Une longue marche pour éliminer le choléra en plein cœur d’Haïti

Une aide sociale d’Action contre la faim explique à des habitants d’Artibonite comment utiliser les Aquatabs pendant une séance de sensibilisation. (c) UNICEF Haiti/2014/Walther

En 2013, le Gouvernement haïtien s’est engagé à éliminer le choléra d’ici dix ans. Mais il ne s’agit pas d’une tâche facile : actuellement, 250 nouveaux cas sont enregistrés chaque semaine ce qui signifie qu’une personne tombe malade toutes les heures. Les régions touchées par le choléra peuvent être quasiment inaccessibles et par conséquent l’UNICEF et son partenaire sont à pied d’œuvre dans tout le pays pour aider Haïti à parvenir à réaliser son objectif d’élimination de cette maladie.

Un des secteurs qui, en Haïti, reste problématique, est celui d’Artibonite. Je me suis donc récemment rendu là-bas pour apporter de l’aide à l’un de nos partenaires, Action contre la faim (ACF).

À la chasse aux informations

Notre première halte se fait au Centre de traitement du choléra de Verrettes. Au centre, nous nous entretenons avec des patients pour savoir quel est leur secteur d’origine et pour connaître la chaîne possible de contamination. En bref, nous sommes à la recherche des détails qui nous permettront de trouver les endroits où est confinée la maladie.

Munis des informations que nous a données un des patients, nous nous mettons en route pour un petit village.

Notre voiture s’arrête où se termine la route. Nous sommes face à une montagne. Les habitations sont peu nombreuses et seules deux vaches sont en train de paître tranquillement, nous observant, notre groupe étant équipé de tous les outils nécessaires pour décontaminer les maisons, s’occuper des personnes infectées et, bien sûr, traiter l’eau. À partir de cet endroit, seul les gens et les animaux peuvent passer.

Sous le soleil tropical, nous suivons un sentier qui monte dans la montagne. Nous dépassons quelques habitants du secteur ; ils  nous assurent que nous allons bien dans la bonne direction mais le sommet semble hors d’atteinte.

La longue marche vers le village. (c) UNICEF Haiti/2014/Walther

À chaque kilomètre, il devient de plus en plus difficile d’avancer mais notre solidarité est évidente. Nous sommes ici pour mettre fin à une maladie. Nous marchons lentement mais avec le sourire et quelques rires.

Nous tombons sur un vieil homme assis sous un arbre. Il nous dit que nous sommes proches du village et que, oui, il y a un problème de choléra. Lui et sa famille ont tous été touchés par le choléra quelques semaines plus tôt. Nous passons un virage et j’aperçois un petit village accroché au flanc de la montagne. Encore seulement une centaine de mètres à faire et finalement, nous voilà arrivés.

Il nous a fallu trois heures pour parvenir à pied au village. Il se trouve à plus de cinq heures du dispensaire.

Jerome Kouachi en train de tester la javellisation du matériel permettant de se laver les mains, au Centre de traitement du choléra. (c) UNICEF Haiti/2014/Walther

Prise de mesures au niveau de la communauté

L’équipe se divise. Une partie va dans le village pour trouver la maison du patient avec qui nous avons parlé à Verrettes. Pour créer un cordon sanitaire, la maison devra être décontaminée ainsi que les maisons adjacentes.

Pendant ce temps, les habitants du village se sont rassemblés. Un autre membre de l’équipe mène une opération de sensibilisation pour donner des informations aux habitants sur le choléra et distribue des Aquatabs (pour désinfecter l’eau afin qu’elle soit propre à la consommation), des sels de réhydratation par voie orale (à donner aux personnes qui sont atteintes de diarrhée sévère, spécialement les enfants) et du savon (pour se laver les mains une mesure préventive importante).

Au bout d’une heure environ, notre travail est achevé. Nous laissons des stocks de matériel aux habitants du village pour faire en sorte que la communauté puisse faire rapidement face à une réapparition possible de la maladie.

Et commence ensuite le long périple pour le retour.

Par

Jerome Kouachi est un expert chargé de la lutte contre le choléra auprès d’UNICEF Haiti.

Source: linkis.com

Une communauté d’Haïti s’efforce de protéger ses sources d’eau et d’améliorer l’assainissement

La Journée mondiale de l’eau a lieu chaque année le 22 mars pour attirer l’attention de la communauté internationale sur l’importance de l’eau douce et d’une gestion sur le long terme des ressources en eau douce. Le thème de cette année est la “coopération pour l’eau”.

Ici, les membres d’une petite communauté d’Haïti travaillent ensemble pour que tout le monde ait accès à de l’eau salubre.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Haiti/2013/Dormino
Un enfant se lave les mains à une fontaine construite par l’ONG haïtienne Concert-Action en collaboration avec la communauté locale et grâce au financement de l’UNICEF à Petit Bourg du Borgne. Petit Bourg du Borgne est un village isolé dans le département du Nord, une région montagneuse d’Haïti.

 
PETIT BOURG DU BORGNE, Haïti, 21 mars 2013 – Celianne Jean et sa petite fille de 5 ans, Wislaine, avaient l’habitude de se joindre aux autres membres de la communauté tous les jours à la source d’eau locale. Les villageois positionnaient leurs seaux pour recueillir l’eau de la source, de l’eau qui coulait sur une feuille que quelqu’un avait placée soigneusement pour recueillir et canaliser ce filet d’eau non protégée qui coulait de la montagne.

«Nous avions beaucoup de problèmes avec l’eau, explique Mme Jean, le choléra a frappé la région, et nous buvions l’eau d’où qu’elle vienne sans la traiter. Les gens tombaient malades. »

Le stress hydrique du pays

Haïti est considéré comme un pays souffrant de stress hydrique. Seulement 64,5 pour cent de sa population a accès à de l’eau potable.

Petit Bourg du Borgne, le village de Mme Jean, est niché dans les montagnes du département du Nord en Haïti. La plupart des gens de la région dépendent de sources telles que les ruisseaux, les rivières et les sources souterraines pour l’ensemble de leurs besoins quotidiens en eau.

Ces sources sont exposées à de nombreux polluants et bactéries préjudiciables à la santé car les gens les traversent à pied et en véhicule et les utilisent pour se laver, laver leurs vêtements, faire boire leurs animaux, et toute une série d’autres usages.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Haiti/2013/Dormino
Celianne Jean verse de l’eau traitée sur les mains de sa fille après qu’elle soit allée aux toilettes. La communauté a construit plusieurs de ces latrines après que les habitant eurent suivi une formation sur les bonnes pratiques en matière d’hygiène et sur l’importance de la construction et de l’utilisation de latrines pour prévenir la contamination des eaux.

«La présence de matière fécale dans l’eau est l’une des principales causes de la contamination des sources d’eau en Haïti », explique Jean-Marie Joinvil, gestionnaire de programme pour l’ONG Concert-Action.

Systèmes d’eau salubre
Concert-Action est une organisation locale qui, de concert avec l’UNICEF, construit des systèmes d’eau salubre à Petit Bourg Borgne. Les deux principales composantes de l’initiative sont : la sensibilisation des communautés aux questions d’’hygiène de l’eau et d’assainissement, et le développement des systèmes d’eau.

Cela va ensemble, affirme M. Joinvil : « Pour avoir accès à de l’eau potable de bonne qualité, la communauté doit éliminer le besoin de déféquer à l’air libre et cesser de boire de l’eau des sources non protégées. »

Pour cette raison, l’initiative offre une formation à la communauté sur la façon de construire des latrines. En outre, les mobilisateurs de la communauté sont formés pour poursuivre les campagnes de sensibilisation et aider à changer les comportements. Les membres de la communauté se réunissent chaque mois et chaque famille contribue à un fonds pour les réparations futures des systèmes d’eau et la construction de latrines familiales.

Des activités sous l’égide de la communauté

« La création de latrines familiales et l’entretien des systèmes d’eau est une activité placée sous l’égide  de la communauté », dit M. Joinvil.

« Nous sommes allés un peu partout dans les environs pour sensibiliser tout le monde à ces problèmes, dit Mme Jean. J’ai participé à la construction de nombreuses latrines. Nous nous sommes réunis et, mus par notre propre énergie, nous avons construit 20 latrines en trois mois et mis en place des systèmes de lavage des mains pour que les gens ne rentrent pas chez eux les mains pleines de microbes.»

Image de l'UNICEF
© UNICEF Haiti/2013/Dormino
Un homme travaille sur une canalisation d’eau pour protéger une source d’eau et faciliter l’accès des villageois à de l’eau salubre. Pour bâtir ces structures d’alimentation en eau, les membres de la communauté feront une chaîne.

Une chaîne de travailleurs

L’UNICEF fournit un soutien financier à Concert-Action pour localiser les sources d’eau de la région et les protéger de la pollution. « Nous le faisons en installant des systèmes de fontaine d’eau qui apportent l’eau tout près de là où habite la communauté de sorte que les gens n’ont pas besoin d’aller loin pour s’approvisionner en eau à des sources peu sûres, comme les rivières », déclare Rony Bayard, Spécialiste à l’UNICEF- Haïti de l’eau et de l’assainissement.

Jusqu’à présent, 25 systèmes d’eau ont été mis en œuvre dans trois communautés rurales du département du Nord. Maintenant que presque toutes les familles de sa communauté ont une latrine familiale qui peut empêcher les microbes de circuler facilement, Mme Jean participe à la construction du nouveau réseau de canalisations. Sa contribution consiste à passer au crible  un tas de pierres et d’en sélectionner les meilleures pour la construction de la structure.

L’ensemble du processus de construction de la structure implique plusieurs membres de la communauté dans la création d’une chaîne, dont elle est un maillon. Ensemble, ils construisent une structure pour canaliser la source d’eau qui protégera leurs vies.

Par Michelle Marion

Source : www.unicef.org

Stratégie choléra youtube

 

 

Stratégie Choléra de UNICEF Haïti: Coordination, Réponse, Prévention Mars 2014.

Source: www.youtube.com

Les mesures prises contre le choléra en Haïti

Le 21 février, l’Unicef lance son Action humanitaire pour les enfants 2014 (Humanitarian Action for Children, HAC 2014). Cet appel mondial recense l’ensemble des besoins identifiés chez les personnes vivant dans des conditions difficiles, qu’il s’agisse de situations d’urgence à grande échelle, dont tous les médias de la planète se font l’écho, ou de crises qui, pour être moins visibles, n’en sont pas moins urgentes au vu des dangers qu’elles représentent pour la vie et le bien-être des enfants et des femmes.

L’Action humanitaire pour les enfants 2014 se donne pour objectif d’apporter une aide vitale à 85 millions de personnes, dont 59 millions d’enfants. D’un montant total de 2,2 milliards de dollars, reflétant l’aggravation des conséquences liées aux catastrophes et aux situations d’urgence sur les enfants à travers le monde, c’est l’appel humanitaire le plus important jamais réalisé par l’UNICEF.

10 mois à peine s’étaient écoulés depuis le tremblement de terre dévastateur qui avait secoué la capitale du pays en janvier 2010, qu’Haïti était confrontée à une grave épidémie de choléra responsable d’un millier de nouveaux cas quotidiens et affectant plus de 600 000 personnes. La réponse aux besoins humanitaires continue à mesure que le pays se relève de la destruction et de l’épidémie.

Au cours de l’année écoulée, le département du Sud, en Haïti, a vu le nombre de cas de choléra baisser de façon spectaculaire. A qui et à quoi peut-on attribuer ce succès ?

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© UNICEF Haiti/2013/Fanfan Devant la maison d’un patient suspecté de choléra, dans le département du Sud, en Haïti, Exile Sylveus junior explique à la foule rassemblée l’importance d’utiliser de l’eau traitée

 

PORT-AU-PRINCE, Haïti, le 27 décembre 2013. – Le centre de traitement du Choléra de Camp Perrin héberge un jeune patient suspecté de choléra. Exile Sylveus Junior et son équipe se précipitent sur les lieux, aux Cayes, au sud de Port-au-Prince.

Exile est le chef d’une équipe d’intervention d’urgence auprès de l’Agence d’Aide à la Coopération Technique et au Développement (ACTED). Il lutte contre le choléra pour le compte de cette organisation depuis trois ans, dans différents endroits d’Haïti. Il fait partie des responsables chargés de répondre aux alertes choléra dans le département du Sud.

Un effort coordonné

ACTED est l’un des partenaires clés de l’Unicef dans la mise en œuvre de la stratégie de soutien au Plan national d’élimination du choléra du gouvernement haïtien. L’organisation appartient à un réseau d’ONG créé par l’Unicef en vue de lutter contre le choléra. La mise en place de ce réseau permet une meilleure coordination de toutes les parties prenantes et, par ricochet, entraîne une réponse plus rapide et des activités de préventions plus étendues.

Selon la coordinatrice en charge du choléra auprès de l’Unicef, Claudia Evers, « les acteurs clés actuellement impliqués dans la lutte contre le choléra – et ils ne se limitent pas à ceux soutenus par l’Unicef – coordonnent leurs actions, communiquent et partagent les responsabilités. »

La population mérite qu’on lui consacre tous nos efforts », a-t-elle ajoutée. « Nous sommes sur la bonne voie. »

Une stratégie reposant sur trois piliers

Samuel Beaulieu, responsable du programme ACTED pour la partie sud d’Haïti, précise que la lutte contre le choléra repose sur trois piliers : la surveillance épidémiologique, les enquêtes et une réponse rapide.

Grâce à la surveillance en place, les interventions peuvent se concentrer sur des zones où le choléra persiste. Nous disposons de trois équipes mobiles qui peuvent être envoyées sur le terrain à tout moment lorsqu’une alerte a été lancée. ACTED organise des activités de sensibilisation dans les écoles, sur les marchés et dans les églises ainsi que par le biais d’associations locales. Concrètement, ACTED et la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA) ont mené 135 campagnes de sensibilisation auprès de 68 000 personnes à travers le département du Sud.

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Exile et son équipe décontaminent la maison du patient dans ses moindres recoins. Apporter une réponse rapide et coordonnée fait partie des efforts mis en œuvre par Haïti afin d’éliminer la maladie une fois pour toute. © UNICEF Haiti/2013/Fanfan

 

Selon Samuel, ce sont des actions de ce type, menées par les partenaires présents sur le terrain, qui ont rendu possible une baisse spectaculaire des cas de choléra – 71,5% au cours de l’année passée – dans le département du Sud. « Il ne faut cependant pas oublier le facteur climatique, » ajoute-t-il. « La saison des pluies a été beaucoup plus tardive. »

L’intervention d’Exile

A Camp-Perrin, Exile réussit à persuader la tante du patient, âgé de 16 ans, de ne pas l’emmener à Port-au-Prince, distante d’environ quatre heures. Il ne survivra pas au voyage, explique Exile.

Puis, Exile et son équipe se rendent à la maison du patient, à La Roche aux Ponts. La maison se trouve dans une zone éloignée, au fond d’une vallée verte, seulement accessible aux véhicules tout-terrain. Il a plu pendant la nuit et la progression est difficile.

L’équipe d’Exile est composée d’agents communautaires et de techniciens en eau potable et en assainissement qui travaillent pour la DINEPA

Un crieur avertit les familles locales qu’un important message va être communiqué. Un rassemblement commence à se former autour de la maison du patient. 40 personnes sont déjà réunies et d’autres continuent à arriver. Exile commence à parler au milieu du silence que seuls les cris perçants des oiseaux nichant dans les arbres dérangent. Les gens rassemblés sont informés de l’importance d’utiliser de l’eau traitée et apprennent à préparer le sérum oral.

Ensuite, Exile et son équipe repartent.

Pas le temps de dormir

Le réseau des partenaires ONG, telles qu’ACTED, est essentiel pour soutenir la lutte contre le choléra entreprise par le gouvernement haïtien. Le défi qui attend Haïti au cours des prochains mois consistera à profiter de la saison sèche, pendant laquelle le nombre de cas est réduit. Ces conditions favorables devraient permettre de mettre en place des mesures de prévention.

En attendant, Exile et son équipe sont fin prêts et occupés. « Au-delà de l’aspect professionnel, » confie-t-il, « la partie la plus importante de mon travail, c’est le côté humain. Il me permet de me rapprocher de la population. »

Et de continuer : « Lorsque des vies sont sauvées, on a l’impression d’être utile à la communauté. On n’a pas le temps de dormir. On doit être prêt à intervenir à tout moment. Lorsque survient une alerte, il faut se rendre sur les lieux le plus tôt possible pour empêcher la propagation de la maladie »

Par Jean Panel Fanfan

Source: www.unicef.org