Participation des Jeunes: L’UNICEF rencontre les enfants de la Grand’Anse

 

Les enfants faisant la restitution de leur séance de consultation

 

Participation des jeunes: Les 8 et 9 avril, une trentaine de jeunes adolescents et enfants venus de certaines communes, dans le département de la Grand’Anse, touchées par le cyclone Matthew – Jérémie, Roseau, Bonbon, Chambellan, Marfranc-  ont participé à une séance de consultation sur la gestion des risques et désastres. Le séminaire était organisé à l’initiative de l’UNICEF avec pour partenaires de mise en œuvre, IDETTE et Méthodes sans frontières.

L’objectif principal, à la base de cette consultation, était de permettre aux adolescents d’exprimer leur point de vue sur la façon dont les acteurs gèrent les réponses aux catastrophes et leur volonté à s’impliquer dans la préparation et la réponse aux désastres éventuels dans leur communauté.

Dès le premier jour, les jeunes ont montré leur intérêt à participer à cette activité de grande importance pour l’avenir de leur communauté. Les formateurs ont commencé par une sensibilisation sur les droits des enfants, ce qui leur a permis de se faire une idée sur l’état de leurs connaissances en la matière. La grande majorité des enfants ignorait l’existence de la Convention relative aux droits des enfants. « Nous sommes contents de savoir qu’il existe un tel texte pour protéger les droits des enfants », ont indiqué certains d’entre eux.

Comme dans tout groupe, il y en a qui sont plus actifs et plus intéressés que d’autres. Comme Rodley Beauchamp, 12 ans, en classe de 5ème année, «  Si tous les adultes respectaient les droits des enfants, le pays seraient beaucoup plus développé », lance-t-il, la voix pleine d’innocence sous les applaudissements des autres jeunes participants.

Les différentes interventions des enfants ont permis de mesurer leur niveau de connaissance sur la question des risques et désastres. « Avant l’arrivée de Matthew, j’ai demandé à mes parents d’évacuer la maison, car j’avais entendu l’alerte à la radio, mais ils ne voulaient pas m’écouter. Je me suis rendu seul dans l’abri provisoire », raconte l’un d’entre eux.

Des thèmes liés au domaine de la gestion des risques et adaptés à leur niveau ont été abordés comme : la menace, la réponse, la préparation, le risque. Ils ont également été sensibilisés sur la préservation de l’environnement.

Une méthode pour la participation des jeunes 

Toute la consultation s’est déroulée avec la participation effective des adolescents et des enfants. Ils recevaient les informations et ils partageaient comment ils comprenaient la question de la gestion des risques et désastres. Ils se sont consultés entre eux afin de voir en quoi, ils peuvent participer dans la gestion des risques et désastres de leurs communautés respectives.  Les jeux interactifs et informatifs de basaient sur leurs capacités à comprendre ces thématiques qui peuvent paraitre complexes, dans un premier temps, mais qui sont cruciales pour sauver leurs vies.

 

un photo souvenir avec tous les enfants et accompagnateurs

Les jeunes ont pu exprimer leurs opinions et leurs craintes quant à leur avenir et aussi ils se ont raconté leur expérience, immédiatement après l’ouragan Matthew, comment ils se considèrent après cette catastrophe et le rôle qu’ils auront à jouer auprès des membres de leur communauté respective.

Une volonté de partager les connaissances

« J’accueille cette formation avec beaucoup de plaisir car le sujet est vraiment important pour moi. J’ai retenu deux choses importantes à savoir comment les enfants sont supposés vivre et aussi comment se comporter à l’approche d’une catastrophe pour éviter d’être victime. Je vais partager ce que j’ai appris avec les membres de ma localité et les autres jeunes », explique Rosemène François, 17 ans, l’une des participantes.

Pour sa part Rodley Beauchamps, ne cache pas son intention de sensibiliser tout le monde, spécialement les jeunes et les enfants. « Je vais faire un partage de connaissances avec les gens qui viennent me visiter pour qu’ils expliquent à leur enfants quels sont leurs droits », explique-t-il.

Le plus important c’est la résilience de leur communauté et comment à travers eux, ils peuvent être des acteurs de changements. D’autres formations ce de type sont prévus dans les zones touchés par Matthew, notamment dans le Sud.

 

Raphael, petit bonhomme du Nord-Est s’épanouit et grandit

Protection UNICEF-Raphael avait 10 mois sur cette photo

Raphael avait 10 mois sur cette photo

Dès qu’elle part en mission à Ouanaminthe, dans le Nord-Est, notre collègue de la section Protection de l’Enfance, Géraldine Alferis en profite pour visiter Raphael. Elle vous explique aujourd’hui l’histoire de cet enfant.

Raphael est un petit garçon âgé d’un an qui a été récupéré par les Sœurs de Saint Jean l’Evangéliste, notre partenaire dans le Nord-Est du pays dans la ville frontalière de Ouanaminthe lorsqu’il était âgé d’à peine 2 mois.

Le tout-petit a été  abandonné par sa mère car il était à l’époque  très malade.

Un projet financé par l’UNICEF permet aux  Sœurs de Saint Jean d’accueillir des enfants non accompagnés retournés de la République Dominicaine.

 »Raphael est un vrai petit ange’’

Protection UNICEF-Raphael, un an pose lors de la dernière visite de Geraldine en mars dernier.

Raphael, un an pose lors de la dernière visite de Geraldine en mars dernier.

Lorsque les Sœurs ont recueilli l’enfant, elles l’ont prénommé Raphael et ont fait tous les suivis médicaux avec lui afin qu’il devienne cet enfant épanoui que vous pouvez aujourd’hui observer sur ces photos.

Les Sœurs de Saint Jean ont inauguré en décembre 2016, un nouvel espace de transit pour les enfants et les femmes vulnérables, avec le support de l’église Catholique Colombienne et d’autres bailleurs, dont l’UNICEF qui a contribué à l’aménagement du dortoir et de l’espace pour les enfants.

‘’ Sa santé est toujours très fragile, il faut être attentif tout le temps ‘’, explique l’une des sœurs. ‘’Raphael porte une joie de vivre qu’il communique à tous ceux et celles qui le rencontre. C’est un vrai petit ange.’’

859[1] enfants non-accompagnés  en provenance de République Dominicaine ont été identifiés aux différents points de frontière en 2016. Ils ont été pris en charge par l’UNICEF et ses partenaires et placés en centre de transit en attendant une réunification familiale.

 

Géraldine Alféris

Spécialiste en Protection de l’Enfant,

UNICEF Haïti

[1] Source : Section Protection de l’Enfance-UNICEF Haïti, 6 avril 2017

Protection UNICEF- Le centre d'accueil pour enfants des Soeurs de Saint Jean à Ouanaminthe

Le centre d’accueil pour enfants des Soeurs de Saint Jean à Ouanaminthe

Sur la côte sud, de petits rien pour s’accrocher ?

Elisabeth Augustin, Officier de Communication Point focal Genre / Adolescents au bureau de l’UNICEF en Haïti est de retour de mission dans le département de la Grand ’Anse. Six mois après le passage de Matthew sur l’ile, c’est la première fois qu’Elisabeth partait dans cette zone très affectée par l’ouragan. Elle partage avec nous son ressenti.

Coteaux et ses habitants

Coteaux et ses habitants

Visiter la côte sud 6 mois après le passage de l’Ouragan Matthew ne peut laisser l’idéaliste que je suis, indifférente. Ma frustration avait, jusqu’ici, été grande car la nature de mon travail n’avait pas encore justifié ma présence dans les régions dévastées. Seuls les photographies aériennes, les rapports officiels et les témoignages de collègues contribuaient à alimenter mon imagination sur l’ampleur de la catastrophe.

Notre majestueuse côte sud est ravagée et sa population erre encore, se contentant de petits riens qui la ramènent très lentement vers une certaine normalité. Les hôtels éventrés, les cimetières de cocotiers çà et là et les toits encore recouverts de plastique, n’empêchent cependant pas certains habitants de se réinstaller à même les plages, que l’on s’imagine avoir reçu des vagues de plus de 8 mètres… Sans doute à l’affut d’un regain de vie ou encore se disant que le Bon Dieu ne permettra pas qu’un monstre similaire à Matthew revienne cette année.

Alors qu’est-ce qui permet à cette population de se reconstruire ?

Reconstruction à Coteaux

Reconstruction à Coteaux

Plus on se rapproche des régions où est passé l’œil du cyclone et plus on sent la destruction. Nous n’avons pas dépassé Port-à-Piment, délicieuse petite ville ; néanmoins morte avec le toit de la cathédrale en lambeau, le marché se contentant d’exposer de timides petits lots de denrées et des rues désertes, au point que même les familles endimanchées ne sont pas visibles en plein Dimanche.

Alors qu’est-ce qui permet à cette population de se reconstruire ? Comme ce jeune agriculteur de vingt-six ans vivant avec 19 autres personnes dans la maisonnette d’un parent ? Ou ce veuf sextagénaire qui ne peut plus vaquer à ses occupations à cause d’une douleur au genou ? Ou encore cette jeune femme qui a vécu l’enfer de la nuit du 3 au 4 octobre 2016 avec son ventre de huitième mois de grossesse ? Est-ce le paysage insaisissable de la superbe côte, les bananeraies qui renaissent gentiment ? Ou simplement le sourire édenté et insouciant des bébés, avides d’espoir ?

Le bord de plage de Port-Salut

Le bord de plage de Port-Salut

Les enfants de la côte sud n’oublieront pas de sitôt les affreux grondements du vent et de la mer de cette nuit noire. Les cocotiers effeuillés et tordus les forcent à comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais rêve. Avec un peu de chance, leur innocence sera préservée par la nature luxuriante qui les entoure ; cette même nature qui a frappé mais qui semble être la seule chose qui permettra à la région de renaître de ses cendres.

Elisabeth Augustin

Officier de Communication, 

Point focal Genre / Adolescents

UNICEF Haïti

 

L’ouragan Matthew vu par Liam 11 ans de Cuba

Six mois après  Matthew,  Liam Manuel, 11 ans, nous livre son récit sur le passage de l’ouragan  à Cuba.

Les filles d'une école secondaire de Tercer Frente, Santiago de Cuba, expliquent leur procédure d'évacuation.

Les filles d’une école secondaire de Tercer Frente, Santiago de Cuba, expliquent leur procédure d’évacuation.

Je vais vous raconter comment notre village, Yateritas (San Antonio del Sur), à Guantanamo, a vécu le passage de l’ouragan Matthew. Une fois averti, tout le village a suivi de près les bulletins météo et lorsque nous avons appris la possibilité du passage de l’ouragan chez nous, nous nous sommes mis à adopter les mesures indispensables à la protection des vies humaines et des biens matériels.    Une semaine avant la date prévue de son arrivée, nous, les enfants, avons également aidé à mettre les choses à l’abri.      Nous avons aidé nos familles et nos voisins à protéger la vaisselle, les vêtements, les chaussures ; nous étions aussi affairés que des abeilles, enchaînant les allers-retours.    J’ai rangé dans un endroit sûr mes cannes à pêche et mes hameçons : j’adore pêcher et je ne voulais pas les perdre.    Ma mère a également remisé toutes nos possessions et elle nous a tous aidés ; elle s’est également occupée de protéger les papiers importants.    Nous avons aidé ma sœur, alors enceinte de six mois, a mettre en lieu sûr les affaires du bébé.

«Nous avons accueilli 25 personnes chez moi»

Un garçon d'une école rurale à Santiago de Cuba passe par les différents risques dans sa communauté, représenté dans un modèle fait avec ses camarades de classe.

Un garçon d’une école rurale à Santiago de Cuba passe par les différents risques dans sa communauté, représenté dans un modèle fait avec ses camarades de classe.

Durant ces quelques jours, j’ai accompagné ma mère, qui est la directrice de mon école, lors de ses déplacements chez les familles du village visant à identifier celles qui ne seraient pas en mesure de résister à l’ouragan.  Ma mère est membre du Conseil de Défense et il lui appartient de fournir une assistance préalable à sa communauté.  Ma mère a indiqué à ces familles l’endroit où elles devraient trouver refuge et leur a offert d’utiliser l’école pour mettre leurs affaires à l’abri : le labo de physique-chimie s’est transformé en espace de rangement pour toutes sortes de choses !

Nous avons accueilli 25 personnes chez moi, y compris des personnes âgées, des enfants et des femmes enceintes. La Défense civile a désigné ma maison comme centre d’évacuation.  Tous ces gens ont commencé à arriver chez nous à partir du 4 octobre de bonne heure.  Nous nous connaissions et nous entraidions tous : c’était comme une grande famille.  Tout au long de la journée, nous les avons aidés à ranger leurs affaires chez nous : des sacs de vêtements, des télés, etc. Mon voisin Carlos et moi-même, nous avons fait ce que nous avons pu pour aider.  Nous avions fait des réserves d’eau potable en prévision pour que personne n’en manque.  Nous avons préparé à manger pour tout le monde, comme dans un refuge.

«Cette nuit-là, j’ai cru que c’était la fin du monde»

Les enfants d'âge préscolaire apprennent également les mesures de réduction des risques de catastrophe, par le biais du contenu des programmes.

Les enfants d’âge préscolaire apprennent également les mesures de réduction des risques de catastrophe, par le biais du contenu des programmes.

Cette nuit-là, des vents forts et la pluie sont arrivés sur nous, j’ai cru que c’était la fin du monde.  À minuit, l’eau de la rivière coulait sous nos yeux, dans l’arrière-cour. J’étais terrifié.  Quelques heures plus tard, la tempête s’est calmée et certaines personnes installées dans notre maison sont rentrées chez elles en voyant que Matthew était apparemment parti.   Mais, à environ une heure du matin, l’eau s’est mise à monter à nouveau, la situation était épouvantable.  Nous nous sommes dépêchés de secourir une nouvelle fois les animaux.  Nous n’avons pu sauver que six des sept chiots de ma chienne Blanquita. Nous avons également essayé de conserver au chaud les œufs de poules en les enveloppant dans des couvertures, mais nous les avons perdus.  Il n’y a que les poules qui peuvent y arriver.

«J’espère vraiment que nous n’aurons plus jamais à revivre ça»

Dans le cadre des efforts visant à rendre le contenu de réduction des risques de catastrophe attrayant et dynamique, certaines écoles développent leurs propres jeux de société à thème.

Dans le cadre des efforts visant à rendre le contenu de réduction des risques de catastrophe attrayant et dynamique, certaines écoles développent leurs propres jeux de société à thème.

À environ deux heures du matin, une fois Matthew passé, nous sommes sortis sur la route.  Nous entendions le bruit de la mer agitée et celui de l’eau de la rivière s’y jetant. Dans la rue, une foule de gens discutaient pour voir ce qu’il fallait faire maintenant.  Nous sommes retournés chez nous et, très sincèrement, je peux vous dire que cette expérience restera toujours en moi.  J’espère vraiment que nous n’aurons plus jamais à revivre ça parce que c’est affreusement triste de voir des dégâts partout, les livres tout mouillés et notre école endommagée.  Le toit et les murs de notre école ont été abîmés, la rivière a atteint un mètre de hauteur, déversant des flots de boue.  Heureusement, les personnes qui s’y étaient abritées étaient saines et sauves, par contre, leurs maisons avaient souffert de gros dégâts car elles sont situées dans la partie basse du village, là où les eaux étaient montées le plus. Les enfants vivant dans cette zone ont perdu tous leurs livres et leurs jeux.

Le lendemain, après une longue nuit sans sommeil pratiquement, nous nous sommes rendus à l’école et avons aidé à nettoyer avec les autres enfants et leurs familles.  Il fallait enlever la boue et brosser les murs.  Nous avons aidé à remettre l’école en état pendant trois jours au cours desquels nous n’avons pas eu classe.  Lorsque nous avons repris l’école, l’ambiance y était différente : beaucoup de nos camarades n’étaient plus les mêmes, ils étaient tristes.  L’emploi du temps et les salles avaient été modifiés, même si on nous a dit que c’était temporaire.  Les jours suivants, nous avons beaucoup joué.

«Chaque nouvelle catastrophe nous apprend à être un peu mieux préparé»

La créativité et la créativité des enseignants pour intégrer le contenu de réduction des risques de catastrophe dans le programme d'études est la clé. Les aides visuelles, les jeux ou les clubs ne sont que quelques-unes des façons d'y parvenir.

La créativité et la créativité des enseignants pour intégrer le contenu de réduction des risques de catastrophe dans le programme d’études est la clé. Les aides visuelles, les jeux ou les clubs ne sont que quelques-unes des façons d’y parvenir.

J’ai pu préserver mes cannes à pêche et mes hameçons, heureusement ma maison est solide.  Mais beaucoup de mes amis ont vu le toit et les fenêtres de leur maison détruits et ont perdu leurs biens les plus précieux.  Tout le monde disait que le plus important c’est que nous soyons tous sains et saufs.  C’est vrai, tous mes amis allaient bien et nous pouvions à nouveau nous voir et parler de ce qui s’était passé : nous avions tous vécu des expériences différentes.  Nous avons vu à la télé qu’en Haïti (à quelques kilomètres à peine de nos côtes) Matthew avait balayé des villes et des villages, et tué de nombreuses personnes, y compris des enfants.  C’est tellement triste et injuste.

Ça fait six mois maintenant et je me rends compte à quel point il est important d’être prêt du mieux qu’on peut et de suivre les recommandations de la défense civile.  On perd toujours quelque chose et on souffre, mais chaque nouvelle catastrophe nous apprend à être un peu mieux préparé et à être plus fort pour la prochaine.

Liam Manuel Morega 11 ans,

de Guantanamo, Cuba

Traduction : Cendrine Strevens

 

 

 

’’Nous savons que la population attend beaucoup de nous’’

Six mois après le passage dévastateur de l’ouragan Matthew en Haïti, Abner Dorvil, officier d’urgences revient sur les évènements. Plus de 2 millions de personnes ont été affectées dont 900 000 enfants par la catastrophe. Abner a été le premier membre du bureau d’UNICEF  Haïti à atteindre, non sans difficultés,  l’un des départements les plus affectés, la Grand’ Anse et à mettre en place les premières réponses pour aider les enfants et leur famille.

Vue sur la ville de Jérémie, détruite après le passage de l'ouragan. ©Lemoyne

Vue sur la ville de Jérémie, détruite après le passage de l’ouragan. ©Lemoyne

Abner est originaire du nord d’Haïti du Bas-Limbé.  Père de famille, ingénieur agronome, c’est un homme qui aime la nature et les études. Il a débuté sa carrière à l’UNICEF en 2011 en qualité d’officier de soutient sur le terrain dans le nord du pays.

’’J’ai toujours eu envie de faire cette expérience de travailler à l’UNICEF pour améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants d’Haïti.’’ En janvier 2013, il devient officier d’urgences. Lorsque l’ouragan Matthew frappe Haïti, il est l’un des premiers à partir sur le terrain ’’Après Matthew, j’étais à la tête d’une équipe qui devait se rendre à Jérémie dans le département de la Grand’Anse. Une autre équipe devait se rendre aux Cayes dans le département du Sud. Matthew a frappé le 4 octobre. Nous devions partir le 5 octobre mais nous n’avons pas pu partir immédiatement car l’hélicoptère ne pouvait pas atterrir  à Jérémie. Il y  avait trop de boue sur la piste d’atterrissage. Je suis donc parti le lendemain, le 6 octobre. Il fallait faire vite car nous n’avions eu aucune information pour cette zone. Les communications étaient coupées. »

Abner  se joint à une équipe d’humanitaires et des membres de l’UNDAC, l’équipe des Nations Unies chargée de l’évaluation et de la coordination en cas de catastrophe.

’’La situation était vraiment alarmante’’

A Jérémie, quelaues jours après le passage de Matthew, une petite patiente traitée pour un cas de diarrhée aigue. ©Lemoyne

A Jérémie, quelques jours après le passage de Matthew, une petite patiente traitée pour un cas de diarrhée aigue. ©Lemoyne

’’Je suis arrivé dans un département dévasté, il n’y avait plus d’arbres, plus de maisons.  La population choquée  était dans un grand état de détresse. Ma seule motivation était de voir comment appuyer les autorités pour collecter les informations et les faire rapidement remonter au niveau central afin de pouvoir venir en aide le plus vite possible aux femmes et enfants haïtiens de la Grand’Anse. La ville de Jérémie était dévastée, tous ces arbres par terres,  ces personnes blessées et désemparées qui souffraient, des tas d’immondices jonchaient une ville boueuse, traumatisée… Dans les premières heures qui ont suivi mon arrivée, j’ai pleuré. Je connaissais Jérémie avant Matthew, j’avais participé à la mission d’appui à la Direction de la Protection Civile en 2013-2014 pour pré positionner le matériel en prévision de catastrophe. La situation était vraiment alarmante et choquante’’

Lorsqu’Abner parvient au centre d’opération d’urgence départemental, il fait face à l’impuissance des autorités. ’’ Ils voulaient faire quelque chose mais ils n’avaient pas les moyens nécessaires. La population attendait l’arrivée des premiers secours. Nous n’avions pas les moyens sur place nous avons travaillé nuit et jour  auprès des autorités et auprès des partenaires de l’UNICEF pour voir comment apporter une réponse appropriée à cette catastrophe majeure.’’

 

’’Je ne suis pas désespéré, parce que vous, l’UNICEF, vous êtes là ! ’’

Un enfant s'approvisionne en eau dans un abri provisoire à l'Ecole Professionnelle de Jérémie. ©Maxence Bradley

Un enfant s’approvisionne en eau dans un abri provisoire à l’Ecole Professionnelle de Jérémie. ©Maxence Bradley

Destruction totale des récoltes. Perte des réserves de nourriture et du bétail dans certaines zones parmi les plus gravement touchées, infrastructures sanitaires et d’accès à l’eau détruites ou fortement endommagées, enfants à risque de souffrir de malnutrition aiguë, enfants sans abri qui occupent des refuges temporaires. Destructions d’hôpitaux[1] et d’écoles[2] , haut risque de propagation des maladies hydriques comme le choléra. Routes bloquées, communications coupées.

Dans ce chaos, la priorité de l’UNICEF et des partenaires a été de répondre aux besoins les plus urgents des enfants dans les zones affectées par l’ouragan:

’’La population  attend beaucoup de nous’’

’’ Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, je me souviens avoir rencontré un petit garçon qui devait être âgé de six ans environ à l’école professionnelle de Jérémie qui servait d’abri provisoire. En dépit de la destruction qui nous entourait  et de cette situation difficile, cet enfant croyait encore en l’avenir. Il est venu vers moi et m’a dit ’’je ne suis pas désespéré, je sais que parce que vous  UNICEF, vous êtes là, vous êtes arrivé jusqu’à nous, je sais que nous allons être aidé, que le secours arrive. Je garde espoir.’’

Abner Dorvil à la station de traitement d'eau de Jérémie installé par UNICEF et ses partenaires. ©Maxence Bradley

Abner Dorvil à la station de traitement d’eau de Jérémie installé par UNICEF et ses partenaires. ©Maxence Bradley

Aujourd’hui, six mois après, le souvenir de cette rencontre reste vivace dans la mémoire d’Abner. Il  garde aussi dans son cœur la ténacité, le courage et l’engagement qu’il a observé chez les partenaires, les autorités et les collègues du bureau, qui tous ensembles ont travaillé avec acharnement pour répondre au plus vite aux besoins des enfants et pour atteindre les zones les plus reculées.

’ »Nous, UNICEF Haïti sommes un bureau très engagé. J’ai été très ému de voir avec quelle motivation et quel engagement se sont investis les collègues internationaux et nationaux. Nous voulons  avoir les moyens financiers nécessaires pour continuer d’apporter des réponses aux zones affectées (Nippes, Grand’Anse et Sud). Nous savons que la population  attend beaucoup de nous. Toutes ces personnes méritent  d’obtenir une réponse appropriée à l’ampleur des dégâts. Aujourd’hui,  je fais un plaidoyer pour que l’on trouve les moyens financiers nécessaires pour pouvoir continuer à apporter cette réponse et  à mener des projets aux bénéfices des populations affectées’’, conclut Abner qui est récemment devenu Vice-Président de  l’association du personnel d’UNICEF en Haïti.

Oui ce petit garçon qu’Abner a rencontré quelques jours après le passage de Matthew a eu raison de croire en l’avenir et de garder espoir. Nous étions là dans l’urgence. Nous sommes là pour assurer la transition vers le relèvement. Et nous continuerons  de répondre à toutes les urgences, nouvelles ou en cours, tout en cherchant à mettre en place des conditions favorables au redressement et au développement durables pour permettre à chaque enfant Haïtien de réaliser de  son plein potentiel.

Julie Harlet  

Officier de Communication UNICEF Haïti

[1] L’ouragan a emporté le toit de près de 80 % des hôpitaux et cliniques de Grand’Anse, et mis hors service sept centres de santé de ce département, quatre dans le Sud et trois dans la région des Nippes. http://timounyo.com/5455/

[2] Plus de 700 écoles ont été touchées  dans tout le pays et quelque 86 ont servi de refuges temporaires, ce qui a perturbé la scolarisation d’au moins 150 000 enfants. http://timounyo.com/5455/

 

De l’eau pour les enfants de Sovo

 

Environ 750 000 personnes, dont des enfants, nécessitaient une assistance pour l’accès à l’eau et l’assainissement, suite au passage de Matthew en octobre 2016, dans le Sud et la Grand’Anse[1]. L’UNICEF et ses partenaires[2] ont implémenté des projets d’approvisionnement en vue d’appuyer les structures déconcentrées de la Direction Nationale de l’Eau Potable et Assainissement à répondre à la demande. 

Guerline et ses filles

Guerline et ses filles

Mardi 7 mars, 16h. En face de l’école nationale de Sovo, dans la commune de Camp Perrin. Une famille remplit ses gallons dans des robinets communautaires. Trois filles, deux garçons et leur maman.

La cheffe de famille nous accueille avec un large sourire. Guerline, 38 ans, nous présente ses enfants : Les filles 11, 10 et 8 ans, les garçons, 5 et 3 ans. Ces derniers n’arrêtent pas de courir l’un après l’autre en se taquinant, tournant autour des filles amusées.

Chercher de l’eau n’a pas toujours été une tache aussi réjouissante, se rappelle Guerline : « Avant, nous allions chercher l’eau à La Source, un point d’eau à une heure de marche d’ici. La route est rocailleuse, et glissante en temps de pluie. Les enfants devaient m’accompagner après l’école pour chercher l’eau. De retour à la maison, ils étaient souvent trop épuisés pour faire leurs devoirs ».

’’Mes enfants tombaient souvent malades, à cause de l’eau, qui était de mauvaise qualité’’

A cela s’ajoutaient les impacts de la mauvaise qualité de l’eau de La Source sur la santé des enfants, selon Guerline : ’’Mes enfants tombaient souvent malades, à cause de l’eau, qui était de mauvaise qualité. Ils souffraient de maux de ventre, de diarrhée, et ils vomissaient.


Et je devais tout le temps les emmener à l’hôpital.
Je suis vendeuse de friture, mon mari est ferronnier. Nous n’avions pas les moyens de répondre à tous ces frais médicaux. Quand il ne pleuvait pas, La Source séchait. Nous comprenions que ce n’était pas une source naturelle, mais l’eau de pluie que nous consommions. Nous n’avions pas le choix, il n’y a aucun puit dans les environs.’’

L’engagement communautaire : Pour économiser l’eau

Les deux fils de Guerline puisant de l’eau

Les deux fils de Guerline puisant de l’eau

L’eau que puisent Guerline et sa famille, aujourd’hui, est potable.  Les robinets sont alimentés par deux citernes souples de 10 000 litres chacun. C’est là un projet d’UNICEF, implémenté par Oxfam, via des fonds octroyés par la Commission Européenne d’Aide Humanitaire et de Protection Civile ECHO.

A Sovo, les citernes souples sont ravitaillées tous les trois jours, par des camions de l’OREPA Sud (Office Régionale de l’Eau Potable et Assainissement). Toutes les familles de cette localité s’alimentent en eau dans les citernes souples, soit environ 1330 bénéficiaires.

’’Nous économisons l’eau,pour la rendre disponible plus longtemps, et nous assurer que tout le monde en trouve’’

La communauté s’est s’organisée pour optimiser les avantages pour chacun, explique Guerline : « Les citernes ne suffisent pas pour desservir toute la communauté. Parfois, il ne restait plus d’eau bien avant le passage des camions de ravitaillement. Alors nous avons commencé à économiser l’eau, afin de la rendre disponible le plus longtemps possible, et nous assurer que tout le monde en trouve. Nous buvant uniquement l’eau des citernes. Pour nos activités ménagères, comme la cuisine, la lessive et le ménage, nous utilisons l’eau de la rivière La Ravine, qui traverse la localité par un canal. Chez moi, nous avons réduit notre consommation de trois à deux gallons d’eau par jour. Il est de plus en plus difficile de tenir ainsi, les enfants ont besoin de s’hydrater davantage, car il fait chaud ».

 

 »Mes enfants ne tombent plus jamais malades »

 

Des enfants puisant de l’eau dans les robinets des citernes souples de Sovo

Des enfants puisant de l’eau dans les robinets des citernes souples de Sovo

L’OREPA facilite le dialogue entre la communauté de Sovo et le Comité d’Approvisionnement en Eau Potable et Assainissement (CAEPA) de Camp Perrin, pendant la transition du projet d’alimentation en eau par citerne souples, dans le cadre de l’Urgence post-Matthew, au rétablissement durable du réseau d’adduction cette localité du Sud d’Haïti.Depuis qu’ils consomment l’eau des citernes souples, les enfants de Gerline ne tombent plus malades. Cette maman se dit reconnaissante : «  Depuis que nous avons accès à l’eau traitée, fini les va-et-vient à l’hôpital. Mes enfants ne tombent plus jamais malades. C’est Dieu qui nous a envoyé une telle opportunité ».

 

Bettina PERONO,

UNICEF Communication-Sud, Haïti

[1] UNICEF_Haiti_Humanitarian_Situation_Report__November_2016

[2] Oxfam, Acted, Care, WaterMission, TerreDesHommes

L’UNICEF et la DINEPA célèbrent la journée de l’eau

 

Distribution d’eau potable dans une ecole à Jérémie après l’ouragan

 

La Journée mondiale de l’eau, le 22 mars, représente un moyen fort de plaidoyer quant à l’accès à cette ressource naturelle. L’UNICEF apporte son soutien au gouvernement haïtien dans le secteur afin de faciliter l’accès aux communautés vulnérables et aux enfants. Cette année, le thème global de la journée, les eaux usées, attire l’attention sur une thématique très importante.

La Direction nationale d’eau potable et d’assainissement de concert avec les l’UNICEF et les autres partenaires du secteur ont célébré la Journée mondiale de l’eau en mettant en lumière les moyens pouvant faciliter l’accès à l’eau à la population. Selon les dernières statistiques, 81 % de la population en milieu rural n’a pas accès à un système de sanitation améliorée et 42 % est privée d’eau potable au niveau national.

La DINEPA veut par cette occasion créer un espace de dialogue autour du thème où les discussions porteront sur la situation des eaux usées en général, les enjeux et défis et les actions prévues pour le développement et la régulation des eaux usées. La DINEPA veut profiter pour préparer la participation d’Haïti à la réunion de Haut Niveau en Avril de cette année à travers un processus participatif et en recherchant un consensus pour les conclusions de l’analyse sectorielle.

Pour le directeur général de la DINEPA, L’absence de gestion des eaux usées a des impacts négatifs sur la qualité de l’eau et encourage la persistance de la transmission du choléra ainsi que l’incidence d’autres maladies d’origine hydrique.

De plus, avec la croissance accélérée de la population urbaine au cours de ces dernières années, on devra compter d’ici 2030, près de 60% de citadins contre 40% de ruraux en Haïti.  Ce qui entrainera une augmentation du volume d’eaux usées domestiques et de boues de vidange à traiter et une pression encore plus forte sur la ressource accessible aux agglomérations urbaines. Cette croissance urbaine a pour corolaire l’augmentation d’activités industrielles, hospitalières et commerciales avec un apport croissant en eaux usées spécifiques et toxiques.

Marc Vincent, Représentant de l’UNICEF en Haïti, a salué l’importance d’une telle journée tout en mettant l’accent sur les avantages du recyclage des eaux usées traitées pour Haïti : « Les eaux usées non traitées, rejetées dans la nature fragilisent encore plus le secteur eau potable et assainissement dont l’accès aux services de base est déjà un défi. L’UNICEF travaille de concert avec le gouvernement haïtien afin de permettre un accès équitable à l’eau et à l’assainissement notamment pour les familles vulnérables et les enfants », a-t-il rappelé.

Les eaux usées sont en lien direct avec l’objectif 6.3 des ODD : « D’ici à 2030, améliorer la qualité de l’eau en réduisant la pollution, en éliminant l’immersion de déchets et en réduisant au minimum les émissions de produits chimiques et de matières dangereuses, en diminuant de moitié la proportion d’eaux usées non traitées et en augmentant considérablement à l’échelle mondiale le recyclage et la réutilisation sans danger de l’eau ».

Amélioration de l’accès à l’eau dans le Sud: L’Union Européenne en visite 

Fin janvier, une équipe de la Commission Européenne d’Aide Humanitaire et de Protection Civile ECHO et de la Coopération Internationale et Développement DEVCO a visité le Centre Technique d’Exploitation d’Eau CTE de la ville des Cayes. Une occasion de constater les résultats sur le terrain de la réponse conjointe post-Matthew de l’OREPA-Sud et de l’UNICEF avec l’appui financier d’ECHO, dans le secteur de l’Eau Potable et de l’Assainissement.      

Visite du CTE des Cayes : ECHO-DEVCO, OREPA, DPC UNICEF

Visite du CTE des Cayes : ECHO-DEVCO, OREPA, DPC UNICEF

Le nombre de cas de choléra enregistres juste après le passage de l’ouragan a atteint jusqu’à 500 par semaine, selon le Ministère de la Sante Publique et de la Population. D’après les dernières informations disponibles, il a été ramené à huit à la fin de 2016[1].La délégation a visité une unité de traitement d’eau dans le quartier de la Savane, qui a connu une résurgence des cas de choléra après Matthew.

 

15 km de réseau urbains réhabilités après Matthew

 

Ceci, d’autant plus que la situation humanitaire post- Matthew a encore réduit l’accès déjà insuffisant à l’eau potable dans les communautés Cayennes, selon les autorités sanitaires de la ville des Cayes.L’insalubrité dans les abris spontanés provoqués par l’ouragan Matthew la résurgence des cas de choléra dans certains quartiers de la ville des Cayes, ont motivé toute une série d’actions immédiates des autorités sanitaires avec l’appui des partenaires internationaux sur le terrain, tels que l’Unicef, Oxfam et Terre des Hommes.

Le réservoir du CTE à la Savanne est dysfonctionnel depuis près de 15 ans

Le réservoir du CTE
à la Savanne
est dysfonctionnel
depuis près de 15 ans

15 kilomètres de réseaux urbains ont été réhabilités, après le cyclone, a précisé le superviseur de ces travaux du CTE pour la Direction Nationale d’Eau Potable et Assainissement DINEPA, Abel DOSSOU-GOUIM.
L’unité de traitement d’eau à la Savanne et celui desservant la zone côtière de la ville des Cayes (Plage de Gelée) sont les résultats d’un projet financé de l’Unicef à hauteur de 50 mille dollars américains, via des fonds accordés par ECHO. Ce projet, mis en œuvre par Water Mission en réponse aux défis post-Matthew, a permis la construction de deux autres unités de traitement d’eau dans les villes de Port Salut et des Anglais.Pour les zones en attente d’une couverture par le réseau urbain,  les autorités sanitaires et leurs partenaires ont opté pour la distribution par camionnage et l’approvisionnement dans des bladers et d’unités de traitement d’eau.
Selon l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatiques IHSI en 2015 les populations des villes de Port Salut et des Anglais (commune Saint Louis du Sud) totaliserait environ 11 800 habitants.  Des activités de sensibilisation et de promotion à l’hygiène, ainsi que des suivis continus pour garantir de l’eau desservie quotidiennement aux bénéficiaires de ce projet.         

Réponse post-Matthew aux Cayes dans le secteur Wash

 

Une pompe électrique au CTE des Cayes

Une pompe électrique au CTE des Cayes

Les responsables du Centre Technique d’Exploitation des Cayes prévoient d’étendre la couverture actuelle de 45%  à au moins 80 % d’accès à l’eau pour la population Cayenne, estimée à près de 87 000 habitants selon l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique IHSI en 2015.

Cependant, Matthew a réduit leurs capacités déjà limitées, explique l’ingénieur Jean Michel ALTEMA. Les 3 et 4 octobre 2016, l’ouragan Matthew aurait effectivement détruit vingt-deux panneaux solaires du Centre Technique d’Exploitation, anéantissant ainsi une précieuse alternative au manque d’électricité pour le fonctionnement des trois pompes électriques de forage du centre.

Il a donc fallu trouver une alternative à l’absence d’électricité pour maintenir le niveau de rendement des pompes électriques du Centre Technique d’Exploitation. Le directeur du CTE pour l’OREPA Sud, n’a pas manqué d’exprimer ses remerciements à l’UNICEF qui leur a fourni l’appui en carburant nécessaire pendant la période de la saison cyclonique pour pallier cette situation.

 

Bettina PERONO,

UNICEF Communication-Sud, Haïti

 

 

 

[1] MSPP bulletin, 2016 – SE51, http://mspp.gouv.ht/site/downloads/Profil%20statistique%20Cholera%2051eme%20SE%202016.pdf

Ces gardiens de l’hygiène font rimer propreté avec santé

La propreté à l’école passe par les clubs d’hygiène. Rencontre avec ces gardiens de l’environnement et de la santé dans l’Artibonite.

Gédéon, 15 ans ; Léonine 17 ans, Isnadeth 17 ans et Gislaine 15 ans, membres du club d’hygiène de l'école de Charette.

Gédéon, 15 ans ; Léonine 17 ans, Isnadeth 17 ans et Gislaine 15 ans, membres du club d’hygiène de l’école de Charette.

Seulement 35% des ménages Haïtiens ont accès à une installation adéquate pour se laver les mains avec de l’eau et du savon[1]. Une personne sur cinq pratique la défécation à l’air libre[2]. Grâce au don du Gouvernement Canadien, UNICEF, Oxfam, la DINEPA, le MSPP et le MENFP  interviennent dans des communautés rurales de 4 communes du département de l’Artibonite (Gonaïves, Saint Marc, Saint Michel et Gros Morne) pour améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement dans les communautés, les écoles et les centres de santé.

Le but est de mettre l’accent sur le changement durable des comportements, notamment en matière d’assainissement, de traitement de l’eau à domicile et d’hygiène des mains.

Dans le milieu scolaire, cette campagne d’amélioration des conditions d’assainissements et de l’hygiène se focalise sur la construction /réhabilitation de latrines, d’urinoirs, de points de lavage des mains et sur la promotion de l’Ecole Amie de l’Hygiène.

Plus de deux ans après le lancement du projet, des interventions sont réalisées dans 24 écoles. 8719 élèves ( 4083 filles et 4636 garçons) ont ainsi accès à de meilleures conditions d’hygiène et d’assainissement en milieu scolaire. 24 clubs d’hygiène sont formés dans ces écoles.

A l’école MITSPA Jeaneton 2 à St Marc, les 320 élèves âgés de 3 à 16 ans bénéficient de l’un de ces clubs pour promouvoir l’hygiène à l’école.

Propreté va de pair avec santé

Les membres du club d'hygiène de l'école Jeaneton 2 à St Marc

Les membres du club d’hygiène de l’école Jeaneton 2 à St Marc

« Avant nous n’avions pas assez de toilettes pour tout le monde. Elles étaient sales. Certains allaient faire leur besoin dehors. Les garçons urinaient dehors. Nous veillons à ce que les toilettes restent propres. Nous nettoyons les douches et les toilettes ainsi que les salles de classes et la cour de l’école, jetons les papiers dans les poubelles et  veillons à ce que les déchets soient éliminés régulièrement », explique Emilie Djeyma 10 ans, jeune leader du club.

« L’école est devenue plus belle. La propreté à l’école, c’est important pour tous les élèves. Cela me fait plaisir de faire partie de ce club d’hygiène, de sensibiliser les autres enfants à la propreté et de leur montrer comment bien se laver les mains avec de l’eau et du savon. J’aime ma communauté. Je voudrais qu’elle devienne propre. Si d’autres communautés dans le monde y arrivent alors pourquoi pas nous ? », continue la petite fille.

Emilie, 10 ans, veut changer Haïti.

Emilie, 10 ans, veut changer Haïti.

« Je voudrais que mon pays change, je rêve de devenir Présidente d’Haïti pour que mon pays devienne un pays comme les autres. Je ne veux plus entendre qu’Haïti est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Je veux changer cela », conclut-elle.

Quelques kilomètres plus loin, dans la localité rurale de Charrette, l’école nationale accueille 300 élèves âgés de 4 à 20 ans.

Apprendre l’hygiène par l’exemple

Gédéon, 15 ans ; Léonine,17 ans ; Isnadeth,17 ans et Gislaine,15 ans, membres du club d’hygiène sont fiers de nous faire visiter les 4 nouveaux blocs sanitaires. « Propreté va de pair avec santé. A l’école nous sommes 6 élèves membres du club d’hygiène, trois filles et trois garçons. Tous les jours nous veillons à ce que les salles de classes, les latrines et la cour de l’école restent propre », explique Léonine. Chaque club est formé d’élèves mais aussi du directeur, d’un professeur, d’un parent et du gardien de l’école.

Gédéon vient de faire une démonstration de lavage des mains à ses camarades.

Gédéon vient de faire une démonstration de lavage des mains à ses camarades.

Le directeur se félicite du résultat, « non seulement les élèves profitent des nouvelles infrastructures, automatisent le lavage des mains avant de manger et après passage aux toilettes à l’école mais ils diffusent ces bonnes pratiques et ce changement de comportement à l’extérieur de l’établissement scolaire et dans leurs communautés»

C’est ce que nous explique Gédéon, 15 ans en 5 ème année. « L’autre jour, je rentrais à la maison après l’école et j’ai vu un homme jeter une bête morte sur un tas d’immondice dans la rue. Je suis allé lui parler et lui ai dit que cela ne se faisait pas. L’homme a compris ce que je voulais dire, et a repris l’animal. C’est une fierté de pouvoir aider sa communauté et de donner des conseils utiles à toutes et tous. J’aime faire partie de ce club et motiver les gens pour changer le comportement. Si on n’a pas une bonne hygiène on ne peut pas vivre en bonne santé, c’est facile à comprendre et nous aidons les autres à le réaliser. »

 

Julie Harlet

UNICEF Haïti- Communication

 

[1] UNICEF Haïti Bureau Pays  et Bureau Régional pour l’Amérique Latine et les Caraïbes- S’engager pour les droits des enfants en Haïti– Mars 2017.

[2] IDEM.

Réponse et prévention : une alliance indispensable dans la lutte contre le choléra

Le nombre de cas suspects de choléra en Haïti a diminué – de plus de 350 000 cas suspects en 2011 à un peu plus de 41 000 en 2016. Chaque cas suspect de choléra déclenche une réponse rapide pour protéger contre la propagation de la maladie. Le but ultime? Eliminer le choléra en Haïti d’ici 2022.

Haïti, département du Sud-Est. La Montagne, février 2017. «Me laver les mains avant de manger et de nourrir le bébé, me laver les mains après avoir fait mes besoins, utiliser des pastilles aquatab pour décontaminer l’eau.»  Madame Desloges, 64 ans, n’a aucun mal à réciter, d’une voix calme et quelque peu monotone, les actions qui la protégeront, elle et sa famille, contre le choléra.

Elle donne l’impression de parfaitement connaître la liste des recommandations à suivre, et pourtant, son mari Emmanuel est tombé malade la veille au soir et emmené au centre de traitement pour diarrhée aiguë de Jacmel, à une heure de route de chez eux, par crainte du choléra. Après avoir reçu une solution de réhydratation par intraveineuse, son état s’est stabilisé et après quelques jours passés au centre, il pourra rentrer chez lui. Le cas d’Emmanuel, comme toute autre suspicion de choléra, a déclenché le mécanisme d’intervention rapide standard mis en place en Haïti en 2013 et mis en pratique dans tout le pays avec des résultats encourageants.

 

Un total de 88 équipes mobiles d’intervention rapide déployées en Haïti

 

La maison fait l’objet d’une inspection ainsi que d’une désinfection au chlore.© Maxence Bradley

«Lorsque nous arrivons dans un endroit, d’abord, nous rendons visite à la famille du patient. Nous interrogeons sa famille, à l’aide d’un questionnaire standard, sur des sujets concernant les pratiques d’hygiène, leur point d’approvisionnement en eau, les déplacements récents du patient et de sa famille, le travail du patient, etc. Notre objectif consiste à identifier la cause de ce cas de choléra aussi rapidement que possible afin d’éviter la propagation de la maladie,» explique René Colon, 32 ans. Il travaille comme agent de sensibilisation auprès de la population au sein de l’équipe d’intervention rapide de Solidarité internationale depuis avril 2014.

À compter de janvier 2017, un total de 88 équipes mobiles d’intervention rapide seront déployées en Haïti. Elles concentreront leur action sur les communes les plus à risque, notamment les endroits touchés par l’ouragan Matthew en octobre 2016. Chaque équipe est composée d’agents appartenant à la fois à des ONG et au gouvernement afin de faciliter la coordination et l’efficacité de leur action. Une fois rempli le questionnaire épidémiologique, René passe le relais à son collègue Renie Fodoas, 35 ans, qui désinfecte systématiquement la maison des patients et ses alentours avec une solution chlorée, éliminant ainsi tout risque de résidus du virus du choléra. Il s’agit là d’une étape essentielle dans le processus de prévention visant à éviter la contagion des autres membres de la famille.

 

Les gens, bien souvent, savent ce qu’il faut faire, pourtant…

UNICEF Haiti - Cholera Rapid Response Team

L’eau destinée à la consommation est testée. Une dose d’antibiotique est prescrite et administrée à chaque membre de la famille. Du savon pour les mains et la toilette, ainsi que du chlore pour un mois et un seau avec couvercle hermétique sont distribués.© Maxence Bradley

L’étape de sensibilisation et de prophylaxie est la dernière de notre visite. Non seulement nous expliquons, mais nous montrons également par quels moyens on peut se protéger du choléra,» déclare Josépha Bellita, 28 ans, la représentante du ministère de la Santé au sein de l’équipe. Les gens, bien souvent, savent ce qu’il faut faire. Pourtant, dès que la menace imminente du choléra est passée, ils reprennent leurs anciennes habitudes, comme d’aller s’approvisionner à des points d’eau non protégés ou de ne pas purifier leur eau,» explique-t-elle en poussant un soupir exaspéré. Après la séance de démonstration, on fournit à la famille du chlore et du savon en quantité suffisante pour un mois, ainsi qu’un seau muni d’un couvercle dans lequel l’eau peut être décontaminée avant consommation. Avant le départ de l’équipe mobile, Josépha administre une dose d’antibiotique à tous les membres de la famille. Le but est de garantir une période d’immunité de 2 semaines afin de stopper la chaîne de transmission.

En appliquant ce protocole à la maison de la famille à laquelle appartient le patient ainsi qu’à celles des autres familles situées dans le proche voisinage, l’équipe d’intervention rapide établit un cordon sanitaire. Comme l’explique Ronnie, « nous cherchons à isoler la bactérie et à protéger les voisins du patient. » Après avoir décontaminé les maisons, il continue à ratisser le village en compagnie de son équipe, à la recherche d’autres cas de diarrhée et de décès suspects.

Dans les zones victimes d’une forte résurgence du choléra, l’équipe mobile revient voir la même famille après leur visite initiale afin de suivre la situation après distribution du kit. L’objectif de cette visite consiste à vérifier que cette famille ainsi que les autres situées à l’intérieur du cordon sanitaire se souviennent des mesures préventives, et qu’elles les appliquent bien.

 

L’action de l’UNICEF, dans le cadre du partenariat national, en vue de vaincre l’épidémie de choléra

Depuis 2010, l’UNICEF apporte son soutien au gouvernement haïtien dans la lutte contre le choléra, y compris en ce qui concerne l’élaboration du Plan national 2013 pour l’Élimination du Choléra. Les progrès réalisés sur le long chemin qui mène à l’élimination du choléra n’auraient pas été possibles sans l’aide constante d’importants donateurs, comme le service de l’UE à l’Aide humanitaire et à la Protection civile (ECHO), ou le solide partenariat avec le gouvernement haïtien, le système des Nations Unies et six partenaires non gouvernementaux.

Au cours de l’année dernière, le nombre de cas suspectés de choléra n’a cessé de diminuer : de plus de 350 000 cas suspects sur toute l’année 2011 (plus de 185 000 au cours des 3 mois d’épidémie de 2010) [1] à un peu plus de 41 000 cas en 2016 [2]. Malgré cette évolution à la baisse, il n’y a pas de place pour la complaisance, beaucoup reste à faire pour protéger les enfants et les familles de La Montagne et du reste d’Haïti afin d’éliminer le choléra d’ici 2022.

Cornelia Walther

[1] UN Cholera Factsheet, August 2016

[2] Source : Bulletin épidémiologique, Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) ; dernières données à la date du 24 déc. 2016

 

Plus d’histoires sur le choléra…

 

Diarrhée et choléra, assurer un rétablissement rapide des petits patients

Aujourd’hui, nous vous emmenons en Grand’Anse visiter deux Centres de Traitement des Diarrhées Aigües (CTDA) avec nos spécialistes Urgences- Choléra et Suivi-Evaluation. L’occasion pour vous de rencontrer de jeunes patients qui n’ont qu’une idée en tête, guérir vite pour retourner jouer et apprendre.

 

Choléra «Unissons nos efforts pour honorer nos obligations envers le peuple haïtien»

20 septembre 2016, alors que le Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki-moon annonce « la venue d’une nouvelle stratégie pour atténuer la détresse et améliorer les conditions de vie des Haïtiens » lors de son discours d’ouverture de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, le Représentant de l’UNICEF en Haïti, Marc Vincent fait le point sur la situation sur le terrain.