Histoire d’une flambée de choléra à Léogane

Phénide Ange Beaussejour, spécialiste Urgences chez UNICEF Haïti nous raconte comment une famille à Gressier a été contaminée par le choléra. Par cet extrait brut venu du terrain, notre collègues Phénide  illustre toute la complexité de la lutte contre le choléra en Haïti.

Depuis le Samedi 25 Mars,  le CTDA (Centre de Traitement de la Diarrhée Aigüe) de Gressier accuse une hausse brusque des cas suspects de cholera. En tout, 32 cas ont été enregistrés du Samedi 25 au Mardi 28 au matin, dont un décès communautaire.

La grande  majorité des patients proviennent de la zone de Fond des Boudins, située à Sainte Etienne dans la commune de Léogane. Beaucoup parmi les patients sont des membres d’une même famille vivant dans un espace géographique appelé en créole « lakou ». Le cas index[1] est Dieuseul,[2] un homme âgé de 70 ans. Il reporte avoir commencé à présenter des symptômes dans la nuit du Vendredi 24 Mars. Ce même jour il a participé à un « kombit » (un rassemblement volontaire de paysans qui s’entraident pour effectuer une tou plusieurs tâches) avec 6 personnes de la zone et tous auraient partagé de la nourriture et mangé du pain acheté d’un marchand ambulant à moto. Quatre des personnes qui ont pris part au « kombit »  sont tombées malades dans les 24 -48 heures.

Le jour de l’hospitalisation de Dieuseul, le Samedi 25 Mars, sa fille Marie[3] et son bébé âgé de six mois commencent eux aussi à présenter des symptômes et sont transportés le jour même au CTDA de Gressier. Cependant, Marie refuse de garder son enfant au CTDA de peur qu’il ne soit « infecté » et le renvoie chez une cousine de 16 ans, enceinte,  qui vit dans le même « lakou ».

Pendant que Marie reçoit les soins au CTDA, l’état de l’enfant se dégrade. Le Lundi matin la cousine le transporte d’urgence au centre de santé de Sainte Etienne, mais l’infirmière sur place est incapable de le prendre en charge faute d’intrants. L’enfant décède sur le chemin du retour et est enterré le jour même dans un trou creusé dans l’arrière cour de Marie, sa mère. Cette dernière est encore hospitalisée à Gressier et n’est pas encore au courant du décès de son bébé.

Aujourd’hui encore,  des enfants et des bébés continuent de mourir d’une maladie évitable 

 Tombeau improvisé du bébé de Marie

Tombeau improvisé du bébé de Marie

Des zones reculées, des travaux paysans en groupe, des marchands ambulants qui vendent des produits d’une hygiène douteuse, des personnes qui consomment de l’eau d’une source non protégée, des centres de santé démunis.

Cette triste histoire reflète toute la complexité de la lutte contre le choléra en Haïti et  nous montre qu’aujourd’hui encore, malheureusement, des enfants et des bébés continuent de mourir d’une maladie évitable.

En plus de son travail avec les équipes d’interventions rapides, UNICEF s’assurent appuie des Unités Mobiles de la Direction de la Promotion de la Santé et de la Protection de l’Environnement (DPSPE) du Ministère de la Santé Publique et de la Population afin que des messages clés soient inclus dans les sessions de sensibilisation.

Dans le cas de Gressier, ces messages se focalisent   sur « les pratiques funéraires en cas de décès suite à des diarrhées», sur  « l’importance de recevoir des soins dans un Centre de Traitement de Diarrhée Aigue jusqu’à guérison complète» mais aussi sur le fait que  « les CTDA ne représentent pas un risque pour les enfants ».

Phénide Ange Beaussejour,

Spécialiste Urgences

UNICEF Haïti

 

[1] Cas index : ou patient zéro, est utilisé pour désigner la première personne d’une épidémie à avoir été contaminée par un agent pathogène.

[2] Le nom du patient a été changé pour des soucis de confidentialité

[3] Le nom de la patiente a été changé pour des soucis de confidentialité

Sur la côte sud, de petits rien pour s’accrocher ?

Elisabeth Augustin, Officier de Communication Point focal Genre / Adolescents au bureau de l’UNICEF en Haïti est de retour de mission dans le département de la Grand ’Anse. Six mois après le passage de Matthew sur l’ile, c’est la première fois qu’Elisabeth partait dans cette zone très affectée par l’ouragan. Elle partage avec nous son ressenti.

Coteaux et ses habitants

Coteaux et ses habitants

Visiter la côte sud 6 mois après le passage de l’Ouragan Matthew ne peut laisser l’idéaliste que je suis, indifférente. Ma frustration avait, jusqu’ici, été grande car la nature de mon travail n’avait pas encore justifié ma présence dans les régions dévastées. Seuls les photographies aériennes, les rapports officiels et les témoignages de collègues contribuaient à alimenter mon imagination sur l’ampleur de la catastrophe.

Notre majestueuse côte sud est ravagée et sa population erre encore, se contentant de petits riens qui la ramènent très lentement vers une certaine normalité. Les hôtels éventrés, les cimetières de cocotiers çà et là et les toits encore recouverts de plastique, n’empêchent cependant pas certains habitants de se réinstaller à même les plages, que l’on s’imagine avoir reçu des vagues de plus de 8 mètres… Sans doute à l’affut d’un regain de vie ou encore se disant que le Bon Dieu ne permettra pas qu’un monstre similaire à Matthew revienne cette année.

Alors qu’est-ce qui permet à cette population de se reconstruire ?

Reconstruction à Coteaux

Reconstruction à Coteaux

Plus on se rapproche des régions où est passé l’œil du cyclone et plus on sent la destruction. Nous n’avons pas dépassé Port-à-Piment, délicieuse petite ville ; néanmoins morte avec le toit de la cathédrale en lambeau, le marché se contentant d’exposer de timides petits lots de denrées et des rues désertes, au point que même les familles endimanchées ne sont pas visibles en plein Dimanche.

Alors qu’est-ce qui permet à cette population de se reconstruire ? Comme ce jeune agriculteur de vingt-six ans vivant avec 19 autres personnes dans la maisonnette d’un parent ? Ou ce veuf sextagénaire qui ne peut plus vaquer à ses occupations à cause d’une douleur au genou ? Ou encore cette jeune femme qui a vécu l’enfer de la nuit du 3 au 4 octobre 2016 avec son ventre de huitième mois de grossesse ? Est-ce le paysage insaisissable de la superbe côte, les bananeraies qui renaissent gentiment ? Ou simplement le sourire édenté et insouciant des bébés, avides d’espoir ?

Le bord de plage de Port-Salut

Le bord de plage de Port-Salut

Les enfants de la côte sud n’oublieront pas de sitôt les affreux grondements du vent et de la mer de cette nuit noire. Les cocotiers effeuillés et tordus les forcent à comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais rêve. Avec un peu de chance, leur innocence sera préservée par la nature luxuriante qui les entoure ; cette même nature qui a frappé mais qui semble être la seule chose qui permettra à la région de renaître de ses cendres.

Elisabeth Augustin

Officier de Communication, 

Point focal Genre / Adolescents

UNICEF Haïti

 

L’ouragan Matthew vu par Liam 11 ans de Cuba

Six mois après  Matthew,  Liam Manuel, 11 ans, nous livre son récit sur le passage de l’ouragan  à Cuba.

Les filles d'une école secondaire de Tercer Frente, Santiago de Cuba, expliquent leur procédure d'évacuation.

Les filles d’une école secondaire de Tercer Frente, Santiago de Cuba, expliquent leur procédure d’évacuation.

Je vais vous raconter comment notre village, Yateritas (San Antonio del Sur), à Guantanamo, a vécu le passage de l’ouragan Matthew. Une fois averti, tout le village a suivi de près les bulletins météo et lorsque nous avons appris la possibilité du passage de l’ouragan chez nous, nous nous sommes mis à adopter les mesures indispensables à la protection des vies humaines et des biens matériels.    Une semaine avant la date prévue de son arrivée, nous, les enfants, avons également aidé à mettre les choses à l’abri.      Nous avons aidé nos familles et nos voisins à protéger la vaisselle, les vêtements, les chaussures ; nous étions aussi affairés que des abeilles, enchaînant les allers-retours.    J’ai rangé dans un endroit sûr mes cannes à pêche et mes hameçons : j’adore pêcher et je ne voulais pas les perdre.    Ma mère a également remisé toutes nos possessions et elle nous a tous aidés ; elle s’est également occupée de protéger les papiers importants.    Nous avons aidé ma sœur, alors enceinte de six mois, a mettre en lieu sûr les affaires du bébé.

«Nous avons accueilli 25 personnes chez moi»

Un garçon d'une école rurale à Santiago de Cuba passe par les différents risques dans sa communauté, représenté dans un modèle fait avec ses camarades de classe.

Un garçon d’une école rurale à Santiago de Cuba passe par les différents risques dans sa communauté, représenté dans un modèle fait avec ses camarades de classe.

Durant ces quelques jours, j’ai accompagné ma mère, qui est la directrice de mon école, lors de ses déplacements chez les familles du village visant à identifier celles qui ne seraient pas en mesure de résister à l’ouragan.  Ma mère est membre du Conseil de Défense et il lui appartient de fournir une assistance préalable à sa communauté.  Ma mère a indiqué à ces familles l’endroit où elles devraient trouver refuge et leur a offert d’utiliser l’école pour mettre leurs affaires à l’abri : le labo de physique-chimie s’est transformé en espace de rangement pour toutes sortes de choses !

Nous avons accueilli 25 personnes chez moi, y compris des personnes âgées, des enfants et des femmes enceintes. La Défense civile a désigné ma maison comme centre d’évacuation.  Tous ces gens ont commencé à arriver chez nous à partir du 4 octobre de bonne heure.  Nous nous connaissions et nous entraidions tous : c’était comme une grande famille.  Tout au long de la journée, nous les avons aidés à ranger leurs affaires chez nous : des sacs de vêtements, des télés, etc. Mon voisin Carlos et moi-même, nous avons fait ce que nous avons pu pour aider.  Nous avions fait des réserves d’eau potable en prévision pour que personne n’en manque.  Nous avons préparé à manger pour tout le monde, comme dans un refuge.

«Cette nuit-là, j’ai cru que c’était la fin du monde»

Les enfants d'âge préscolaire apprennent également les mesures de réduction des risques de catastrophe, par le biais du contenu des programmes.

Les enfants d’âge préscolaire apprennent également les mesures de réduction des risques de catastrophe, par le biais du contenu des programmes.

Cette nuit-là, des vents forts et la pluie sont arrivés sur nous, j’ai cru que c’était la fin du monde.  À minuit, l’eau de la rivière coulait sous nos yeux, dans l’arrière-cour. J’étais terrifié.  Quelques heures plus tard, la tempête s’est calmée et certaines personnes installées dans notre maison sont rentrées chez elles en voyant que Matthew était apparemment parti.   Mais, à environ une heure du matin, l’eau s’est mise à monter à nouveau, la situation était épouvantable.  Nous nous sommes dépêchés de secourir une nouvelle fois les animaux.  Nous n’avons pu sauver que six des sept chiots de ma chienne Blanquita. Nous avons également essayé de conserver au chaud les œufs de poules en les enveloppant dans des couvertures, mais nous les avons perdus.  Il n’y a que les poules qui peuvent y arriver.

«J’espère vraiment que nous n’aurons plus jamais à revivre ça»

Dans le cadre des efforts visant à rendre le contenu de réduction des risques de catastrophe attrayant et dynamique, certaines écoles développent leurs propres jeux de société à thème.

Dans le cadre des efforts visant à rendre le contenu de réduction des risques de catastrophe attrayant et dynamique, certaines écoles développent leurs propres jeux de société à thème.

À environ deux heures du matin, une fois Matthew passé, nous sommes sortis sur la route.  Nous entendions le bruit de la mer agitée et celui de l’eau de la rivière s’y jetant. Dans la rue, une foule de gens discutaient pour voir ce qu’il fallait faire maintenant.  Nous sommes retournés chez nous et, très sincèrement, je peux vous dire que cette expérience restera toujours en moi.  J’espère vraiment que nous n’aurons plus jamais à revivre ça parce que c’est affreusement triste de voir des dégâts partout, les livres tout mouillés et notre école endommagée.  Le toit et les murs de notre école ont été abîmés, la rivière a atteint un mètre de hauteur, déversant des flots de boue.  Heureusement, les personnes qui s’y étaient abritées étaient saines et sauves, par contre, leurs maisons avaient souffert de gros dégâts car elles sont situées dans la partie basse du village, là où les eaux étaient montées le plus. Les enfants vivant dans cette zone ont perdu tous leurs livres et leurs jeux.

Le lendemain, après une longue nuit sans sommeil pratiquement, nous nous sommes rendus à l’école et avons aidé à nettoyer avec les autres enfants et leurs familles.  Il fallait enlever la boue et brosser les murs.  Nous avons aidé à remettre l’école en état pendant trois jours au cours desquels nous n’avons pas eu classe.  Lorsque nous avons repris l’école, l’ambiance y était différente : beaucoup de nos camarades n’étaient plus les mêmes, ils étaient tristes.  L’emploi du temps et les salles avaient été modifiés, même si on nous a dit que c’était temporaire.  Les jours suivants, nous avons beaucoup joué.

«Chaque nouvelle catastrophe nous apprend à être un peu mieux préparé»

La créativité et la créativité des enseignants pour intégrer le contenu de réduction des risques de catastrophe dans le programme d'études est la clé. Les aides visuelles, les jeux ou les clubs ne sont que quelques-unes des façons d'y parvenir.

La créativité et la créativité des enseignants pour intégrer le contenu de réduction des risques de catastrophe dans le programme d’études est la clé. Les aides visuelles, les jeux ou les clubs ne sont que quelques-unes des façons d’y parvenir.

J’ai pu préserver mes cannes à pêche et mes hameçons, heureusement ma maison est solide.  Mais beaucoup de mes amis ont vu le toit et les fenêtres de leur maison détruits et ont perdu leurs biens les plus précieux.  Tout le monde disait que le plus important c’est que nous soyons tous sains et saufs.  C’est vrai, tous mes amis allaient bien et nous pouvions à nouveau nous voir et parler de ce qui s’était passé : nous avions tous vécu des expériences différentes.  Nous avons vu à la télé qu’en Haïti (à quelques kilomètres à peine de nos côtes) Matthew avait balayé des villes et des villages, et tué de nombreuses personnes, y compris des enfants.  C’est tellement triste et injuste.

Ça fait six mois maintenant et je me rends compte à quel point il est important d’être prêt du mieux qu’on peut et de suivre les recommandations de la défense civile.  On perd toujours quelque chose et on souffre, mais chaque nouvelle catastrophe nous apprend à être un peu mieux préparé et à être plus fort pour la prochaine.

Liam Manuel Morega 11 ans,

de Guantanamo, Cuba

Traduction : Cendrine Strevens

 

 

 

Réponse et prévention : une alliance indispensable dans la lutte contre le choléra

Le nombre de cas suspects de choléra en Haïti a diminué – de plus de 350 000 cas suspects en 2011 à un peu plus de 41 000 en 2016. Chaque cas suspect de choléra déclenche une réponse rapide pour protéger contre la propagation de la maladie. Le but ultime? Eliminer le choléra en Haïti d’ici 2022.

Haïti, département du Sud-Est. La Montagne, février 2017. «Me laver les mains avant de manger et de nourrir le bébé, me laver les mains après avoir fait mes besoins, utiliser des pastilles aquatab pour décontaminer l’eau.»  Madame Desloges, 64 ans, n’a aucun mal à réciter, d’une voix calme et quelque peu monotone, les actions qui la protégeront, elle et sa famille, contre le choléra.

Elle donne l’impression de parfaitement connaître la liste des recommandations à suivre, et pourtant, son mari Emmanuel est tombé malade la veille au soir et emmené au centre de traitement pour diarrhée aiguë de Jacmel, à une heure de route de chez eux, par crainte du choléra. Après avoir reçu une solution de réhydratation par intraveineuse, son état s’est stabilisé et après quelques jours passés au centre, il pourra rentrer chez lui. Le cas d’Emmanuel, comme toute autre suspicion de choléra, a déclenché le mécanisme d’intervention rapide standard mis en place en Haïti en 2013 et mis en pratique dans tout le pays avec des résultats encourageants.

 

Un total de 88 équipes mobiles d’intervention rapide déployées en Haïti

 

La maison fait l’objet d’une inspection ainsi que d’une désinfection au chlore.© Maxence Bradley

«Lorsque nous arrivons dans un endroit, d’abord, nous rendons visite à la famille du patient. Nous interrogeons sa famille, à l’aide d’un questionnaire standard, sur des sujets concernant les pratiques d’hygiène, leur point d’approvisionnement en eau, les déplacements récents du patient et de sa famille, le travail du patient, etc. Notre objectif consiste à identifier la cause de ce cas de choléra aussi rapidement que possible afin d’éviter la propagation de la maladie,» explique René Colon, 32 ans. Il travaille comme agent de sensibilisation auprès de la population au sein de l’équipe d’intervention rapide de Solidarité internationale depuis avril 2014.

À compter de janvier 2017, un total de 88 équipes mobiles d’intervention rapide seront déployées en Haïti. Elles concentreront leur action sur les communes les plus à risque, notamment les endroits touchés par l’ouragan Matthew en octobre 2016. Chaque équipe est composée d’agents appartenant à la fois à des ONG et au gouvernement afin de faciliter la coordination et l’efficacité de leur action. Une fois rempli le questionnaire épidémiologique, René passe le relais à son collègue Renie Fodoas, 35 ans, qui désinfecte systématiquement la maison des patients et ses alentours avec une solution chlorée, éliminant ainsi tout risque de résidus du virus du choléra. Il s’agit là d’une étape essentielle dans le processus de prévention visant à éviter la contagion des autres membres de la famille.

 

Les gens, bien souvent, savent ce qu’il faut faire, pourtant…

UNICEF Haiti - Cholera Rapid Response Team

L’eau destinée à la consommation est testée. Une dose d’antibiotique est prescrite et administrée à chaque membre de la famille. Du savon pour les mains et la toilette, ainsi que du chlore pour un mois et un seau avec couvercle hermétique sont distribués.© Maxence Bradley

L’étape de sensibilisation et de prophylaxie est la dernière de notre visite. Non seulement nous expliquons, mais nous montrons également par quels moyens on peut se protéger du choléra,» déclare Josépha Bellita, 28 ans, la représentante du ministère de la Santé au sein de l’équipe. Les gens, bien souvent, savent ce qu’il faut faire. Pourtant, dès que la menace imminente du choléra est passée, ils reprennent leurs anciennes habitudes, comme d’aller s’approvisionner à des points d’eau non protégés ou de ne pas purifier leur eau,» explique-t-elle en poussant un soupir exaspéré. Après la séance de démonstration, on fournit à la famille du chlore et du savon en quantité suffisante pour un mois, ainsi qu’un seau muni d’un couvercle dans lequel l’eau peut être décontaminée avant consommation. Avant le départ de l’équipe mobile, Josépha administre une dose d’antibiotique à tous les membres de la famille. Le but est de garantir une période d’immunité de 2 semaines afin de stopper la chaîne de transmission.

En appliquant ce protocole à la maison de la famille à laquelle appartient le patient ainsi qu’à celles des autres familles situées dans le proche voisinage, l’équipe d’intervention rapide établit un cordon sanitaire. Comme l’explique Ronnie, « nous cherchons à isoler la bactérie et à protéger les voisins du patient. » Après avoir décontaminé les maisons, il continue à ratisser le village en compagnie de son équipe, à la recherche d’autres cas de diarrhée et de décès suspects.

Dans les zones victimes d’une forte résurgence du choléra, l’équipe mobile revient voir la même famille après leur visite initiale afin de suivre la situation après distribution du kit. L’objectif de cette visite consiste à vérifier que cette famille ainsi que les autres situées à l’intérieur du cordon sanitaire se souviennent des mesures préventives, et qu’elles les appliquent bien.

 

L’action de l’UNICEF, dans le cadre du partenariat national, en vue de vaincre l’épidémie de choléra

Depuis 2010, l’UNICEF apporte son soutien au gouvernement haïtien dans la lutte contre le choléra, y compris en ce qui concerne l’élaboration du Plan national 2013 pour l’Élimination du Choléra. Les progrès réalisés sur le long chemin qui mène à l’élimination du choléra n’auraient pas été possibles sans l’aide constante d’importants donateurs, comme le service de l’UE à l’Aide humanitaire et à la Protection civile (ECHO), ou le solide partenariat avec le gouvernement haïtien, le système des Nations Unies et six partenaires non gouvernementaux.

Au cours de l’année dernière, le nombre de cas suspectés de choléra n’a cessé de diminuer : de plus de 350 000 cas suspects sur toute l’année 2011 (plus de 185 000 au cours des 3 mois d’épidémie de 2010) [1] à un peu plus de 41 000 cas en 2016 [2]. Malgré cette évolution à la baisse, il n’y a pas de place pour la complaisance, beaucoup reste à faire pour protéger les enfants et les familles de La Montagne et du reste d’Haïti afin d’éliminer le choléra d’ici 2022.

Cornelia Walther

[1] UN Cholera Factsheet, August 2016

[2] Source : Bulletin épidémiologique, Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) ; dernières données à la date du 24 déc. 2016

 

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Bébé malnutri, pour Shaina chaque goutte de lait compte

 

Shaina, bébé malnutri de 6 mois  retrouve des forces et le sourire à Port-au-Prince. Voyez comment.

En Haïti, la vie d’un enfant peut basculer très vite.

Lorsque la petite Shaina Antoine est arrivée à la Clinique Communataire de Delmas 75 dans les bras de sa maman, désespérée, la petite souffrait de malnutrition aigüe (extrême maigreur).

Sa mère Ederline (27 ans) n’a pas pu allaiter sa fille autant qu’elle l’aurait souhaité « J’ai connu des difficultés avec l’allaitement maternel, pas assez de lait, et puis plus de lait du tout. J’ai essayé de la nourrir avec du riz bouilli et de la purée de carotte, mais je n’avais pas toujours de l’argent pour une ration quotidienne. Et la petite n’acceptait pas toujours cette nourriture semi-solide » commence-t-elle.

Je ne savais plus comment aider mon bébé malnutri 

 

Au lieu de se développer et de gagner quelques grammes chaque semaine, la petite a donc perdu du poids. « Je ne savais plus comment aider mon bébé malnutri », poursuit-elle.

Se sentant de plus en plus impuissante et inquiète pour sa fille, Ederline  s’est rendue à une consultation de  la clinique communautaire de Delmas 75, clinique soutenue par UNICEF Haïti qui y appuie son partenaire haïtien FONDEFH (Fondation pour le Développement et l’Encadrement de la Famille Haïtienne).

Après un premier examen médical, Shaina a été hospitalisée et  a reçu du lait dit ’’thérapeutique’’ dont la formule répond aux besoins physiologiques et nutritionnels des enfants malnutris.

Vingt jours plus tard, cet enfant de six mois se porte mieux. Elle a repris du poids et pèse maintenant 3 kg. Elle peut s’alimenter normalement et elle recevra bientôt une alimentation semi-solide, pâte d’arachide appelée RUTF -Ready-To-Use Therapeutic Food,  en complément du lait thérapeutique en préparation de son retour à la maison. Sa mère a également reçu des conseils  sur les bonnes pratiques d’alimentation, diversité alimentaire, quantité et fréquence des repas, afin que Shaina ne retombe pas dans la malnutrition de retour à la maison.

Shaina est sur la voie de la guérison

bébé malnutri UNICEF Haïti

Alimentation thérapeutique venant administrée aux enfants souffrant de malnutrition.

Shaina est sur la voie de la guérison. Sa vie a basculé car sa maman a eu un bon réflexe, celui de venir consulter le personnel médical de cette clinique spécialisée en nutrition. Sa vie a basculé aussi car elle a eu une chance : celle d’avoir la possibilité d’être reçue dans une clinique, proche de chez elle, offrant des soins et un suivi gratuit, effectué par du personnel médical qualifié ayant à disposition du matériel médical et des produits d’alimentation thérapeutique adaptés aux traitements des enfants malnutris. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas dans d’autres zones du pays.

Parmi les enfants de moins de 5 ans vivant en Haïti, 22 % souffrent de malnutrition chronique (petite taille par rapport à leur âge) et 5% de malnutrition aiguë (petit poids par rapport à leur taille). Les taux les plus élevés se retrouvent parmi les ménages les plus pauvres (31%) et les mères les moins instruites (34%).

Ces formes de malnutrition sont dues à un ensemble de facteurs notamment, la pauvreté des familles, les épisodes infectieux répétées et les  pratiques alimentaires non adaptées à l’âge et aux besoins des enfants. S’y attaquer nécessite une approche multisectorielle.

L’UNICEF apporte son soutien au Gouvernement haïtien en intensifiant les interventions spécifiques et sensibles en matière de nutrition, axées sur la période de 1 000 premiers jours de vie, période critique pour le développement physique et intellectuel de l’enfant.

 

Julie Harlet

UNICEF Haïti Communication  

Ce que l’UNICEF fera avec l’argent reçu par le Japon

Marc Vincent, Représentant de l’UNICEF en Haïti explique comment UNICEF et ses partenaires locaux et internationaux utilisent et utiliseront le don du Gouvernement Japonais dans la lutte contre le choléra. Il nous éclaire sur le travail des équipes d’intervention rapide et sur leur importance pour éliminer le choléra en Haïti.

Lutte contre le choléra, le Japon octroie 2 615 112 dollars US

Lutte contre le choléra, Port-au-Prince, le 21 février 2017- Le gouvernement du Japon vient d’octroyer un don de 2,615, 112 dollars US équivalent à près de 300 millions de yens japonais. Ce don du peuple japonais rentre dans le cadre du ‘’ Projet de renforcement de la prévention et de la lutte contre le choléra’’. Le Japon continue d’être ainsi l’un des plus grands bailleurs de la lutte contre l’épidémie.

Don Japon Choléra UNICEF Haiti

S.E. Yoshiaki Hatta, Ambassadeur du Japon en Haïti et Marc Vincent , Représentant de l’ UNICEF en Haïti.

L’objectif principal de ce don est de contribuer à réduire la morbidité et la mortalité, liées au choléra, de la population d’Haïti en 2017 et 2018. Les activités s’étendront à travers tout le pays avec un accent sur les départements du Centre, du Nord, de l’Ouest, de la Grand ‘Anse, du Sud, et de l’Artibonite. Elles se feront de concert avec la DINEPA, le MSPP et les ONG partenaires.

Cette généreuse contribution permettra, entre autres : le renforcement de la coordination et de la surveillance épidémiologique au niveau national ; des enquêtes en temps opportun, une réponse rapide dans la communauté et une gestion adéquate des cas dans le département du Centre par les ONG partenaires, en collaboration avec les Directions départementales de la santé ; l’amélioration et l’augmentation de la sensibilisation de l’hygiène liée au choléra.

Le Japon, l’un des plus grands bailleurs de la lutte contre le choléra

L’Ambassadeur du Japon en Haïti, Monsieur Yoshiaki Hatta a expliqué le bien-fondé de cette coopération qui a été décidée suite au constat de la détérioration de la situation sanitaire et hygiène marquée par une résurgence des cas de choléra favorisée par des saisons de pluvieuses ou des catastrophes naturelles et le Japon considère que ce défi est à traiter en collaboration avec le Gouvernement haïtien ainsi qu’avec la communauté internationale. Il a exprimé son appréciation de collaborer avec l’UNICEF qui a de l’expérience dans ce domaine tout en appelant toutes les parties prenantes à renforcer leur collaboration en faveur de la lutte contre le choléra.

Marc Vincent, Représentant de l’UNICEF en Haïti a salué cette généreuse contribution insistant sur l’importance qu’elle aura dans la lutte contre le choléra. « Avec ce don du peuple japonais nous allons renforcer les axes de la lutte contre le choléra en vue de protéger la population haïtienne, particulièrement les enfants. Le Japon est un partenaire de premier plan et nous le remercions pour son support continu », a-t-il dit.

L’épidémie de choléra en Haïti continue d’être la plus grande de l’hémisphère occidental. Plus de 41 000 cas de choléra présumés ont été signalés à travers Haïti en 2016.

Une nouvelle page s’ouvre pour UNICEF en Haïti

Le programme de pays 2017-2021 d’UNICEF Haïti s’appuie sur les progrès déjà accomplis et regarde vers l’avenir. 

© Bradley Maxence

Le 7 février était une journée particulière pour Haïti : Marita Perceval, directrice régionale Amériques et Caraïbes, présentait le nouveau Programme de Pays au conseil d’administration. Une coïncidence symbolique illustrant parfaitement les principes fondamentaux de l’UNICEF basés sur la solidarité et le partenariat avec le pays.

Le nouveau programme de pays est un projet ambitieux qui cherche à tirer profit des progrès réalisés en faveur des enfants au cours des dernières années. Guidée par le principe de résilience, l’équipe de l’UNICEF s’efforce de poursuivre son partenariat avec le gouvernement haïtien, les familles, la société civile, les jeunes et avec ONG internationales et nationales partenaires.

Dans le cadre des objectifs de développement durable des Nations Unies et en appui au plan stratégique pour le développement d’Haïti, le programme de pays vise à travailler au niveau central, mais également sur le terrain, en renforçant les capacités des principaux acteurs. Matérialiser l’aide apportée aux enfants, voilà l’objectif principal.

Matérialiser l’aide apportée aux enfants

Le nouveau programme est centré sur les départements haïtiens particulièrement vulnérables en raison, soit des répercussions de l’ouragan Matthew (octobre 2016/Sud, Grand’Anse), soit de leur fragilité face au choléra. Il contribuera à réduire la mortalité évitable chez les mères, les enfants de moins de cinq ans et les adolescents (en lien avec le VIH, souvent).

Aussi, ce programme permettra de  prévenir et traiter la malnutrition chronique, notamment chez les enfants de moins de deux ans. Il vise  à améliorer les systèmes d’assainissement durable et l’accès à l’eau. Il a pour objectif de renforcer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage dans les écoles, y compris pour les plus démunis qui bénéficieront d’un meilleur accès.

En outre, le programme pays ambitionne de  protéger les enfants de la maltraitance, en particulier  ceux qui résident dans des institutions, avec l’ambition générale de renforcer la résilience des familles vulnérables en leur fournissant un cadre légal et des services sociaux suffisants.

L’équipe de l’UNICEF continuera, dans le cadre général du programme de pays, à répondre à toutes les urgences, nouvelles ou en cours, tout en cherchant à mettre en place des conditions favorables au redressement et au développement durables.

Nous vous invitons à regarder la vidéo résumant l’axe de l’action de l’UNICEF en Haïti : Togetherness

Cornelia Walther

Traduction : Cendrine Strevens.

Seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin

VIDEO: Vue d’ensemble en images sur le travail de l’UNICEF en Haïti. Les enfants expliquent en quoi et comment UNICEF et ses partenaires les ont aidé.