Six mois plus tard : l’ouragan Matthew a bouleversé la vie de 1,1 million d’enfants en Haïti

Haïti, Les Cayes, 26 avril 2017 – Le 4 octobre 2016, Matthew, un ouragan de catégorie 4, a frappé Haïti. Depuis, les enfants des départements les plus touchés par l’ouragan, la Grand’Anse et le Sud, vivent dans une situation de douleur et de destruction que personne ne devrait avoir à supporter. Nombre d’entre eux ont assisté à la destruction de leurs maisons et de leurs écoles, et comme leurs familles ont perdu tout moyen de subsistance, la faim et la maladie s’invitent régulièrement chez eux. Pourtant, une lueur d’espoir a éclairé leur chemin : le courage de leurs parents et des personnes qui étaient là pour les aider.

UNICEF PORT SALUT Wilson et Bradley avec leur futur jardin

Wilson et Bradley avec leur futur jardin

Sous la direction du gouvernement haïtien, l’UNICEF et ses partenaires sont engagés dans une course contre la montre depuis le début de la catastrophe pour fournir aux familles de l’eau propre et rétablir, peu à peu, l’accès à l’éducation, aux services de santé et de protection. L’ouragan Matthew a rendu 2,7 millions de personnes tributaires d’une assistance : autant que l’ensemble de la population jamaïcaine ![1] La tâche est titanesque. Les donateurs du monde entier se sont empressés d’apporter une aide rapide et généreuse à l’urgence ; Malheureusement, au vu des énormes besoins et de la longue liste des crises qui touchent la planète, notamment en Syrie, au Sud-Soudan, au Yémen et dans tant d’autres pays, les contributions n’ont pas tardé à diminuer.

Au début du mois d’avril, six mois après le passage de Matthew, je suis retournée dans certains des endroits les plus durement touchés. L’espoir et la tristesse, la colère et la curiosité m’envahissent alors que je constate ce qui a ou n’a pas changé.

 

« Tous les enfants devraient avoir suffisamment à manger, recevoir une protection et tout le reste »

Matthew a détruit les jardins et le bétail de plusieurs milliers de familles. Alors que les conséquences réelles de la perte de 70 à 90 % des récoltes commencent à se faire sentir, on s’attend à une augmentation du taux de malnutrition au cours des prochains mois. Depuis le passage de l’ouragan Matthew, 80 000 enfants ont fait l’objet d’un dépistage de la malnutrition dans les départements du Sud et de la Grand’Anse ; les enfants diagnostiqués ont reçu des aliments thérapeutiques dans les centres de traitement financés par l’UNICEF. « Tous les enfants devraient avoir suffisamment à manger, recevoir une protection et tout le reste », déclare Rosemène, 17 ans, une habitante de Léon, communauté de la Grand’Anse durement touchée par Matthew. « Pourtant, ce n’est pas le cas. »

UNICEF MATTHEW Palmiers détruits par Matthew

Palmiers détruits par Matthew

Dans un contexte d’urgence, les enfants sont encore plus vulnérables aux maladies que dans des conditions normales. Pour les protéger, l’UNICEF a organisé des campagnes de vaccination à grande échelle contre le choléra, la rougeole et la rubéole, maladies les plus fréquentes et mortelles. Des cliniques médicales mobiles ont réalisé plus de 80 000 consultations, à la fois dans les zones où les installations étaient trop endommagées pour fournir des services aux habitants et dans celles éloignées et difficiles d’accès. Cependant, l’urgence immédiate est maintenant passée et ces cliniques ont fermé ; les familles dépendent à nouveau des centres de santé locaux, où soins et médicaments sont payants alors que beaucoup d’entre elles n’ont pas d’argent. L’UNICEF se trouve dans une situation rendue encore plus compliquée en raison des dégâts subis par l’unité d’entreposage réfrigérée des vaccins lors de l’ouragan : cet entrepôt desservait les deux départements et n’a pas encore été remplacé.

Selon une étude menée aux Cayes par l’ONG Acted, 60 % des personnes vivant dans les zones touchées utilisent encore un puits pour s’approvisionner en eau destinée à la consommation ; 35 % disposent de robinets privés. À la suite d’une catastrophe, l’eau propre est essentielle à la prévention des épidémies, notamment du choléra. Depuis l’ouragan, l’UNICEF et ses partenaires ont permis à 400 000 personnes d’avoir accès à de l’eau potable tous les jours. Avec l’amélioration de la situation globale, le nombre de réservoirs d’eau traditionnels et souples a été réduit et les efforts se concentrent désormais sur les régions éloignées qui continuent de souffrir d’un accès limité à l’eau potable. « Nous avons besoin d’aide dans tous les endroits du pays, » déclare Chansina, 14 ans, une habitante de Roseaux, dans le département de la Grand’Anse.

90 000 enfants ont dû interrompre l’école en raison  de l’ouragan

Depuis l’ouragan, l’UNICEF a augmenté le nombre d’équipes d’intervention rapide de choléra de 46 à 88 à l’échelle nationale. Selon le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), au cours des dix premières semaines de l’année 2017, environ 3 585 cas suspects de choléra ont été signalés, contre plus de 9 400 pour la même période en 2016, ce qui indique des progrès significatifs vers l’objectif d’élimination du choléra en Haïti.  Cependant, bien que le nombre de cas suspects de choléra dans le Sud et la Grand’Anse soit passé de 49 %, en octobre 2016, à 4 %, en mars 2017, le risque posé par l’épidémie reste bien réel. Pour l’éliminer, l’UNICEF et ses partenaires allient une augmentation des équipes d’intervention rapide à une surveillance épidémiologique et à une vaccination ciblée dans les zones à haut risque.

Selon les estimations, 490 000 enfants ont dû interrompre l’école en raison des répercussions de l’ouragan. Avec ses partenaires, l’UNICEF a rendu possible la remise en état de 75 écoles et permis à plus de 20 000 écoliers de reprendre l’école ; la remise en état de 34 écoles supplémentaires est en cours et celle de 65 autres est prévue. Des centaines de salles de classe ont été équipées de pupitres et tableaux noirs. Cependant, sur les 150 000 enfants ciblés par le secteur de l’éducation, plus de 100 000 n’ont toujours pas la possibilité d’accéder au système éducatif aujourd’hui. « J’aurais vraiment aimé pouvoir aider les gens de ma communauté, leur apporter ce dont ils ont besoin, mais je n’en ai pas les moyens. Un enfant a besoin de recevoir une éducation, » déclare Isma, 17 ans, originaire de Marcfranc, dans le département de Grand’Anse.

« Quand on essaie de parler, les adultes nous disent de nous taire parce qu’on est des enfants, »

La situation créée par Matthew a augmenté le risque de violence, d’exploitation et d’abus pour environ 125 000 enfants. Aujourd’hui, malgré les progrès en cours, plus de 7 000 personnes vivent encore dans des logements provisoires. « Quand on essaie de parler, les adultes nous disent de nous taire parce qu’on est des enfants, » explique Rodley, 12 ans, originaire de Jérémie, département de la Grand’Anse. 6 000 mineurs non accompagnés ou séparés de leurs familles ont été accueillis dans des structures provisoires et ont bénéficié d’une aide au regroupement familial, alors que 4 600 parents ont reçu l’assistance de travailleurs sociaux afin d’éviter l’éclatement des familles. Près de 9 000 enfants ont eu accès à des activités de loisir et de soutien psychosocial dans des espaces amis des enfants. Par manque de ressources et de perspectives, les familles choisissent souvent d’envoyer leurs enfants chez des parents plus aisés, ou même chez des étrangers, afin qu’ils y travaillent comme domestiques, dans l’espoir qu’ils puissent gagner leur vie et aller à l’école. Déjà avant le passage de l’ouragan, la pauvreté et le manque de services sociaux de base poussaient de nombreuses familles à emprunter cette voie (d’après les estimations, un enfant sur cinq ne vit avec ses parents biologiques en Haïti) et l’ouragan a aggravé cette sombre réalité…

Un quartier de Coteaux 

Un quartier de Coteaux

Des améliorations bien réelles sont perceptibles, mais il reste tant de défis à relever. Près de 700 000 hommes, femmes et enfants ont bénéficié d’au moins une des interventions de l’UNICEF au cours des six derniers mois. Un résultat qui pourrait inspirer, sinon de la fierté, du moins une satisfaction ; oui, mais voilà, ces chiffres semblent bien dérisoires face à l’immensité des besoins persistants.

Avant Matthew, certaines familles survivaient avec 2 $ par jour, achetant et vendant des produits de base ou cultivant leurs terres. Aujourd’hui, elles se débrouillent grâce à l’aide de leurs amis ou de leur famille et vivent au jour le jour, dans la plus grande précarité.

 

Chacun d’entre nous, à son niveau, peut apporter sa contribution

« Je n’ai jamais été sans travail, mais j’espérais mieux réussir pour pouvoir offrir une vie meilleure à mon fils. Je voulais qu’il devienne médecin », me raconte Nelsi Kechni, 26 ans, qui vit avec sa femme Luma, 24 ans, à Arnique, à environ 20 minutes de route des Cayes. Leur fils est né un mois après que l’ouragan Matthew a emporté leur maison. Ils ont trouvé refuge chez un voisin. C’est toujours là qu’ils vivent aujourd’hui, logés sous le même toit que 20 autres personnes qui ont également tout perdu. Tout le monde apporte sa contribution, agriculteurs ou conducteurs de taxi, et quand il y a de la nourriture, tout le monde en profite. À Port-Salut, je m’entretiens avec Wildel Pierre, 65 ans. Après la destruction de sa maison par l’ouragan, lui et ses quatre enfants et quatre petits-enfants ont trouvé refuge dans le quartier. Comme ses terres ont été ravagées et ses animaux tués, aujourd’hui il survit de la charité de ses amis et d’un homme politique local. « C’est terminé, maintenant », dit-il tristement. À ses petits-enfants, Wilson et Bradley, 5 et 6 ans respectivement, reste l’espoir du jeu. Entre les décombres de leur maison, ils ont commencé à planter. « Je veux un grand jardin avec beaucoup d’arbres », explique Bradley.

Les histoires comme celles de Wildel et Nelsi ou de Wilson et Bradley, se perdent dans la masse, telles les grains de sable qui recouvrent cette magnifique côte dont l’absurde beauté tranche avec la souffrance quotidienne. Elles illustrent la nécessité vitale de s’engager à long terme dans le développement. Aujourd’hui, pour répondre aux besoins, il faut investir dans les infrastructures et l’agriculture, et donner accès à des services sociaux durables. Pour y parvenir, l’engagement de tout un chacun est nécessaire. Il appartient au gouvernement haïtien, épaulé par les familles haïtiennes, de trouver une solution à ce problème. Chacun d’entre nous, à son niveau, peut apporter sa contribution pour concrétiser cet objectif.

Cornelia Walther, Chef Communication UNICEF Haïti

Traduction : Cendrine Strevens

[1] 2,81 millions – Source : http://www.worldometers.info/world-populatioan/population-by-country/

 

5 questions avec Schola en Haïti

Scholastica Madowo, la Présidente de l’Association Globale du Personnel de l’UNICEF s’est rendue en Haïti du 11 avril au 13 avril. Nous avons profité de l’occasion pour lui poser quelques questions à la fin de sa visite.

UNICEF HAITI: Schola, c’est la première fois que vous vous rendez en Haïti. Que pensez-vous de votre visite de trois jours dans le pays?

Schola: C’est ma première fois en Haïti. Avant cela, la seule expérience que j’avais était celles des images que j’avais vues sur la destruction du pays … Depuis que je suis  ici,  je vois que c’est un pays qui se débrouille bien malgré cette destruction. Je vois que les Haïtiens sont très résilients.

UNICEF HAITI: Y a-t-il un moment qui vous a particulièrement marquée lors de vos rencontres et réunions avec le personnel d’UNICEF Haïti et  dont vous souhaitez parler aujourd’hui?

Schola: Ces trois jours ont été très intenses. J’ai rencontré autant de personnes que mon agenda l’a permis. Si je dois choisir un moment en particulier, je pense à ce matin. Nous étions en réunion et l’assistante de programme allaitait son bébé dans la salle de conférence. La réunion se déroulait sans problème. C’est formidable de  voir cela à l’UNICEF. Comme il est agréable pour cet enfant de grandir dans cet environnement! Et qui sait, il pourrait être le prochain Tony Lake ?

«Quand il y a beaucoup de mains, la charge n’est pas lourde»

UNICEF HAITI: Un proverbe haïtien que nous aimons particulièrement ici au bureau souligne l’importance de travailler main dans la main avec nos partenaires, avec le gouvernement et avec l’ensemble du bureau de l’UNICEF. Il dit  « Men anpil, chaj pa lou» qui pourrait être traduit par «Quand il y a beaucoup de mains, la charge n’est pas lourde». Schola, vous avez 21 ans d’expérience professionnelle avec l’UNICEF dans le bureau de pays du Kenya ainsi que dans le bureau régional de l’Afrique orientale et australe. Est-ce que ce proverbe vous parle ?

 UNICEF Haiti/2017/JulieHarlet Schola rencontre l’équipe de chauffeurs du bureau de l’UNICEF en Haïti

UNICEF Haiti/2017/JulieHarlet
Schola rencontre l’équipe de chauffeurs du bureau de l’UNICEF en Haïti

Schola: Nous avons le même proverbe dans mon pays. Il est très vrai. À l’UNICEF aussi, ce proverbe est juste. Chaque bureau de pays a des objectifs et des résultats pour le pays. Tous ces résultats pour les pays sont mis ensemble pour les résultats régionaux. Même si nous ne le voyons pas, chaque action, même celle qui semble la plus petite, a sa place dans la chaîne de résultats. Chaque action faite ici aux Cayes ou à Jérémie contribue aux résultats du pays, aux résultats régionaux et devient une partie des résultats globaux de l’UNICEF. Nous ne le voyions peut-être pas, mais nous devons nous rappeler que ces grands résultats de l’UNICEF viennent de toutes ces personnes dans le monde qui travaillent ensemble.

 

«Un enfant est un trésor»

UNICEF HAITI: Un autre proverbe haïtien que nous aimons particulièrement citer est «timoun se richès», qui pourrait être traduit par «un enfant est un trésor». En tant que Président de l’Association Globale du Personnel de l’UNICEF, avez- vous un commentaire?

Schola: Encore une fois, ce proverbe dit vrai. Les enfants sont notre héritage. Tout ce que vous chérissez  et dont vous prenez bien soin peut devenir de l’or. Les enfants sont la ressource la plus importante au monde. Nous devons prendre soin de tous les enfants du monde car ils sont notre meilleur espoir pour l’avenir.

Nous étions des enfants autrefois. Nous sommes ici aujourd’hui parce que quelqu’un a pris soin de nous, quelqu’un s’est assuré que nous avions assez de nourriture,  nous a emmené à l’école, quelqu’un  s’est préoccupé de notre bien-être. Maintenant, nous sommes en mesure de changer le monde et de construire une société meilleure. Nous sommes en mesure de prendre soin des enfants et de leur assurer de bonnes conditions pour prospérer. Si nous voulons un Haïti meilleur, alors nous devons prendre soin des enfants.

Siéger à l’Association Globale du Personnel a élargi mon point de vue. Désormais, je  vois chaque membre du personnel comme l’un de mes enfants. Ma mission est d’écouter et de prendre soin de tous.

«Derrière les montagnes, il y a d’autres montagnes»

UNICEF HAITI: Dernière question et dernière occasion de vous proposer l’un de nos proverbes haïtiens, « dèyè mòn gen mòn» ou « derrière les montagnes, il y a d’autres montagnes», qui fait référence à la succession de défis que nous rencontrons dans la vie. Dès que l’un est résolu, un autre apparaît. Il y a toujours un nouveau défi. Cela vous inspire-t-il dans votre travail quotidien en tant que présidente de l’Association Globale du Personnel ? Si oui, pouvez-vous nous dire comment?

 UNICEF Haiti//MarcVincent GSA Chair Schola Madowo 2017with Haiti Staff Association Chair Fabienne Bertrand

UNICEF Haiti//MarcVincent
GSA Chair Schola Madowo 2017with Haiti Staff Association Chair Fabienne Bertrand

Schola: En fait, oui! Pour moi, s’il n’y a pas de défis, il n’y a pas de valeur ajoutée. Les challenges ne finiront pas, ils se succèderont. Dans mon travail, j’en suis satisfaite car s’il n’y a plus de challenges,  je n’ai pas de travail.

D’après mon expérience, à  l’UNICEF, les défis ne cessent jamais parce que nous avons des objectifs, des cibles et que nous planifions beaucoup d’activités. Dès qu’un objectif est atteint, c’est un autre que nous visons et que nous devons atteindre. Le monde bouge, change et évolue. Notre vie et notre travail aussi.

Une fois assis à nos bureaux, nous devons pouvoir trouver une satisfaction dans ce que nous devons faire dans l’instant présent et éviter de vivre dans le passé. Une fois que quelque chose est atteint, passons aux autres choses. À l’Association Globale du Personnel, je fais de mon mieux chaque jour. Quand je réponds à tous mes e-mails, je suis satisfaite, mais je sais que cette boîte de réception sera à nouveau remplie le lendemain et j’apprécie cela.

J’ai beaucoup apprécié entendre parler de l’initiative « Poze » que le bureau de pays d’Haïti est en train de tester et développer  pour aider les membres du  personnel à faire face au stress dans leur vie en construisant leur Pleine Conscience, leur motivation et leur bien-être. La Pleine Conscience  n’est pas seulement un excellent moyen d’apprécier le moment présent, c’est aussi un moyen de travailler sur l’intention. Il est bon de prendre un moment pour reconnaître que vous avez fait du bon travail (même si personne ne vous le dit). Il est bon de reconnaître que vous faites un excellent travail. Il est bon de prendre le temps de vous remercier et d’apprécier votre travail et vos résultats. Ce moment d’appréciation peut vous aider à apprécier encore plus le prochain défi, cette prochaine «montagne» qui vous attend.

Propos recueillis par  Julie Harlet,

Officier  de Communication UNICEF Haïti

Antine Legrand raconte le parcours qui l’a menée de la RDC jusqu’en Haïti

En 2014, Antine Legrand a participé au sixième groupe de l’initiative de promotion des nouveaux talents (NETI) en tant que responsable du suivi et de l’évaluation, à Kinshasa. Après obtention du diplôme délivré par ce programme, Antine a commencé à travailler comme responsable de la planification, du suivi et de l’évaluation en Haïti, où elle continue à développer ses compétences et à en apprendre toujours plus sur elle-même, sur l’UNICEF et le remarquable travail dont cette organisation est capable, même soumise à une forte pression.

Son histoire reflète celle de nombreux participants NETI et de collègues de l’UNICEF : elle raconte la volonté d’apprendre, encore et toujours, et de développer ses compétences ainsi que de s’engager pleinement dans la défense des droits de chaque enfant.  

 

Quelles sont les raisons à l’origine de votre carrière à l’UNICEF ?

M’engager pour la cause des enfants dans le monde entier, particulièrement en situation d’urgence. L’image très positive que j’avais de l’UNICEF a également joué. Avant de rejoindre l’UNICEF, j’étais spécialiste de l’éducation pour une banque internationale de développement et je travaillais en étroite collaboration avec mes confrères de l’UNICEF. Il s’agissait de personnes intelligentes et gaies, entièrement dévouées à leur travail.

 

Qu’est-ce qui vous a incité à suivre le programme NETI ?

Un ami, qui faisait partie du deuxième groupe, m’a raconté son expérience. Il a adoré le programme, de bout en bout, et me l’a très bien vendu ! J’avoue que NETI n’était pas le seul programme ciblant de jeunes professionnels pour lequel j’avais postulé, atteignant un stade assez avancé du processus de sélection.  Mais, pour celui-là seulement, je savais réellement comment ça se passait de l’intérieur et c’était l’une des candidatures pour laquelle j’éprouvais le plus d’enthousiasme.

À mon avis, ce programme comporte d’énormes avantages, tels que l’accompagnement personnalisé et le mentorat, la prise de responsabilités et l’expérience directe ainsi que la réputation de l’initiative NETI au sein de l’organisation. Mais c’est une épée à double tranchant : les attentes sont élevées et vos résultats devront être à la hauteur. Le programme NETI est un très bon moyen de développer ses compétences à la fois professionnelles et personnelles.

 

UNICEF Antine ( à droite ) et des collègues du NETI

Antine ( à droite ) et des collègues du NETI © Gabriel Vockel, UNICEF/DRC, 2015

Quel rôle le programme NETI a-t-il joué dans votre progression de carrière ?

L’initiative NETI m’a aidé à la fois pendant et après le programme. Pendant, le programme m’a aidé à me repérer bien plus facilement dans mon nouveau poste et mon nouvel environnement, c’est évident. D’abord, les étudiants NETI bénéficient d’un accompagnement et puis leur seule appartenance à ce programme leur assure un soutien.

 

Je pense également qu’on est perçu différemment par la direction quand on porte l’étiquette NETI. Je travaillais dans un très grand bureau de pays, et faire partie d’un groupe NETI m’a permis de sortir du lot. Après le programme, j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour un poste de classe P-4 presque immédiatement après la fin de mon affectation dans le cadre du NETI. Le programme a été un réel accélérateur de carrière, je suis passée d’un poste NETI de classe P-2 à mon poste actuel, de classe P-4, en seulement deux ans : je crois que c’est assez rare.

 

Qu’est-ce que vous avez le plus apprécié dans le programme NETI ?

Tout d’abord, la phase d’orientation à New York et le sentiment d’appartenir à un groupe, ce qui permet de se faire des amis pour la vie en l’espace de trois semaines, d’avoir un réseau vers lequel se tourner lorsque des problèmes surgissent au travail, de garder le contact et s’entraider. Tous les trimestres, environ, nous organisons une session Skype qui couvre 3 continents. La communication est difficile parce que tout le monde est tellement excité de parler, mais c’est amusant !
Ensuite vient l’accompagnement. Moi, j’ai trouvé que c’était très utile, et ça l’est toujours. Je ne l’aurais jamais fait de moi-même en raison du coût et parce que je pensais que ça ne me plairait pas de parler à un étranger de mes problèmes professionnels. Mais j’ai trouvé ça très intéressant. Ça m’a encouragé à réfléchir et à apprendre à développer un esprit critique. Je ne sais pas trop quelle aurait été mon expérience sans, mais j’ai l’impression que ça m’a beaucoup aidé.

 

Quel est le souvenir qui vous a le plus marqué au cours du programme NETI ?

La phase d’orientation de trois semaines et demie, à New York, pendant laquelle j’ai appris à connaître les talentueux participants au programme, à apprendre de nouveaux concepts et à passer quelques nuits blanches. Je suis passée par toutes sortes d’émotions, de l’excitation à l’anxiété. Pendant que nous nous préparions à être déployés, nous avons rencontré la haute direction et noué des relations solides avec toutes les personnes appartenant au programme NETI : collègues, étudiants et équipe. Dans le même temps, nous devions également nous rendre dans divers endroits pour nous faire vacciner et obtenir des visas. Cette période de transition s’est révélée intense, stimulante, éducative et enrichissante. Ce sont des moments de vie que j’apprécie vraiment. Ils sont rares et précieux !
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un intéressé par le programme NETI ?

Posez votre candidature. Ne soyez pas effrayés par l’énormité du nombre de candidats qui se présentent : des milliers pour seulement 15 à 20 places. Ça vaut la peine d’essayer.

 

Quel conseil souhaiteriez-vous donner aux participants en train de construire leur carrière ?

Ils n’ont pas besoin de conseils ! Tous ceux que je connais sont parfaitement capables de mener à bien leur projet. Ce sont des gens intelligents, proactifs, rationnels et engagés ; c’est pourquoi je suis très fière d’en faire partie et espère pouvoir en rencontrer davantage au cours de ma carrière à l’UNICEF.

En quoi consistaient vos responsabilités quotidiennes dans le cadre de votre affectation NETI ?

J’occupais un poste de chargé de suivi et évaluation dans le Bureau de pays en République démocratique du Congo (RDC). Cela signifie que je travaillais à la planification et au suivi des programmes, à la définition des indicateurs, à l’amélioration des méthodes de recueil des données et de communication des résultats. C’est loin d’être facile en RDC où les données sont soit inexistantes, partielles ou souvent peu fiables. Mais c’est également très intéressant : la RDC fait la taille de l’Europe occidentale et c’est l’un des plus grands bureaux de pays de l’UNICEF au monde. On y trouve plusieurs niveaux d’organisation à travers les différents bureaux desservant Kinshasa, les zones, les provinces, ainsi que des antennes sous-provinciales. Comme vous pouvez l’imaginer, cela complique singulièrement le travail des planificateurs et des personnes chargées du suivi des résultats.
Ma tâche quotidienne consistait à m’occuper de feuilles de calcul Excel, mais aussi à me rendre dans des centres de santé et à assister à la remise de sacs à dos de l’UNICEF aux enfants en prévision de l’année scolaire. Les occasions d’échanger avec les bureaux extérieurs, de renforcer les capacités et de soutenir le travail de l’UNICEF ne manquaient pas. Je garde de très bons souvenirs des moments passés avec mes collègues dans l’est du Congo. Les missions sur le terrain et le travail avec les partenaires sont des expériences très intéressantes et même passionnantes. À ce titre, le suivi et l’évaluation jouent un rôle très important dans l’amélioration des méthodes de travail de l’UNICEF.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
J’occupe le poste de responsable de la planification, du suivi et de l’évaluation en Haïti depuis un peu plus de six mois maintenant. Je suis arrivé alors que le nouveau programme de pays sur 5 ans était en cours de définition. Quelques mois plus tard, nous devions tous faire face à une situation d’urgence majeure suite au passage de l’ouragan Matthew. J’ai donc beaucoup appris sur les capacités de l’organisation à produire des résultats lorsque la situation l’exige.
J’en apprends un peu plus tous les jours sur mes propres capacités à réaliser des tâches que je n’aurais jamais pensé faire, sur la façon de diriger une équipe, sur les participants NETI venus pour soutenir le Bureau de pays d’Haïti après le passage de l’ouragan, sur le dévouement de mes collègues et sur l’incroyable chance qui m’est donnée de travailler avec eux.  Mon avenir consistera à faire de mon mieux pour apporter mon soutien à l’action de l’UNICEF dans ce pays, à mes collègues et à nos partenaires.

UNICEF via ICON

Traduction : Cendrine Strevens

Il reste encore des défis à relever 6 mois après l’ouragan Matthew

Six mois après le passage de l’ouragan Matthew, un cyclone de catégorie 4 qui représente la plus grave crise humanitaire depuis le tremblement de terre de 2010 en Haïti, la population, notamment dans la Grand’Anse et le Sud, a encore de grands besoins, en dépit d’une grande mobilisation des acteurs humanitaires sur le terrain, dès les premiers jours.

Rodley,12 ans, originaire de Jérémie

Rodley,12 ans, originaire de Jérémie

A travers le pays, on estime à 1 100 000 enfants et 1 600 000 adultes ayant besoin d’assistance humanitaire. Beaucoup d’entre entre eux peinent encore à se relever des effets du cyclone.

Dans le cadre de sa réponse humanitaire post-Matthew, qui se base sur le principe de la redevabilité envers les communautés, l’UNICEF a organisé début avril, une consultation avec les jeunes dans la Grand’Anse, afin d’avoir leur point de vue sur la réponse. Il s’agit d’un dialogue qui se poursuivra au courant des prochaines semaines dans les deux départements les plus touchés. Les voix des jeunes confirment que beaucoup reste encore à faire afin de permettre aux familles et aux enfants d’avoir de meilleures conditions de vie. Selon les dernières évaluations effectuées dans le Sud et la Grand’Anse :

 

Protection : 125 000 enfants ont besoin de protection contre la violence, l’exploitation et les abus depuis le passage de l’ouragan Matthew. « Quand nous essayons de parler, les adultes nous demandent de nous taire parce que nous sommes des enfants », explique Rodley, originaire de Jérémie. Selon l’Organisation de la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA), plus de 175 000 personnes ont été contraintes de se déplacer dans des abris temporaires.

Isma, 17 ans, originaire de Marfranc.

Isma, 17 ans, originaire de Marfranc.

Education : On estime à plus de 490 000, le nombre d’enfants dont la scolarité a été interrompue à cause de l’impact de l’ouragan. « J’aurais vraiment aimé aider les gens de ma communauté, leur apporter ce qu’il manque, mais je ne peux pas. Aider les enfants dans le domaine de l’éducation est aussi un objectif », explique Isma, 17 ans, originaire de Marfranc.

 

Eau et assainissement : Selon une enquête de l’ONG Acted pour les Cayes, 60 pour cent des personnes continuent à puiser leur eau de boisson dans des puits et 35 pour cent dans des robinets privés. « Nous avons besoin d’aide et ceci dans tous les domaines », rappelle Chansina, 14 ans, qui vit à Roseaux.

 

« Les gens ont commencé à replanter leur jardin, à réparer les maisons, mais il nous faut encore de l’aide dans certains domaines  »

Rosemène, 17 ans, vivant à Léon, une localité de la Grand’Anse durement touchée par Matthew.

Rosemène, 17 ans, vivant à Léon, une localité de la Grand’Anse durement touchée par Matthew.

Nutrition : Les taux de malnutrition devraient augmenter dans les prochains mois, car les effets réels de la perte déclarée de 70 à 90 pour cent des cultures, dans les zones touchées, commencent à se faire sentir. « Cette rencontre m’a permis de comprendre comment les enfants sont sensés vivre quand on considère leurs droits. Ils doivent pouvoir trouver assez de nourriture, être protégés et bien d’autres choses encore », rappelle Rosemène, 17 ans, vivant à Léon, une localité de la Grand’Anse durement touchée par Matthew.

« Les gens ont commencé à replanter leur jardin, à réparer les maisons, mais il nous faut encore de l’aide dans certains domaines, car il y a beaucoup de personnes qui n’ont rien reçu et ils attendent encore », explique Blaise, 17 ans, originaire de Marfranc.

 

Marc Vincent, Représentant de l’UNICEF en Haïti, a insisté sur les efforts qui doivent être entrepris afin de garder une certaine continuité dans la réponse. « Il est vital de fournir une assistance aux personnes touchées, en particulier aux enfants, qui sont toujours les plus vulnérables. L’UNICEF travaille main dans la main avec le Gouvernement, les partenaires et les communautés afin de relever ce défi et d’aider les personnes victimes à pouvoir reprendre leur vie d’avant la catastrophe. Il faut redoubler nos efforts afin de permettre aux plus vulnérables d’avoir accès à des conditions de vie décente. J’en profite pour saluer la résilience des familles haïtiennes », a-t-il indiqué.

 

Chansina, 14 ans, qui vit à Roseaux

Chansina, 14 ans, qui vit à Roseaux

De concert avec les partenaires, l’UNICEF a pu faciliter la réhabilitation de 75 écoles permettant à plus de 20 000 écoliers de reprendre les activités scolaires ; la réhabilitation de 34 autres écoles est cours et celle de 65 autres est planifiée.

Plus de 400 000 personnes ont eu accès à de l’eau potable depuis le passage de Matthew ; plus de 9 000 enfants ont bénéficié des activités psychosociales dans les Espaces Amis des Enfants.

Depuis l’ouragan, l’UNICEF a augmenté le nombre d’équipes de réponse rapide du choléra de 46 à l’échelle nationale à 88.

Selon le Ministère de la Santé publique et des Populations (MSPP) au cours des 10 semaines écoulées depuis le 1er janvier 2017, environ 3 585 cas suspects de choléra ont été signalés, comparativement à plus de 9 400 pour la même période de 2016, ce qui montre des progrès continus vers l’objectif d’élimination du choléra en Haïti.

Plus de 80 000 personnes ont bénéficié de consultations par le biais de cliniques médicales mobiles que l’UNICEF avec le MSPP a mis en place pour répondre le service aux familles, alors que les installations de santé étaient en cours de réparation.

Les activités de nutrition, avec la détection des enfants malnutris et le soin à leur égard ont démarrées rapidement et se poursuivent aujourd’hui. Le rétablissement de la chaine de froid est en cours.

UNICEF HAITI

Histoire d’une flambée de choléra à Léogane

Phénide Ange Beaussejour, spécialiste Urgences chez UNICEF Haïti nous raconte comment une famille à Gressier a été contaminée par le choléra. Par cet extrait brut venu du terrain, notre collègues Phénide  illustre toute la complexité de la lutte contre le choléra en Haïti.

Depuis le Samedi 25 Mars,  le CTDA (Centre de Traitement de la Diarrhée Aigüe) de Gressier accuse une hausse brusque des cas suspects de cholera. En tout, 32 cas ont été enregistrés du Samedi 25 au Mardi 28 au matin, dont un décès communautaire.

La grande  majorité des patients proviennent de la zone de Fond des Boudins, située à Sainte Etienne dans la commune de Léogane. Beaucoup parmi les patients sont des membres d’une même famille vivant dans un espace géographique appelé en créole « lakou ». Le cas index[1] est Dieuseul,[2] un homme âgé de 70 ans. Il reporte avoir commencé à présenter des symptômes dans la nuit du Vendredi 24 Mars. Ce même jour il a participé à un « kombit » (un rassemblement volontaire de paysans qui s’entraident pour effectuer une tou plusieurs tâches) avec 6 personnes de la zone et tous auraient partagé de la nourriture et mangé du pain acheté d’un marchand ambulant à moto. Quatre des personnes qui ont pris part au « kombit »  sont tombées malades dans les 24 -48 heures.

Le jour de l’hospitalisation de Dieuseul, le Samedi 25 Mars, sa fille Marie[3] et son bébé âgé de six mois commencent eux aussi à présenter des symptômes et sont transportés le jour même au CTDA de Gressier. Cependant, Marie refuse de garder son enfant au CTDA de peur qu’il ne soit « infecté » et le renvoie chez une cousine de 16 ans, enceinte,  qui vit dans le même « lakou ».

Pendant que Marie reçoit les soins au CTDA, l’état de l’enfant se dégrade. Le Lundi matin la cousine le transporte d’urgence au centre de santé de Sainte Etienne, mais l’infirmière sur place est incapable de le prendre en charge faute d’intrants. L’enfant décède sur le chemin du retour et est enterré le jour même dans un trou creusé dans l’arrière cour de Marie, sa mère. Cette dernière est encore hospitalisée à Gressier et n’est pas encore au courant du décès de son bébé.

Aujourd’hui encore,  des enfants et des bébés continuent de mourir d’une maladie évitable 

 Tombeau improvisé du bébé de Marie

Tombeau improvisé du bébé de Marie

Des zones reculées, des travaux paysans en groupe, des marchands ambulants qui vendent des produits d’une hygiène douteuse, des personnes qui consomment de l’eau d’une source non protégée, des centres de santé démunis.

Cette triste histoire reflète toute la complexité de la lutte contre le choléra en Haïti et  nous montre qu’aujourd’hui encore, malheureusement, des enfants et des bébés continuent de mourir d’une maladie évitable.

En plus de son travail avec les équipes d’interventions rapides, UNICEF s’assurent appuie des Unités Mobiles de la Direction de la Promotion de la Santé et de la Protection de l’Environnement (DPSPE) du Ministère de la Santé Publique et de la Population afin que des messages clés soient inclus dans les sessions de sensibilisation.

Dans le cas de Gressier, ces messages se focalisent   sur « les pratiques funéraires en cas de décès suite à des diarrhées», sur  « l’importance de recevoir des soins dans un Centre de Traitement de Diarrhée Aigue jusqu’à guérison complète» mais aussi sur le fait que  « les CTDA ne représentent pas un risque pour les enfants ».

Phénide Ange Beaussejour,

Spécialiste Urgences

UNICEF Haïti

 

[1] Cas index : ou patient zéro, est utilisé pour désigner la première personne d’une épidémie à avoir été contaminée par un agent pathogène.

[2] Le nom du patient a été changé pour des soucis de confidentialité

[3] Le nom de la patiente a été changé pour des soucis de confidentialité

Sur la côte sud, de petits rien pour s’accrocher ?

Elisabeth Augustin, Officier de Communication Point focal Genre / Adolescents au bureau de l’UNICEF en Haïti est de retour de mission dans le département de la Grand ’Anse. Six mois après le passage de Matthew sur l’ile, c’est la première fois qu’Elisabeth partait dans cette zone très affectée par l’ouragan. Elle partage avec nous son ressenti.

Coteaux et ses habitants

Coteaux et ses habitants

Visiter la côte sud 6 mois après le passage de l’Ouragan Matthew ne peut laisser l’idéaliste que je suis, indifférente. Ma frustration avait, jusqu’ici, été grande car la nature de mon travail n’avait pas encore justifié ma présence dans les régions dévastées. Seuls les photographies aériennes, les rapports officiels et les témoignages de collègues contribuaient à alimenter mon imagination sur l’ampleur de la catastrophe.

Notre majestueuse côte sud est ravagée et sa population erre encore, se contentant de petits riens qui la ramènent très lentement vers une certaine normalité. Les hôtels éventrés, les cimetières de cocotiers çà et là et les toits encore recouverts de plastique, n’empêchent cependant pas certains habitants de se réinstaller à même les plages, que l’on s’imagine avoir reçu des vagues de plus de 8 mètres… Sans doute à l’affut d’un regain de vie ou encore se disant que le Bon Dieu ne permettra pas qu’un monstre similaire à Matthew revienne cette année.

Alors qu’est-ce qui permet à cette population de se reconstruire ?

Reconstruction à Coteaux

Reconstruction à Coteaux

Plus on se rapproche des régions où est passé l’œil du cyclone et plus on sent la destruction. Nous n’avons pas dépassé Port-à-Piment, délicieuse petite ville ; néanmoins morte avec le toit de la cathédrale en lambeau, le marché se contentant d’exposer de timides petits lots de denrées et des rues désertes, au point que même les familles endimanchées ne sont pas visibles en plein Dimanche.

Alors qu’est-ce qui permet à cette population de se reconstruire ? Comme ce jeune agriculteur de vingt-six ans vivant avec 19 autres personnes dans la maisonnette d’un parent ? Ou ce veuf sextagénaire qui ne peut plus vaquer à ses occupations à cause d’une douleur au genou ? Ou encore cette jeune femme qui a vécu l’enfer de la nuit du 3 au 4 octobre 2016 avec son ventre de huitième mois de grossesse ? Est-ce le paysage insaisissable de la superbe côte, les bananeraies qui renaissent gentiment ? Ou simplement le sourire édenté et insouciant des bébés, avides d’espoir ?

Le bord de plage de Port-Salut

Le bord de plage de Port-Salut

Les enfants de la côte sud n’oublieront pas de sitôt les affreux grondements du vent et de la mer de cette nuit noire. Les cocotiers effeuillés et tordus les forcent à comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais rêve. Avec un peu de chance, leur innocence sera préservée par la nature luxuriante qui les entoure ; cette même nature qui a frappé mais qui semble être la seule chose qui permettra à la région de renaître de ses cendres.

Elisabeth Augustin

Officier de Communication, 

Point focal Genre / Adolescents

UNICEF Haïti

 

L’ouragan Matthew vu par Liam 11 ans de Cuba

Six mois après  Matthew,  Liam Manuel, 11 ans, nous livre son récit sur le passage de l’ouragan  à Cuba.

Les filles d'une école secondaire de Tercer Frente, Santiago de Cuba, expliquent leur procédure d'évacuation.

Les filles d’une école secondaire de Tercer Frente, Santiago de Cuba, expliquent leur procédure d’évacuation.

Je vais vous raconter comment notre village, Yateritas (San Antonio del Sur), à Guantanamo, a vécu le passage de l’ouragan Matthew. Une fois averti, tout le village a suivi de près les bulletins météo et lorsque nous avons appris la possibilité du passage de l’ouragan chez nous, nous nous sommes mis à adopter les mesures indispensables à la protection des vies humaines et des biens matériels.    Une semaine avant la date prévue de son arrivée, nous, les enfants, avons également aidé à mettre les choses à l’abri.      Nous avons aidé nos familles et nos voisins à protéger la vaisselle, les vêtements, les chaussures ; nous étions aussi affairés que des abeilles, enchaînant les allers-retours.    J’ai rangé dans un endroit sûr mes cannes à pêche et mes hameçons : j’adore pêcher et je ne voulais pas les perdre.    Ma mère a également remisé toutes nos possessions et elle nous a tous aidés ; elle s’est également occupée de protéger les papiers importants.    Nous avons aidé ma sœur, alors enceinte de six mois, a mettre en lieu sûr les affaires du bébé.

«Nous avons accueilli 25 personnes chez moi»

Un garçon d'une école rurale à Santiago de Cuba passe par les différents risques dans sa communauté, représenté dans un modèle fait avec ses camarades de classe.

Un garçon d’une école rurale à Santiago de Cuba passe par les différents risques dans sa communauté, représenté dans un modèle fait avec ses camarades de classe.

Durant ces quelques jours, j’ai accompagné ma mère, qui est la directrice de mon école, lors de ses déplacements chez les familles du village visant à identifier celles qui ne seraient pas en mesure de résister à l’ouragan.  Ma mère est membre du Conseil de Défense et il lui appartient de fournir une assistance préalable à sa communauté.  Ma mère a indiqué à ces familles l’endroit où elles devraient trouver refuge et leur a offert d’utiliser l’école pour mettre leurs affaires à l’abri : le labo de physique-chimie s’est transformé en espace de rangement pour toutes sortes de choses !

Nous avons accueilli 25 personnes chez moi, y compris des personnes âgées, des enfants et des femmes enceintes. La Défense civile a désigné ma maison comme centre d’évacuation.  Tous ces gens ont commencé à arriver chez nous à partir du 4 octobre de bonne heure.  Nous nous connaissions et nous entraidions tous : c’était comme une grande famille.  Tout au long de la journée, nous les avons aidés à ranger leurs affaires chez nous : des sacs de vêtements, des télés, etc. Mon voisin Carlos et moi-même, nous avons fait ce que nous avons pu pour aider.  Nous avions fait des réserves d’eau potable en prévision pour que personne n’en manque.  Nous avons préparé à manger pour tout le monde, comme dans un refuge.

«Cette nuit-là, j’ai cru que c’était la fin du monde»

Les enfants d'âge préscolaire apprennent également les mesures de réduction des risques de catastrophe, par le biais du contenu des programmes.

Les enfants d’âge préscolaire apprennent également les mesures de réduction des risques de catastrophe, par le biais du contenu des programmes.

Cette nuit-là, des vents forts et la pluie sont arrivés sur nous, j’ai cru que c’était la fin du monde.  À minuit, l’eau de la rivière coulait sous nos yeux, dans l’arrière-cour. J’étais terrifié.  Quelques heures plus tard, la tempête s’est calmée et certaines personnes installées dans notre maison sont rentrées chez elles en voyant que Matthew était apparemment parti.   Mais, à environ une heure du matin, l’eau s’est mise à monter à nouveau, la situation était épouvantable.  Nous nous sommes dépêchés de secourir une nouvelle fois les animaux.  Nous n’avons pu sauver que six des sept chiots de ma chienne Blanquita. Nous avons également essayé de conserver au chaud les œufs de poules en les enveloppant dans des couvertures, mais nous les avons perdus.  Il n’y a que les poules qui peuvent y arriver.

«J’espère vraiment que nous n’aurons plus jamais à revivre ça»

Dans le cadre des efforts visant à rendre le contenu de réduction des risques de catastrophe attrayant et dynamique, certaines écoles développent leurs propres jeux de société à thème.

Dans le cadre des efforts visant à rendre le contenu de réduction des risques de catastrophe attrayant et dynamique, certaines écoles développent leurs propres jeux de société à thème.

À environ deux heures du matin, une fois Matthew passé, nous sommes sortis sur la route.  Nous entendions le bruit de la mer agitée et celui de l’eau de la rivière s’y jetant. Dans la rue, une foule de gens discutaient pour voir ce qu’il fallait faire maintenant.  Nous sommes retournés chez nous et, très sincèrement, je peux vous dire que cette expérience restera toujours en moi.  J’espère vraiment que nous n’aurons plus jamais à revivre ça parce que c’est affreusement triste de voir des dégâts partout, les livres tout mouillés et notre école endommagée.  Le toit et les murs de notre école ont été abîmés, la rivière a atteint un mètre de hauteur, déversant des flots de boue.  Heureusement, les personnes qui s’y étaient abritées étaient saines et sauves, par contre, leurs maisons avaient souffert de gros dégâts car elles sont situées dans la partie basse du village, là où les eaux étaient montées le plus. Les enfants vivant dans cette zone ont perdu tous leurs livres et leurs jeux.

Le lendemain, après une longue nuit sans sommeil pratiquement, nous nous sommes rendus à l’école et avons aidé à nettoyer avec les autres enfants et leurs familles.  Il fallait enlever la boue et brosser les murs.  Nous avons aidé à remettre l’école en état pendant trois jours au cours desquels nous n’avons pas eu classe.  Lorsque nous avons repris l’école, l’ambiance y était différente : beaucoup de nos camarades n’étaient plus les mêmes, ils étaient tristes.  L’emploi du temps et les salles avaient été modifiés, même si on nous a dit que c’était temporaire.  Les jours suivants, nous avons beaucoup joué.

«Chaque nouvelle catastrophe nous apprend à être un peu mieux préparé»

La créativité et la créativité des enseignants pour intégrer le contenu de réduction des risques de catastrophe dans le programme d'études est la clé. Les aides visuelles, les jeux ou les clubs ne sont que quelques-unes des façons d'y parvenir.

La créativité et la créativité des enseignants pour intégrer le contenu de réduction des risques de catastrophe dans le programme d’études est la clé. Les aides visuelles, les jeux ou les clubs ne sont que quelques-unes des façons d’y parvenir.

J’ai pu préserver mes cannes à pêche et mes hameçons, heureusement ma maison est solide.  Mais beaucoup de mes amis ont vu le toit et les fenêtres de leur maison détruits et ont perdu leurs biens les plus précieux.  Tout le monde disait que le plus important c’est que nous soyons tous sains et saufs.  C’est vrai, tous mes amis allaient bien et nous pouvions à nouveau nous voir et parler de ce qui s’était passé : nous avions tous vécu des expériences différentes.  Nous avons vu à la télé qu’en Haïti (à quelques kilomètres à peine de nos côtes) Matthew avait balayé des villes et des villages, et tué de nombreuses personnes, y compris des enfants.  C’est tellement triste et injuste.

Ça fait six mois maintenant et je me rends compte à quel point il est important d’être prêt du mieux qu’on peut et de suivre les recommandations de la défense civile.  On perd toujours quelque chose et on souffre, mais chaque nouvelle catastrophe nous apprend à être un peu mieux préparé et à être plus fort pour la prochaine.

Liam Manuel Morega 11 ans,

de Guantanamo, Cuba

Traduction : Cendrine Strevens

 

 

 

Réponse et prévention : une alliance indispensable dans la lutte contre le choléra

Le nombre de cas suspects de choléra en Haïti a diminué – de plus de 350 000 cas suspects en 2011 à un peu plus de 41 000 en 2016. Chaque cas suspect de choléra déclenche une réponse rapide pour protéger contre la propagation de la maladie. Le but ultime? Eliminer le choléra en Haïti d’ici 2022.

Haïti, département du Sud-Est. La Montagne, février 2017. «Me laver les mains avant de manger et de nourrir le bébé, me laver les mains après avoir fait mes besoins, utiliser des pastilles aquatab pour décontaminer l’eau.»  Madame Desloges, 64 ans, n’a aucun mal à réciter, d’une voix calme et quelque peu monotone, les actions qui la protégeront, elle et sa famille, contre le choléra.

Elle donne l’impression de parfaitement connaître la liste des recommandations à suivre, et pourtant, son mari Emmanuel est tombé malade la veille au soir et emmené au centre de traitement pour diarrhée aiguë de Jacmel, à une heure de route de chez eux, par crainte du choléra. Après avoir reçu une solution de réhydratation par intraveineuse, son état s’est stabilisé et après quelques jours passés au centre, il pourra rentrer chez lui. Le cas d’Emmanuel, comme toute autre suspicion de choléra, a déclenché le mécanisme d’intervention rapide standard mis en place en Haïti en 2013 et mis en pratique dans tout le pays avec des résultats encourageants.

 

Un total de 88 équipes mobiles d’intervention rapide déployées en Haïti

 

La maison fait l’objet d’une inspection ainsi que d’une désinfection au chlore.© Maxence Bradley

«Lorsque nous arrivons dans un endroit, d’abord, nous rendons visite à la famille du patient. Nous interrogeons sa famille, à l’aide d’un questionnaire standard, sur des sujets concernant les pratiques d’hygiène, leur point d’approvisionnement en eau, les déplacements récents du patient et de sa famille, le travail du patient, etc. Notre objectif consiste à identifier la cause de ce cas de choléra aussi rapidement que possible afin d’éviter la propagation de la maladie,» explique René Colon, 32 ans. Il travaille comme agent de sensibilisation auprès de la population au sein de l’équipe d’intervention rapide de Solidarité internationale depuis avril 2014.

À compter de janvier 2017, un total de 88 équipes mobiles d’intervention rapide seront déployées en Haïti. Elles concentreront leur action sur les communes les plus à risque, notamment les endroits touchés par l’ouragan Matthew en octobre 2016. Chaque équipe est composée d’agents appartenant à la fois à des ONG et au gouvernement afin de faciliter la coordination et l’efficacité de leur action. Une fois rempli le questionnaire épidémiologique, René passe le relais à son collègue Renie Fodoas, 35 ans, qui désinfecte systématiquement la maison des patients et ses alentours avec une solution chlorée, éliminant ainsi tout risque de résidus du virus du choléra. Il s’agit là d’une étape essentielle dans le processus de prévention visant à éviter la contagion des autres membres de la famille.

 

Les gens, bien souvent, savent ce qu’il faut faire, pourtant…

UNICEF Haiti - Cholera Rapid Response Team

L’eau destinée à la consommation est testée. Une dose d’antibiotique est prescrite et administrée à chaque membre de la famille. Du savon pour les mains et la toilette, ainsi que du chlore pour un mois et un seau avec couvercle hermétique sont distribués.© Maxence Bradley

L’étape de sensibilisation et de prophylaxie est la dernière de notre visite. Non seulement nous expliquons, mais nous montrons également par quels moyens on peut se protéger du choléra,» déclare Josépha Bellita, 28 ans, la représentante du ministère de la Santé au sein de l’équipe. Les gens, bien souvent, savent ce qu’il faut faire. Pourtant, dès que la menace imminente du choléra est passée, ils reprennent leurs anciennes habitudes, comme d’aller s’approvisionner à des points d’eau non protégés ou de ne pas purifier leur eau,» explique-t-elle en poussant un soupir exaspéré. Après la séance de démonstration, on fournit à la famille du chlore et du savon en quantité suffisante pour un mois, ainsi qu’un seau muni d’un couvercle dans lequel l’eau peut être décontaminée avant consommation. Avant le départ de l’équipe mobile, Josépha administre une dose d’antibiotique à tous les membres de la famille. Le but est de garantir une période d’immunité de 2 semaines afin de stopper la chaîne de transmission.

En appliquant ce protocole à la maison de la famille à laquelle appartient le patient ainsi qu’à celles des autres familles situées dans le proche voisinage, l’équipe d’intervention rapide établit un cordon sanitaire. Comme l’explique Ronnie, « nous cherchons à isoler la bactérie et à protéger les voisins du patient. » Après avoir décontaminé les maisons, il continue à ratisser le village en compagnie de son équipe, à la recherche d’autres cas de diarrhée et de décès suspects.

Dans les zones victimes d’une forte résurgence du choléra, l’équipe mobile revient voir la même famille après leur visite initiale afin de suivre la situation après distribution du kit. L’objectif de cette visite consiste à vérifier que cette famille ainsi que les autres situées à l’intérieur du cordon sanitaire se souviennent des mesures préventives, et qu’elles les appliquent bien.

 

L’action de l’UNICEF, dans le cadre du partenariat national, en vue de vaincre l’épidémie de choléra

Depuis 2010, l’UNICEF apporte son soutien au gouvernement haïtien dans la lutte contre le choléra, y compris en ce qui concerne l’élaboration du Plan national 2013 pour l’Élimination du Choléra. Les progrès réalisés sur le long chemin qui mène à l’élimination du choléra n’auraient pas été possibles sans l’aide constante d’importants donateurs, comme le service de l’UE à l’Aide humanitaire et à la Protection civile (ECHO), ou le solide partenariat avec le gouvernement haïtien, le système des Nations Unies et six partenaires non gouvernementaux.

Au cours de l’année dernière, le nombre de cas suspectés de choléra n’a cessé de diminuer : de plus de 350 000 cas suspects sur toute l’année 2011 (plus de 185 000 au cours des 3 mois d’épidémie de 2010) [1] à un peu plus de 41 000 cas en 2016 [2]. Malgré cette évolution à la baisse, il n’y a pas de place pour la complaisance, beaucoup reste à faire pour protéger les enfants et les familles de La Montagne et du reste d’Haïti afin d’éliminer le choléra d’ici 2022.

Cornelia Walther

[1] UN Cholera Factsheet, August 2016

[2] Source : Bulletin épidémiologique, Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) ; dernières données à la date du 24 déc. 2016

 

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Bébé malnutri, pour Shaina chaque goutte de lait compte

 

Shaina, bébé malnutri de 6 mois  retrouve des forces et le sourire à Port-au-Prince. Voyez comment.

En Haïti, la vie d’un enfant peut basculer très vite.

Lorsque la petite Shaina Antoine est arrivée à la Clinique Communataire de Delmas 75 dans les bras de sa maman, désespérée, la petite souffrait de malnutrition aigüe (extrême maigreur).

Sa mère Ederline (27 ans) n’a pas pu allaiter sa fille autant qu’elle l’aurait souhaité « J’ai connu des difficultés avec l’allaitement maternel, pas assez de lait, et puis plus de lait du tout. J’ai essayé de la nourrir avec du riz bouilli et de la purée de carotte, mais je n’avais pas toujours de l’argent pour une ration quotidienne. Et la petite n’acceptait pas toujours cette nourriture semi-solide » commence-t-elle.

Je ne savais plus comment aider mon bébé malnutri 

 

Au lieu de se développer et de gagner quelques grammes chaque semaine, la petite a donc perdu du poids. « Je ne savais plus comment aider mon bébé malnutri », poursuit-elle.

Se sentant de plus en plus impuissante et inquiète pour sa fille, Ederline  s’est rendue à une consultation de  la clinique communautaire de Delmas 75, clinique soutenue par UNICEF Haïti qui y appuie son partenaire haïtien FONDEFH (Fondation pour le Développement et l’Encadrement de la Famille Haïtienne).

Après un premier examen médical, Shaina a été hospitalisée et  a reçu du lait dit ’’thérapeutique’’ dont la formule répond aux besoins physiologiques et nutritionnels des enfants malnutris.

Vingt jours plus tard, cet enfant de six mois se porte mieux. Elle a repris du poids et pèse maintenant 3 kg. Elle peut s’alimenter normalement et elle recevra bientôt une alimentation semi-solide, pâte d’arachide appelée RUTF -Ready-To-Use Therapeutic Food,  en complément du lait thérapeutique en préparation de son retour à la maison. Sa mère a également reçu des conseils  sur les bonnes pratiques d’alimentation, diversité alimentaire, quantité et fréquence des repas, afin que Shaina ne retombe pas dans la malnutrition de retour à la maison.

Shaina est sur la voie de la guérison

bébé malnutri UNICEF Haïti

Alimentation thérapeutique venant administrée aux enfants souffrant de malnutrition.

Shaina est sur la voie de la guérison. Sa vie a basculé car sa maman a eu un bon réflexe, celui de venir consulter le personnel médical de cette clinique spécialisée en nutrition. Sa vie a basculé aussi car elle a eu une chance : celle d’avoir la possibilité d’être reçue dans une clinique, proche de chez elle, offrant des soins et un suivi gratuit, effectué par du personnel médical qualifié ayant à disposition du matériel médical et des produits d’alimentation thérapeutique adaptés aux traitements des enfants malnutris. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas dans d’autres zones du pays.

Parmi les enfants de moins de 5 ans vivant en Haïti, 22 % souffrent de malnutrition chronique (petite taille par rapport à leur âge) et 5% de malnutrition aiguë (petit poids par rapport à leur taille). Les taux les plus élevés se retrouvent parmi les ménages les plus pauvres (31%) et les mères les moins instruites (34%).

Ces formes de malnutrition sont dues à un ensemble de facteurs notamment, la pauvreté des familles, les épisodes infectieux répétées et les  pratiques alimentaires non adaptées à l’âge et aux besoins des enfants. S’y attaquer nécessite une approche multisectorielle.

L’UNICEF apporte son soutien au Gouvernement haïtien en intensifiant les interventions spécifiques et sensibles en matière de nutrition, axées sur la période de 1 000 premiers jours de vie, période critique pour le développement physique et intellectuel de l’enfant.

 

Julie Harlet

UNICEF Haïti Communication