : http://www.ihsi.ht/pdf/projection/Estimat_PopTotal_18ans_Menag2015.pdf

[4] Idem

 

[1] https://www.unicef.org/appeals/files/UNICEF_Haiti_Humanitarian_Situation_Report_April_2017.pdf

Six mois plus tard : l’ouragan Matthew a bouleversé la vie de 1,1 million d’enfants en Haïti

Haïti, Les Cayes, 26 avril 2017 – Le 4 octobre 2016, Matthew, un ouragan de catégorie 4, a frappé Haïti. Depuis, les enfants des départements les plus touchés par l’ouragan, la Grand’Anse et le Sud, vivent dans une situation de douleur et de destruction que personne ne devrait avoir à supporter. Nombre d’entre eux ont assisté à la destruction de leurs maisons et de leurs écoles, et comme leurs familles ont perdu tout moyen de subsistance, la faim et la maladie s’invitent régulièrement chez eux. Pourtant, une lueur d’espoir a éclairé leur chemin : le courage de leurs parents et des personnes qui étaient là pour les aider.

UNICEF PORT SALUT Wilson et Bradley avec leur futur jardin

Wilson et Bradley avec leur futur jardin

Sous la direction du gouvernement haïtien, l’UNICEF et ses partenaires sont engagés dans une course contre la montre depuis le début de la catastrophe pour fournir aux familles de l’eau propre et rétablir, peu à peu, l’accès à l’éducation, aux services de santé et de protection. L’ouragan Matthew a rendu 2,7 millions de personnes tributaires d’une assistance : autant que l’ensemble de la population jamaïcaine ![1] La tâche est titanesque. Les donateurs du monde entier se sont empressés d’apporter une aide rapide et généreuse à l’urgence ; Malheureusement, au vu des énormes besoins et de la longue liste des crises qui touchent la planète, notamment en Syrie, au Sud-Soudan, au Yémen et dans tant d’autres pays, les contributions n’ont pas tardé à diminuer.

Au début du mois d’avril, six mois après le passage de Matthew, je suis retournée dans certains des endroits les plus durement touchés. L’espoir et la tristesse, la colère et la curiosité m’envahissent alors que je constate ce qui a ou n’a pas changé.

 

« Tous les enfants devraient avoir suffisamment à manger, recevoir une protection et tout le reste »

Matthew a détruit les jardins et le bétail de plusieurs milliers de familles. Alors que les conséquences réelles de la perte de 70 à 90 % des récoltes commencent à se faire sentir, on s’attend à une augmentation du taux de malnutrition au cours des prochains mois. Depuis le passage de l’ouragan Matthew, 80 000 enfants ont fait l’objet d’un dépistage de la malnutrition dans les départements du Sud et de la Grand’Anse ; les enfants diagnostiqués ont reçu des aliments thérapeutiques dans les centres de traitement financés par l’UNICEF. « Tous les enfants devraient avoir suffisamment à manger, recevoir une protection et tout le reste », déclare Rosemène, 17 ans, une habitante de Léon, communauté de la Grand’Anse durement touchée par Matthew. « Pourtant, ce n’est pas le cas. »

UNICEF MATTHEW Palmiers détruits par Matthew

Palmiers détruits par Matthew

Dans un contexte d’urgence, les enfants sont encore plus vulnérables aux maladies que dans des conditions normales. Pour les protéger, l’UNICEF a organisé des campagnes de vaccination à grande échelle contre le choléra, la rougeole et la rubéole, maladies les plus fréquentes et mortelles. Des cliniques médicales mobiles ont réalisé plus de 80 000 consultations, à la fois dans les zones où les installations étaient trop endommagées pour fournir des services aux habitants et dans celles éloignées et difficiles d’accès. Cependant, l’urgence immédiate est maintenant passée et ces cliniques ont fermé ; les familles dépendent à nouveau des centres de santé locaux, où soins et médicaments sont payants alors que beaucoup d’entre elles n’ont pas d’argent. L’UNICEF se trouve dans une situation rendue encore plus compliquée en raison des dégâts subis par l’unité d’entreposage réfrigérée des vaccins lors de l’ouragan : cet entrepôt desservait les deux départements et n’a pas encore été remplacé.

Selon une étude menée aux Cayes par l’ONG Acted, 60 % des personnes vivant dans les zones touchées utilisent encore un puits pour s’approvisionner en eau destinée à la consommation ; 35 % disposent de robinets privés. À la suite d’une catastrophe, l’eau propre est essentielle à la prévention des épidémies, notamment du choléra. Depuis l’ouragan, l’UNICEF et ses partenaires ont permis à 400 000 personnes d’avoir accès à de l’eau potable tous les jours. Avec l’amélioration de la situation globale, le nombre de réservoirs d’eau traditionnels et souples a été réduit et les efforts se concentrent désormais sur les régions éloignées qui continuent de souffrir d’un accès limité à l’eau potable. « Nous avons besoin d’aide dans tous les endroits du pays, » déclare Chansina, 14 ans, une habitante de Roseaux, dans le département de la Grand’Anse.

90 000 enfants ont dû interrompre l’école en raison  de l’ouragan

Depuis l’ouragan, l’UNICEF a augmenté le nombre d’équipes d’intervention rapide de choléra de 46 à 88 à l’échelle nationale. Selon le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), au cours des dix premières semaines de l’année 2017, environ 3 585 cas suspects de choléra ont été signalés, contre plus de 9 400 pour la même période en 2016, ce qui indique des progrès significatifs vers l’objectif d’élimination du choléra en Haïti.  Cependant, bien que le nombre de cas suspects de choléra dans le Sud et la Grand’Anse soit passé de 49 %, en octobre 2016, à 4 %, en mars 2017, le risque posé par l’épidémie reste bien réel. Pour l’éliminer, l’UNICEF et ses partenaires allient une augmentation des équipes d’intervention rapide à une surveillance épidémiologique et à une vaccination ciblée dans les zones à haut risque.

Selon les estimations, 490 000 enfants ont dû interrompre l’école en raison des répercussions de l’ouragan. Avec ses partenaires, l’UNICEF a rendu possible la remise en état de 75 écoles et permis à plus de 20 000 écoliers de reprendre l’école ; la remise en état de 34 écoles supplémentaires est en cours et celle de 65 autres est prévue. Des centaines de salles de classe ont été équipées de pupitres et tableaux noirs. Cependant, sur les 150 000 enfants ciblés par le secteur de l’éducation, plus de 100 000 n’ont toujours pas la possibilité d’accéder au système éducatif aujourd’hui. « J’aurais vraiment aimé pouvoir aider les gens de ma communauté, leur apporter ce dont ils ont besoin, mais je n’en ai pas les moyens. Un enfant a besoin de recevoir une éducation, » déclare Isma, 17 ans, originaire de Marcfranc, dans le département de Grand’Anse.

« Quand on essaie de parler, les adultes nous disent de nous taire parce qu’on est des enfants, »

La situation créée par Matthew a augmenté le risque de violence, d’exploitation et d’abus pour environ 125 000 enfants. Aujourd’hui, malgré les progrès en cours, plus de 7 000 personnes vivent encore dans des logements provisoires. « Quand on essaie de parler, les adultes nous disent de nous taire parce qu’on est des enfants, » explique Rodley, 12 ans, originaire de Jérémie, département de la Grand’Anse. 6 000 mineurs non accompagnés ou séparés de leurs familles ont été accueillis dans des structures provisoires et ont bénéficié d’une aide au regroupement familial, alors que 4 600 parents ont reçu l’assistance de travailleurs sociaux afin d’éviter l’éclatement des familles. Près de 9 000 enfants ont eu accès à des activités de loisir et de soutien psychosocial dans des espaces amis des enfants. Par manque de ressources et de perspectives, les familles choisissent souvent d’envoyer leurs enfants chez des parents plus aisés, ou même chez des étrangers, afin qu’ils y travaillent comme domestiques, dans l’espoir qu’ils puissent gagner leur vie et aller à l’école. Déjà avant le passage de l’ouragan, la pauvreté et le manque de services sociaux de base poussaient de nombreuses familles à emprunter cette voie (d’après les estimations, un enfant sur cinq ne vit avec ses parents biologiques en Haïti) et l’ouragan a aggravé cette sombre réalité…

Un quartier de Coteaux 

Un quartier de Coteaux

Des améliorations bien réelles sont perceptibles, mais il reste tant de défis à relever. Près de 700 000 hommes, femmes et enfants ont bénéficié d’au moins une des interventions de l’UNICEF au cours des six derniers mois. Un résultat qui pourrait inspirer, sinon de la fierté, du moins une satisfaction ; oui, mais voilà, ces chiffres semblent bien dérisoires face à l’immensité des besoins persistants.

Avant Matthew, certaines familles survivaient avec 2 $ par jour, achetant et vendant des produits de base ou cultivant leurs terres. Aujourd’hui, elles se débrouillent grâce à l’aide de leurs amis ou de leur famille et vivent au jour le jour, dans la plus grande précarité.

 

Chacun d’entre nous, à son niveau, peut apporter sa contribution

« Je n’ai jamais été sans travail, mais j’espérais mieux réussir pour pouvoir offrir une vie meilleure à mon fils. Je voulais qu’il devienne médecin », me raconte Nelsi Kechni, 26 ans, qui vit avec sa femme Luma, 24 ans, à Arnique, à environ 20 minutes de route des Cayes. Leur fils est né un mois après que l’ouragan Matthew a emporté leur maison. Ils ont trouvé refuge chez un voisin. C’est toujours là qu’ils vivent aujourd’hui, logés sous le même toit que 20 autres personnes qui ont également tout perdu. Tout le monde apporte sa contribution, agriculteurs ou conducteurs de taxi, et quand il y a de la nourriture, tout le monde en profite. À Port-Salut, je m’entretiens avec Wildel Pierre, 65 ans. Après la destruction de sa maison par l’ouragan, lui et ses quatre enfants et quatre petits-enfants ont trouvé refuge dans le quartier. Comme ses terres ont été ravagées et ses animaux tués, aujourd’hui il survit de la charité de ses amis et d’un homme politique local. « C’est terminé, maintenant », dit-il tristement. À ses petits-enfants, Wilson et Bradley, 5 et 6 ans respectivement, reste l’espoir du jeu. Entre les décombres de leur maison, ils ont commencé à planter. « Je veux un grand jardin avec beaucoup d’arbres », explique Bradley.

Les histoires comme celles de Wildel et Nelsi ou de Wilson et Bradley, se perdent dans la masse, telles les grains de sable qui recouvrent cette magnifique côte dont l’absurde beauté tranche avec la souffrance quotidienne. Elles illustrent la nécessité vitale de s’engager à long terme dans le développement. Aujourd’hui, pour répondre aux besoins, il faut investir dans les infrastructures et l’agriculture, et donner accès à des services sociaux durables. Pour y parvenir, l’engagement de tout un chacun est nécessaire. Il appartient au gouvernement haïtien, épaulé par les familles haïtiennes, de trouver une solution à ce problème. Chacun d’entre nous, à son niveau, peut apporter sa contribution pour concrétiser cet objectif.

Cornelia Walther, Chef Communication UNICEF Haïti

Traduction : Cendrine Strevens

[1] 2,81 millions – Source : http://www.worldometers.info/world-populatioan/population-by-country/

 

5 questions avec Schola en Haïti

Scholastica Madowo, la Présidente de l’Association Globale du Personnel de l’UNICEF s’est rendue en Haïti du 11 avril au 13 avril. Nous avons profité de l’occasion pour lui poser quelques questions à la fin de sa visite.

UNICEF HAITI: Schola, c’est la première fois que vous vous rendez en Haïti. Que pensez-vous de votre visite de trois jours dans le pays?

Schola: C’est ma première fois en Haïti. Avant cela, la seule expérience que j’avais était celles des images que j’avais vues sur la destruction du pays … Depuis que je suis  ici,  je vois que c’est un pays qui se débrouille bien malgré cette destruction. Je vois que les Haïtiens sont très résilients.

UNICEF HAITI: Y a-t-il un moment qui vous a particulièrement marquée lors de vos rencontres et réunions avec le personnel d’UNICEF Haïti et  dont vous souhaitez parler aujourd’hui?

Schola: Ces trois jours ont été très intenses. J’ai rencontré autant de personnes que mon agenda l’a permis. Si je dois choisir un moment en particulier, je pense à ce matin. Nous étions en réunion et l’assistante de programme allaitait son bébé dans la salle de conférence. La réunion se déroulait sans problème. C’est formidable de  voir cela à l’UNICEF. Comme il est agréable pour cet enfant de grandir dans cet environnement! Et qui sait, il pourrait être le prochain Tony Lake ?

«Quand il y a beaucoup de mains, la charge n’est pas lourde»

UNICEF HAITI: Un proverbe haïtien que nous aimons particulièrement ici au bureau souligne l’importance de travailler main dans la main avec nos partenaires, avec le gouvernement et avec l’ensemble du bureau de l’UNICEF. Il dit  « Men anpil, chaj pa lou» qui pourrait être traduit par «Quand il y a beaucoup de mains, la charge n’est pas lourde». Schola, vous avez 21 ans d’expérience professionnelle avec l’UNICEF dans le bureau de pays du Kenya ainsi que dans le bureau régional de l’Afrique orientale et australe. Est-ce que ce proverbe vous parle ?

 UNICEF Haiti/2017/JulieHarlet Schola rencontre l’équipe de chauffeurs du bureau de l’UNICEF en Haïti

UNICEF Haiti/2017/JulieHarlet
Schola rencontre l’équipe de chauffeurs du bureau de l’UNICEF en Haïti

Schola: Nous avons le même proverbe dans mon pays. Il est très vrai. À l’UNICEF aussi, ce proverbe est juste. Chaque bureau de pays a des objectifs et des résultats pour le pays. Tous ces résultats pour les pays sont mis ensemble pour les résultats régionaux. Même si nous ne le voyons pas, chaque action, même celle qui semble la plus petite, a sa place dans la chaîne de résultats. Chaque action faite ici aux Cayes ou à Jérémie contribue aux résultats du pays, aux résultats régionaux et devient une partie des résultats globaux de l’UNICEF. Nous ne le voyions peut-être pas, mais nous devons nous rappeler que ces grands résultats de l’UNICEF viennent de toutes ces personnes dans le monde qui travaillent ensemble.

 

«Un enfant est un trésor»

UNICEF HAITI: Un autre proverbe haïtien que nous aimons particulièrement citer est «timoun se richès», qui pourrait être traduit par «un enfant est un trésor». En tant que Président de l’Association Globale du Personnel de l’UNICEF, avez- vous un commentaire?

Schola: Encore une fois, ce proverbe dit vrai. Les enfants sont notre héritage. Tout ce que vous chérissez  et dont vous prenez bien soin peut devenir de l’or. Les enfants sont la ressource la plus importante au monde. Nous devons prendre soin de tous les enfants du monde car ils sont notre meilleur espoir pour l’avenir.

Nous étions des enfants autrefois. Nous sommes ici aujourd’hui parce que quelqu’un a pris soin de nous, quelqu’un s’est assuré que nous avions assez de nourriture,  nous a emmené à l’école, quelqu’un  s’est préoccupé de notre bien-être. Maintenant, nous sommes en mesure de changer le monde et de construire une société meilleure. Nous sommes en mesure de prendre soin des enfants et de leur assurer de bonnes conditions pour prospérer. Si nous voulons un Haïti meilleur, alors nous devons prendre soin des enfants.

Siéger à l’Association Globale du Personnel a élargi mon point de vue. Désormais, je  vois chaque membre du personnel comme l’un de mes enfants. Ma mission est d’écouter et de prendre soin de tous.

«Derrière les montagnes, il y a d’autres montagnes»

UNICEF HAITI: Dernière question et dernière occasion de vous proposer l’un de nos proverbes haïtiens, « dèyè mòn gen mòn» ou « derrière les montagnes, il y a d’autres montagnes», qui fait référence à la succession de défis que nous rencontrons dans la vie. Dès que l’un est résolu, un autre apparaît. Il y a toujours un nouveau défi. Cela vous inspire-t-il dans votre travail quotidien en tant que présidente de l’Association Globale du Personnel ? Si oui, pouvez-vous nous dire comment?

 UNICEF Haiti//MarcVincent GSA Chair Schola Madowo 2017with Haiti Staff Association Chair Fabienne Bertrand

UNICEF Haiti//MarcVincent
GSA Chair Schola Madowo 2017with Haiti Staff Association Chair Fabienne Bertrand

Schola: En fait, oui! Pour moi, s’il n’y a pas de défis, il n’y a pas de valeur ajoutée. Les challenges ne finiront pas, ils se succèderont. Dans mon travail, j’en suis satisfaite car s’il n’y a plus de challenges,  je n’ai pas de travail.

D’après mon expérience, à  l’UNICEF, les défis ne cessent jamais parce que nous avons des objectifs, des cibles et que nous planifions beaucoup d’activités. Dès qu’un objectif est atteint, c’est un autre que nous visons et que nous devons atteindre. Le monde bouge, change et évolue. Notre vie et notre travail aussi.

Une fois assis à nos bureaux, nous devons pouvoir trouver une satisfaction dans ce que nous devons faire dans l’instant présent et éviter de vivre dans le passé. Une fois que quelque chose est atteint, passons aux autres choses. À l’Association Globale du Personnel, je fais de mon mieux chaque jour. Quand je réponds à tous mes e-mails, je suis satisfaite, mais je sais que cette boîte de réception sera à nouveau remplie le lendemain et j’apprécie cela.

J’ai beaucoup apprécié entendre parler de l’initiative « Poze » que le bureau de pays d’Haïti est en train de tester et développer  pour aider les membres du  personnel à faire face au stress dans leur vie en construisant leur Pleine Conscience, leur motivation et leur bien-être. La Pleine Conscience  n’est pas seulement un excellent moyen d’apprécier le moment présent, c’est aussi un moyen de travailler sur l’intention. Il est bon de prendre un moment pour reconnaître que vous avez fait du bon travail (même si personne ne vous le dit). Il est bon de reconnaître que vous faites un excellent travail. Il est bon de prendre le temps de vous remercier et d’apprécier votre travail et vos résultats. Ce moment d’appréciation peut vous aider à apprécier encore plus le prochain défi, cette prochaine «montagne» qui vous attend.

Propos recueillis par  Julie Harlet,

Officier  de Communication UNICEF Haïti

S’engager pour le droit des enfants en Haïti

Antine Legrand raconte le parcours qui l’a menée de la RDC jusqu’en Haïti

En 2014, Antine Legrand a participé au sixième groupe de l’initiative de promotion des nouveaux talents (NETI) en tant que responsable du suivi et de l’évaluation, à Kinshasa. Après obtention du diplôme délivré par ce programme, Antine a commencé à travailler comme responsable de la planification, du suivi et de l’évaluation en Haïti, où elle continue à développer ses compétences et à en apprendre toujours plus sur elle-même, sur l’UNICEF et le remarquable travail dont cette organisation est capable, même soumise à une forte pression.

Son histoire reflète celle de nombreux participants NETI et de collègues de l’UNICEF : elle raconte la volonté d’apprendre, encore et toujours, et de développer ses compétences ainsi que de s’engager pleinement dans la défense des droits de chaque enfant.  

 

Quelles sont les raisons à l’origine de votre carrière à l’UNICEF ?

M’engager pour la cause des enfants dans le monde entier, particulièrement en situation d’urgence. L’image très positive que j’avais de l’UNICEF a également joué. Avant de rejoindre l’UNICEF, j’étais spécialiste de l’éducation pour une banque internationale de développement et je travaillais en étroite collaboration avec mes confrères de l’UNICEF. Il s’agissait de personnes intelligentes et gaies, entièrement dévouées à leur travail.

 

Qu’est-ce qui vous a incité à suivre le programme NETI ?

Un ami, qui faisait partie du deuxième groupe, m’a raconté son expérience. Il a adoré le programme, de bout en bout, et me l’a très bien vendu ! J’avoue que NETI n’était pas le seul programme ciblant de jeunes professionnels pour lequel j’avais postulé, atteignant un stade assez avancé du processus de sélection.  Mais, pour celui-là seulement, je savais réellement comment ça se passait de l’intérieur et c’était l’une des candidatures pour laquelle j’éprouvais le plus d’enthousiasme.

À mon avis, ce programme comporte d’énormes avantages, tels que l’accompagnement personnalisé et le mentorat, la prise de responsabilités et l’expérience directe ainsi que la réputation de l’initiative NETI au sein de l’organisation. Mais c’est une épée à double tranchant : les attentes sont élevées et vos résultats devront être à la hauteur. Le programme NETI est un très bon moyen de développer ses compétences à la fois professionnelles et personnelles.

 

UNICEF Antine ( à droite ) et des collègues du NETI

Antine ( à droite ) et des collègues du NETI © Gabriel Vockel, UNICEF/DRC, 2015

Quel rôle le programme NETI a-t-il joué dans votre progression de carrière ?

L’initiative NETI m’a aidé à la fois pendant et après le programme. Pendant, le programme m’a aidé à me repérer bien plus facilement dans mon nouveau poste et mon nouvel environnement, c’est évident. D’abord, les étudiants NETI bénéficient d’un accompagnement et puis leur seule appartenance à ce programme leur assure un soutien.

 

Je pense également qu’on est perçu différemment par la direction quand on porte l’étiquette NETI. Je travaillais dans un très grand bureau de pays, et faire partie d’un groupe NETI m’a permis de sortir du lot. Après le programme, j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour un poste de classe P-4 presque immédiatement après la fin de mon affectation dans le cadre du NETI. Le programme a été un réel accélérateur de carrière, je suis passée d’un poste NETI de classe P-2 à mon poste actuel, de classe P-4, en seulement deux ans : je crois que c’est assez rare.

 

Qu’est-ce que vous avez le plus apprécié dans le programme NETI ?

Tout d’abord, la phase d’orientation à New York et le sentiment d’appartenir à un groupe, ce qui permet de se faire des amis pour la vie en l’espace de trois semaines, d’avoir un réseau vers lequel se tourner lorsque des problèmes surgissent au travail, de garder le contact et s’entraider. Tous les trimestres, environ, nous organisons une session Skype qui couvre 3 continents. La communication est difficile parce que tout le monde est tellement excité de parler, mais c’est amusant !
Ensuite vient l’accompagnement. Moi, j’ai trouvé que c’était très utile, et ça l’est toujours. Je ne l’aurais jamais fait de moi-même en raison du coût et parce que je pensais que ça ne me plairait pas de parler à un étranger de mes problèmes professionnels. Mais j’ai trouvé ça très intéressant. Ça m’a encouragé à réfléchir et à apprendre à développer un esprit critique. Je ne sais pas trop quelle aurait été mon expérience sans, mais j’ai l’impression que ça m’a beaucoup aidé.

 

Quel est le souvenir qui vous a le plus marqué au cours du programme NETI ?

La phase d’orientation de trois semaines et demie, à New York, pendant laquelle j’ai appris à connaître les talentueux participants au programme, à apprendre de nouveaux concepts et à passer quelques nuits blanches. Je suis passée par toutes sortes d’émotions, de l’excitation à l’anxiété. Pendant que nous nous préparions à être déployés, nous avons rencontré la haute direction et noué des relations solides avec toutes les personnes appartenant au programme NETI : collègues, étudiants et équipe. Dans le même temps, nous devions également nous rendre dans divers endroits pour nous faire vacciner et obtenir des visas. Cette période de transition s’est révélée intense, stimulante, éducative et enrichissante. Ce sont des moments de vie que j’apprécie vraiment. Ils sont rares et précieux !
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un intéressé par le programme NETI ?

Posez votre candidature. Ne soyez pas effrayés par l’énormité du nombre de candidats qui se présentent : des milliers pour seulement 15 à 20 places. Ça vaut la peine d’essayer.

 

Quel conseil souhaiteriez-vous donner aux participants en train de construire leur carrière ?

Ils n’ont pas besoin de conseils ! Tous ceux que je connais sont parfaitement capables de mener à bien leur projet. Ce sont des gens intelligents, proactifs, rationnels et engagés ; c’est pourquoi je suis très fière d’en faire partie et espère pouvoir en rencontrer davantage au cours de ma carrière à l’UNICEF.

En quoi consistaient vos responsabilités quotidiennes dans le cadre de votre affectation NETI ?

J’occupais un poste de chargé de suivi et évaluation dans le Bureau de pays en République démocratique du Congo (RDC). Cela signifie que je travaillais à la planification et au suivi des programmes, à la définition des indicateurs, à l’amélioration des méthodes de recueil des données et de communication des résultats. C’est loin d’être facile en RDC où les données sont soit inexistantes, partielles ou souvent peu fiables. Mais c’est également très intéressant : la RDC fait la taille de l’Europe occidentale et c’est l’un des plus grands bureaux de pays de l’UNICEF au monde. On y trouve plusieurs niveaux d’organisation à travers les différents bureaux desservant Kinshasa, les zones, les provinces, ainsi que des antennes sous-provinciales. Comme vous pouvez l’imaginer, cela complique singulièrement le travail des planificateurs et des personnes chargées du suivi des résultats.
Ma tâche quotidienne consistait à m’occuper de feuilles de calcul Excel, mais aussi à me rendre dans des centres de santé et à assister à la remise de sacs à dos de l’UNICEF aux enfants en prévision de l’année scolaire. Les occasions d’échanger avec les bureaux extérieurs, de renforcer les capacités et de soutenir le travail de l’UNICEF ne manquaient pas. Je garde de très bons souvenirs des moments passés avec mes collègues dans l’est du Congo. Les missions sur le terrain et le travail avec les partenaires sont des expériences très intéressantes et même passionnantes. À ce titre, le suivi et l’évaluation jouent un rôle très important dans l’amélioration des méthodes de travail de l’UNICEF.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
J’occupe le poste de responsable de la planification, du suivi et de l’évaluation en Haïti depuis un peu plus de six mois maintenant. Je suis arrivé alors que le nouveau programme de pays sur 5 ans était en cours de définition. Quelques mois plus tard, nous devions tous faire face à une situation d’urgence majeure suite au passage de l’ouragan Matthew. J’ai donc beaucoup appris sur les capacités de l’organisation à produire des résultats lorsque la situation l’exige.
J’en apprends un peu plus tous les jours sur mes propres capacités à réaliser des tâches que je n’aurais jamais pensé faire, sur la façon de diriger une équipe, sur les participants NETI venus pour soutenir le Bureau de pays d’Haïti après le passage de l’ouragan, sur le dévouement de mes collègues et sur l’incroyable chance qui m’est donnée de travailler avec eux.  Mon avenir consistera à faire de mon mieux pour apporter mon soutien à l’action de l’UNICEF dans ce pays, à mes collègues et à nos partenaires.

UNICEF via ICON

Traduction : Cendrine Strevens

Il reste encore des défis à relever 6 mois après l’ouragan Matthew

Six mois après le passage de l’ouragan Matthew, un cyclone de catégorie 4 qui représente la plus grave crise humanitaire depuis le tremblement de terre de 2010 en Haïti, la population, notamment dans la Grand’Anse et le Sud, a encore de grands besoins, en dépit d’une grande mobilisation des acteurs humanitaires sur le terrain, dès les premiers jours.

Rodley,12 ans, originaire de Jérémie

Rodley,12 ans, originaire de Jérémie

A travers le pays, on estime à 1 100 000 enfants et 1 600 000 adultes ayant besoin d’assistance humanitaire. Beaucoup d’entre entre eux peinent encore à se relever des effets du cyclone.

Dans le cadre de sa réponse humanitaire post-Matthew, qui se base sur le principe de la redevabilité envers les communautés, l’UNICEF a organisé début avril, une consultation avec les jeunes dans la Grand’Anse, afin d’avoir leur point de vue sur la réponse. Il s’agit d’un dialogue qui se poursuivra au courant des prochaines semaines dans les deux départements les plus touchés. Les voix des jeunes confirment que beaucoup reste encore à faire afin de permettre aux familles et aux enfants d’avoir de meilleures conditions de vie. Selon les dernières évaluations effectuées dans le Sud et la Grand’Anse :

 

Protection : 125 000 enfants ont besoin de protection contre la violence, l’exploitation et les abus depuis le passage de l’ouragan Matthew. « Quand nous essayons de parler, les adultes nous demandent de nous taire parce que nous sommes des enfants », explique Rodley, originaire de Jérémie. Selon l’Organisation de la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA), plus de 175 000 personnes ont été contraintes de se déplacer dans des abris temporaires.

Isma, 17 ans, originaire de Marfranc.

Isma, 17 ans, originaire de Marfranc.

Education : On estime à plus de 490 000, le nombre d’enfants dont la scolarité a été interrompue à cause de l’impact de l’ouragan. « J’aurais vraiment aimé aider les gens de ma communauté, leur apporter ce qu’il manque, mais je ne peux pas. Aider les enfants dans le domaine de l’éducation est aussi un objectif », explique Isma, 17 ans, originaire de Marfranc.

 

Eau et assainissement : Selon une enquête de l’ONG Acted pour les Cayes, 60 pour cent des personnes continuent à puiser leur eau de boisson dans des puits et 35 pour cent dans des robinets privés. « Nous avons besoin d’aide et ceci dans tous les domaines », rappelle Chansina, 14 ans, qui vit à Roseaux.

 

« Les gens ont commencé à replanter leur jardin, à réparer les maisons, mais il nous faut encore de l’aide dans certains domaines  »

Rosemène, 17 ans, vivant à Léon, une localité de la Grand’Anse durement touchée par Matthew.

Rosemène, 17 ans, vivant à Léon, une localité de la Grand’Anse durement touchée par Matthew.

Nutrition : Les taux de malnutrition devraient augmenter dans les prochains mois, car les effets réels de la perte déclarée de 70 à 90 pour cent des cultures, dans les zones touchées, commencent à se faire sentir. « Cette rencontre m’a permis de comprendre comment les enfants sont sensés vivre quand on considère leurs droits. Ils doivent pouvoir trouver assez de nourriture, être protégés et bien d’autres choses encore », rappelle Rosemène, 17 ans, vivant à Léon, une localité de la Grand’Anse durement touchée par Matthew.

« Les gens ont commencé à replanter leur jardin, à réparer les maisons, mais il nous faut encore de l’aide dans certains domaines, car il y a beaucoup de personnes qui n’ont rien reçu et ils attendent encore », explique Blaise, 17 ans, originaire de Marfranc.

 

Marc Vincent, Représentant de l’UNICEF en Haïti, a insisté sur les efforts qui doivent être entrepris afin de garder une certaine continuité dans la réponse. « Il est vital de fournir une assistance aux personnes touchées, en particulier aux enfants, qui sont toujours les plus vulnérables. L’UNICEF travaille main dans la main avec le Gouvernement, les partenaires et les communautés afin de relever ce défi et d’aider les personnes victimes à pouvoir reprendre leur vie d’avant la catastrophe. Il faut redoubler nos efforts afin de permettre aux plus vulnérables d’avoir accès à des conditions de vie décente. J’en profite pour saluer la résilience des familles haïtiennes », a-t-il indiqué.

 

Chansina, 14 ans, qui vit à Roseaux

Chansina, 14 ans, qui vit à Roseaux

De concert avec les partenaires, l’UNICEF a pu faciliter la réhabilitation de 75 écoles permettant à plus de 20 000 écoliers de reprendre les activités scolaires ; la réhabilitation de 34 autres écoles est cours et celle de 65 autres est planifiée.

Plus de 400 000 personnes ont eu accès à de l’eau potable depuis le passage de Matthew ; plus de 9 000 enfants ont bénéficié des activités psychosociales dans les Espaces Amis des Enfants.

Depuis l’ouragan, l’UNICEF a augmenté le nombre d’équipes de réponse rapide du choléra de 46 à l’échelle nationale à 88.

Selon le Ministère de la Santé publique et des Populations (MSPP) au cours des 10 semaines écoulées depuis le 1er janvier 2017, environ 3 585 cas suspects de choléra ont été signalés, comparativement à plus de 9 400 pour la même période de 2016, ce qui montre des progrès continus vers l’objectif d’élimination du choléra en Haïti.

Plus de 80 000 personnes ont bénéficié de consultations par le biais de cliniques médicales mobiles que l’UNICEF avec le MSPP a mis en place pour répondre le service aux familles, alors que les installations de santé étaient en cours de réparation.

Les activités de nutrition, avec la détection des enfants malnutris et le soin à leur égard ont démarrées rapidement et se poursuivent aujourd’hui. Le rétablissement de la chaine de froid est en cours.

UNICEF HAITI

Participation des Jeunes: L’UNICEF rencontre les enfants de la Grand’Anse

 

Les enfants faisant la restitution de leur séance de consultation

 

Participation des jeunes: Les 8 et 9 avril, une trentaine de jeunes adolescents et enfants venus de certaines communes, dans le département de la Grand’Anse, touchées par le cyclone Matthew – Jérémie, Roseau, Bonbon, Chambellan, Marfranc-  ont participé à une séance de consultation sur la gestion des risques et désastres. Le séminaire était organisé à l’initiative de l’UNICEF avec pour partenaires de mise en œuvre, IDETTE et Méthodes sans frontières.

L’objectif principal, à la base de cette consultation, était de permettre aux adolescents d’exprimer leur point de vue sur la façon dont les acteurs gèrent les réponses aux catastrophes et leur volonté à s’impliquer dans la préparation et la réponse aux désastres éventuels dans leur communauté.

Dès le premier jour, les jeunes ont montré leur intérêt à participer à cette activité de grande importance pour l’avenir de leur communauté. Les formateurs ont commencé par une sensibilisation sur les droits des enfants, ce qui leur a permis de se faire une idée sur l’état de leurs connaissances en la matière. La grande majorité des enfants ignorait l’existence de la Convention relative aux droits des enfants. « Nous sommes contents de savoir qu’il existe un tel texte pour protéger les droits des enfants », ont indiqué certains d’entre eux.

Comme dans tout groupe, il y en a qui sont plus actifs et plus intéressés que d’autres. Comme Rodley Beauchamp, 12 ans, en classe de 5ème année, «  Si tous les adultes respectaient les droits des enfants, le pays serait beaucoup plus développé », lance-t-il, la voix pleine d’innocence sous les applaudissements des autres jeunes participants.

Les différentes interventions des enfants ont permis de mesurer leur niveau de connaissance sur la question des risques et désastres. « Avant l’arrivée de Matthew, j’ai demandé à mes parents d’évacuer la maison, car j’avais entendu l’alerte à la radio, mais ils ne voulaient pas m’écouter. Je me suis rendu seul dans l’abri provisoire », raconte l’un d’entre eux.

Des thèmes liés au domaine de la gestion des risques et adaptés à leur niveau ont été abordés comme : la menace, la réponse, la préparation, le risque. Ils ont également été sensibilisés sur la préservation de l’environnement.

Une méthode pour la participation des jeunes 

Toute la consultation s’est déroulée avec la participation effective des adolescents et des enfants. Ils recevaient les informations et ils partageaient comment ils comprenaient la question de la gestion des risques et désastres. Ils se sont consultés entre eux afin de voir en quoi, ils peuvent participer dans la gestion des risques et désastres de leurs communautés respectives.  Les jeux interactifs et informatifs de basaient sur leurs capacités à comprendre ces thématiques qui peuvent paraitre complexes, dans un premier temps, mais qui sont cruciales pour sauver leurs vies.

 

un photo souvenir avec tous les enfants et accompagnateurs

Les jeunes ont pu exprimer leurs opinions et leurs craintes quant à leur avenir et aussi ils  ont raconté leur expérience, immédiatement après l’ouragan Matthew, comment ils se considèrent après cette catastrophe et le rôle qu’ils auront à jouer auprès des membres de leur communauté respective.

Une volonté de partager les connaissances

« J’accueille cette formation avec beaucoup de plaisir car le sujet est vraiment important pour moi. J’ai retenu deux choses importantes à savoir comment les enfants sont supposés vivre et aussi comment se comporter à l’approche d’une catastrophe pour éviter d’être victime. Je vais partager ce que j’ai appris avec les membres de ma localité et les autres jeunes », explique Rosemène François, 17 ans, l’une des participantes.

Pour sa part Rodley Beauchamps, ne cache pas son intention de sensibiliser tout le monde, spécialement les jeunes et les enfants. « Je vais faire un partage de connaissances avec les gens qui viennent me visiter pour qu’ils expliquent à leur enfants quels sont leurs droits », explique-t-il.

Le plus important c’est la résilience de leur communauté et comment à travers eux, ils peuvent être des acteurs de changements. D’autres formations de ce type sont prévus dans les zones touchées par Matthew, notamment dans le Sud.

 

Raphael, petit bonhomme du Nord-Est s’épanouit et grandit

Protection UNICEF-Raphael avait 10 mois sur cette photo

Raphael avait 10 mois sur cette photo

Dès qu’elle part en mission à Ouanaminthe, dans le Nord-Est, notre collègue de la section Protection de l’Enfance, Géraldine Alferis en profite pour visiter Raphael. Elle vous explique aujourd’hui l’histoire de cet enfant.

Raphael est un petit garçon âgé d’un an qui a été récupéré par les Sœurs de Saint Jean l’Evangéliste, notre partenaire dans le Nord-Est du pays dans la ville frontalière de Ouanaminthe lorsqu’il était âgé d’à peine 2 mois.

Le tout-petit a été  abandonné par sa mère car il était à l’époque  très malade.

Un projet financé par l’UNICEF permet aux  Sœurs de Saint Jean d’accueillir des enfants non accompagnés retournés de la République Dominicaine.

 »Raphael est un vrai petit ange’’

Protection UNICEF-Raphael, un an pose lors de la dernière visite de Geraldine en mars dernier.

Raphael, un an pose lors de la dernière visite de Geraldine en mars dernier.

Lorsque les Sœurs ont recueilli l’enfant, elles l’ont prénommé Raphael et ont fait tous les suivis médicaux avec lui afin qu’il devienne cet enfant épanoui que vous pouvez aujourd’hui observer sur ces photos.

Les Sœurs de Saint Jean ont inauguré en décembre 2016, un nouvel espace de transit pour les enfants et les femmes vulnérables, avec le support de l’église Catholique Colombienne et d’autres bailleurs, dont l’UNICEF qui a contribué à l’aménagement du dortoir et de l’espace pour les enfants.

‘’ Sa santé est toujours très fragile, il faut être attentif tout le temps ‘’, explique l’une des sœurs. ‘’Raphael porte une joie de vivre qu’il communique à tous ceux et celles qui le rencontre. C’est un vrai petit ange.’’

859[1] enfants non-accompagnés  en provenance de République Dominicaine ont été identifiés aux différents points de frontière en 2016. Ils ont été pris en charge par l’UNICEF et ses partenaires et placés en centre de transit en attendant une réunification familiale.

 

Géraldine Alféris

Spécialiste en Protection de l’Enfant,

UNICEF Haïti

[1] Source : Section Protection de l’Enfance-UNICEF Haïti, 6 avril 2017

Protection UNICEF- Le centre d'accueil pour enfants des Soeurs de Saint Jean à Ouanaminthe

Le centre d’accueil pour enfants des Soeurs de Saint Jean à Ouanaminthe