Les mesures prises contre le choléra en Haïti

Le 21 février, l’Unicef lance son Action humanitaire pour les enfants 2014 (Humanitarian Action for Children, HAC 2014). Cet appel mondial recense l’ensemble des besoins identifiés chez les personnes vivant dans des conditions difficiles, qu’il s’agisse de situations d’urgence à grande échelle, dont tous les médias de la planète se font l’écho, ou de crises qui, pour être moins visibles, n’en sont pas moins urgentes au vu des dangers qu’elles représentent pour la vie et le bien-être des enfants et des femmes.

L’Action humanitaire pour les enfants 2014 se donne pour objectif d’apporter une aide vitale à 85 millions de personnes, dont 59 millions d’enfants. D’un montant total de 2,2 milliards de dollars, reflétant l’aggravation des conséquences liées aux catastrophes et aux situations d’urgence sur les enfants à travers le monde, c’est l’appel humanitaire le plus important jamais réalisé par l’UNICEF.

10 mois à peine s’étaient écoulés depuis le tremblement de terre dévastateur qui avait secoué la capitale du pays en janvier 2010, qu’Haïti était confrontée à une grave épidémie de choléra responsable d’un millier de nouveaux cas quotidiens et affectant plus de 600 000 personnes. La réponse aux besoins humanitaires continue à mesure que le pays se relève de la destruction et de l’épidémie.

Au cours de l’année écoulée, le département du Sud, en Haïti, a vu le nombre de cas de choléra baisser de façon spectaculaire. A qui et à quoi peut-on attribuer ce succès ?

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© UNICEF Haiti/2013/Fanfan Devant la maison d’un patient suspecté de choléra, dans le département du Sud, en Haïti, Exile Sylveus junior explique à la foule rassemblée l’importance d’utiliser de l’eau traitée

 

PORT-AU-PRINCE, Haïti, le 27 décembre 2013. – Le centre de traitement du Choléra de Camp Perrin héberge un jeune patient suspecté de choléra. Exile Sylveus Junior et son équipe se précipitent sur les lieux, aux Cayes, au sud de Port-au-Prince.

Exile est le chef d’une équipe d’intervention d’urgence auprès de l’Agence d’Aide à la Coopération Technique et au Développement (ACTED). Il lutte contre le choléra pour le compte de cette organisation depuis trois ans, dans différents endroits d’Haïti. Il fait partie des responsables chargés de répondre aux alertes choléra dans le département du Sud.

Un effort coordonné

ACTED est l’un des partenaires clés de l’Unicef dans la mise en œuvre de la stratégie de soutien au Plan national d’élimination du choléra du gouvernement haïtien. L’organisation appartient à un réseau d’ONG créé par l’Unicef en vue de lutter contre le choléra. La mise en place de ce réseau permet une meilleure coordination de toutes les parties prenantes et, par ricochet, entraîne une réponse plus rapide et des activités de préventions plus étendues.

Selon la coordinatrice en charge du choléra auprès de l’Unicef, Claudia Evers, « les acteurs clés actuellement impliqués dans la lutte contre le choléra – et ils ne se limitent pas à ceux soutenus par l’Unicef – coordonnent leurs actions, communiquent et partagent les responsabilités. »

La population mérite qu’on lui consacre tous nos efforts », a-t-elle ajoutée. « Nous sommes sur la bonne voie. »

Une stratégie reposant sur trois piliers

Samuel Beaulieu, responsable du programme ACTED pour la partie sud d’Haïti, précise que la lutte contre le choléra repose sur trois piliers : la surveillance épidémiologique, les enquêtes et une réponse rapide.

Grâce à la surveillance en place, les interventions peuvent se concentrer sur des zones où le choléra persiste. Nous disposons de trois équipes mobiles qui peuvent être envoyées sur le terrain à tout moment lorsqu’une alerte a été lancée. ACTED organise des activités de sensibilisation dans les écoles, sur les marchés et dans les églises ainsi que par le biais d’associations locales. Concrètement, ACTED et la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA) ont mené 135 campagnes de sensibilisation auprès de 68 000 personnes à travers le département du Sud.

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Exile et son équipe décontaminent la maison du patient dans ses moindres recoins. Apporter une réponse rapide et coordonnée fait partie des efforts mis en œuvre par Haïti afin d’éliminer la maladie une fois pour toute. © UNICEF Haiti/2013/Fanfan

 

Selon Samuel, ce sont des actions de ce type, menées par les partenaires présents sur le terrain, qui ont rendu possible une baisse spectaculaire des cas de choléra – 71,5% au cours de l’année passée – dans le département du Sud. « Il ne faut cependant pas oublier le facteur climatique, » ajoute-t-il. « La saison des pluies a été beaucoup plus tardive. »

L’intervention d’Exile

A Camp-Perrin, Exile réussit à persuader la tante du patient, âgé de 16 ans, de ne pas l’emmener à Port-au-Prince, distante d’environ quatre heures. Il ne survivra pas au voyage, explique Exile.

Puis, Exile et son équipe se rendent à la maison du patient, à La Roche aux Ponts. La maison se trouve dans une zone éloignée, au fond d’une vallée verte, seulement accessible aux véhicules tout-terrain. Il a plu pendant la nuit et la progression est difficile.

L’équipe d’Exile est composée d’agents communautaires et de techniciens en eau potable et en assainissement qui travaillent pour la DINEPA

Un crieur avertit les familles locales qu’un important message va être communiqué. Un rassemblement commence à se former autour de la maison du patient. 40 personnes sont déjà réunies et d’autres continuent à arriver. Exile commence à parler au milieu du silence que seuls les cris perçants des oiseaux nichant dans les arbres dérangent. Les gens rassemblés sont informés de l’importance d’utiliser de l’eau traitée et apprennent à préparer le sérum oral.

Ensuite, Exile et son équipe repartent.

Pas le temps de dormir

Le réseau des partenaires ONG, telles qu’ACTED, est essentiel pour soutenir la lutte contre le choléra entreprise par le gouvernement haïtien. Le défi qui attend Haïti au cours des prochains mois consistera à profiter de la saison sèche, pendant laquelle le nombre de cas est réduit. Ces conditions favorables devraient permettre de mettre en place des mesures de prévention.

En attendant, Exile et son équipe sont fin prêts et occupés. « Au-delà de l’aspect professionnel, » confie-t-il, « la partie la plus importante de mon travail, c’est le côté humain. Il me permet de me rapprocher de la population. »

Et de continuer : « Lorsque des vies sont sauvées, on a l’impression d’être utile à la communauté. On n’a pas le temps de dormir. On doit être prêt à intervenir à tout moment. Lorsque survient une alerte, il faut se rendre sur les lieux le plus tôt possible pour empêcher la propagation de la maladie »

Par Jean Panel Fanfan

Source: www.unicef.org