L’ouragan Matthew vu par Liam 11 ans de Cuba

Six mois après  Matthew,  Liam Manuel, 11 ans, nous livre son récit sur le passage de l’ouragan  à Cuba.

Les filles d'une école secondaire de Tercer Frente, Santiago de Cuba, expliquent leur procédure d'évacuation.

Les filles d’une école secondaire de Tercer Frente, Santiago de Cuba, expliquent leur procédure d’évacuation.

Je vais vous raconter comment notre village, Yateritas (San Antonio del Sur), à Guantanamo, a vécu le passage de l’ouragan Matthew. Une fois averti, tout le village a suivi de près les bulletins météo et lorsque nous avons appris la possibilité du passage de l’ouragan chez nous, nous nous sommes mis à adopter les mesures indispensables à la protection des vies humaines et des biens matériels.    Une semaine avant la date prévue de son arrivée, nous, les enfants, avons également aidé à mettre les choses à l’abri.      Nous avons aidé nos familles et nos voisins à protéger la vaisselle, les vêtements, les chaussures ; nous étions aussi affairés que des abeilles, enchaînant les allers-retours.    J’ai rangé dans un endroit sûr mes cannes à pêche et mes hameçons : j’adore pêcher et je ne voulais pas les perdre.    Ma mère a également remisé toutes nos possessions et elle nous a tous aidés ; elle s’est également occupée de protéger les papiers importants.    Nous avons aidé ma sœur, alors enceinte de six mois, a mettre en lieu sûr les affaires du bébé.

«Nous avons accueilli 25 personnes chez moi»

Un garçon d'une école rurale à Santiago de Cuba passe par les différents risques dans sa communauté, représenté dans un modèle fait avec ses camarades de classe.

Un garçon d’une école rurale à Santiago de Cuba passe par les différents risques dans sa communauté, représenté dans un modèle fait avec ses camarades de classe.

Durant ces quelques jours, j’ai accompagné ma mère, qui est la directrice de mon école, lors de ses déplacements chez les familles du village visant à identifier celles qui ne seraient pas en mesure de résister à l’ouragan.  Ma mère est membre du Conseil de Défense et il lui appartient de fournir une assistance préalable à sa communauté.  Ma mère a indiqué à ces familles l’endroit où elles devraient trouver refuge et leur a offert d’utiliser l’école pour mettre leurs affaires à l’abri : le labo de physique-chimie s’est transformé en espace de rangement pour toutes sortes de choses !

Nous avons accueilli 25 personnes chez moi, y compris des personnes âgées, des enfants et des femmes enceintes. La Défense civile a désigné ma maison comme centre d’évacuation.  Tous ces gens ont commencé à arriver chez nous à partir du 4 octobre de bonne heure.  Nous nous connaissions et nous entraidions tous : c’était comme une grande famille.  Tout au long de la journée, nous les avons aidés à ranger leurs affaires chez nous : des sacs de vêtements, des télés, etc. Mon voisin Carlos et moi-même, nous avons fait ce que nous avons pu pour aider.  Nous avions fait des réserves d’eau potable en prévision pour que personne n’en manque.  Nous avons préparé à manger pour tout le monde, comme dans un refuge.

«Cette nuit-là, j’ai cru que c’était la fin du monde»

Les enfants d'âge préscolaire apprennent également les mesures de réduction des risques de catastrophe, par le biais du contenu des programmes.

Les enfants d’âge préscolaire apprennent également les mesures de réduction des risques de catastrophe, par le biais du contenu des programmes.

Cette nuit-là, des vents forts et la pluie sont arrivés sur nous, j’ai cru que c’était la fin du monde.  À minuit, l’eau de la rivière coulait sous nos yeux, dans l’arrière-cour. J’étais terrifié.  Quelques heures plus tard, la tempête s’est calmée et certaines personnes installées dans notre maison sont rentrées chez elles en voyant que Matthew était apparemment parti.   Mais, à environ une heure du matin, l’eau s’est mise à monter à nouveau, la situation était épouvantable.  Nous nous sommes dépêchés de secourir une nouvelle fois les animaux.  Nous n’avons pu sauver que six des sept chiots de ma chienne Blanquita. Nous avons également essayé de conserver au chaud les œufs de poules en les enveloppant dans des couvertures, mais nous les avons perdus.  Il n’y a que les poules qui peuvent y arriver.

«J’espère vraiment que nous n’aurons plus jamais à revivre ça»

Dans le cadre des efforts visant à rendre le contenu de réduction des risques de catastrophe attrayant et dynamique, certaines écoles développent leurs propres jeux de société à thème.

Dans le cadre des efforts visant à rendre le contenu de réduction des risques de catastrophe attrayant et dynamique, certaines écoles développent leurs propres jeux de société à thème.

À environ deux heures du matin, une fois Matthew passé, nous sommes sortis sur la route.  Nous entendions le bruit de la mer agitée et celui de l’eau de la rivière s’y jetant. Dans la rue, une foule de gens discutaient pour voir ce qu’il fallait faire maintenant.  Nous sommes retournés chez nous et, très sincèrement, je peux vous dire que cette expérience restera toujours en moi.  J’espère vraiment que nous n’aurons plus jamais à revivre ça parce que c’est affreusement triste de voir des dégâts partout, les livres tout mouillés et notre école endommagée.  Le toit et les murs de notre école ont été abîmés, la rivière a atteint un mètre de hauteur, déversant des flots de boue.  Heureusement, les personnes qui s’y étaient abritées étaient saines et sauves, par contre, leurs maisons avaient souffert de gros dégâts car elles sont situées dans la partie basse du village, là où les eaux étaient montées le plus. Les enfants vivant dans cette zone ont perdu tous leurs livres et leurs jeux.

Le lendemain, après une longue nuit sans sommeil pratiquement, nous nous sommes rendus à l’école et avons aidé à nettoyer avec les autres enfants et leurs familles.  Il fallait enlever la boue et brosser les murs.  Nous avons aidé à remettre l’école en état pendant trois jours au cours desquels nous n’avons pas eu classe.  Lorsque nous avons repris l’école, l’ambiance y était différente : beaucoup de nos camarades n’étaient plus les mêmes, ils étaient tristes.  L’emploi du temps et les salles avaient été modifiés, même si on nous a dit que c’était temporaire.  Les jours suivants, nous avons beaucoup joué.

«Chaque nouvelle catastrophe nous apprend à être un peu mieux préparé»

La créativité et la créativité des enseignants pour intégrer le contenu de réduction des risques de catastrophe dans le programme d'études est la clé. Les aides visuelles, les jeux ou les clubs ne sont que quelques-unes des façons d'y parvenir.

La créativité et la créativité des enseignants pour intégrer le contenu de réduction des risques de catastrophe dans le programme d’études est la clé. Les aides visuelles, les jeux ou les clubs ne sont que quelques-unes des façons d’y parvenir.

J’ai pu préserver mes cannes à pêche et mes hameçons, heureusement ma maison est solide.  Mais beaucoup de mes amis ont vu le toit et les fenêtres de leur maison détruits et ont perdu leurs biens les plus précieux.  Tout le monde disait que le plus important c’est que nous soyons tous sains et saufs.  C’est vrai, tous mes amis allaient bien et nous pouvions à nouveau nous voir et parler de ce qui s’était passé : nous avions tous vécu des expériences différentes.  Nous avons vu à la télé qu’en Haïti (à quelques kilomètres à peine de nos côtes) Matthew avait balayé des villes et des villages, et tué de nombreuses personnes, y compris des enfants.  C’est tellement triste et injuste.

Ça fait six mois maintenant et je me rends compte à quel point il est important d’être prêt du mieux qu’on peut et de suivre les recommandations de la défense civile.  On perd toujours quelque chose et on souffre, mais chaque nouvelle catastrophe nous apprend à être un peu mieux préparé et à être plus fort pour la prochaine.

Liam Manuel Morega 11 ans,

de Guantanamo, Cuba

Traduction : Cendrine Strevens

 

 

 

Hommage aux femmes

A l’occasion du 8 mars 2017,  Brice Saintil, notre collègue spécialiste en éducation et poète propose un texte sur l’autonomisation et les droits des femmes et des filles. Une ode à l’égalité à lire sans modération.

 

L’infirmière Deliazar se tient devant des patients atteints de choléra qui reçoivent leur traitement au Centre de Traitement de la Diarrhée Aiguë de Cap-Haïtien en Haïti le 8 novembre 2016. © Maxence Bradley

Os de Tes os ! Chair de Ta chair !

Fruit authentique de tes entrailles

Nous T’appelons Fanm vanyan !

Femme ! Woman ! Mujer !

Mulher ! Donna,  et j’en passe !

Peu importe le concept employé pour te designer !

Peu importe ta grosseur, la couleur de ta peau,

La longueur de tes cheveux,

Ta condition sociale, économique et physique !

Je viens m’incliner devant toi

En signe d’hommage en cette Journée Internationale

Qui t’est consacrée, toi le symbole de la vie

Le symbole de l’amour et de la tendresse,

Le symbole du courage et de la patience !

 

Copyright Frank Dejongh

Je viens, en ce jour, déposer à tes pieds,

Une gerbe de roses extraites

Du jardin de mon cœur

Pour toi cultivé au printemps comme en été,

En automne comme en hiver

En signe d’amour et de fierté de ton existence

Femme, mère de toutes les reines et tous les rois de la terre,

Mère de toutes les présidentes et de tous les Présidents

Mère de tous les dirigeants et de tous les peuples

Faisant de toi, un être inestimable et irremplaçable.

Je viens en ce jour partager tes joies de même que tes peines,

Tes rêves sans cesse caressés,

Tes succès aussi bien que tes échecs,

Tes espoirs au milieu des désespoirs de l’existence.

 

En ce jour spécial, je ne puis m’empêcher

De  déposer un bouquet symbolique

Sur ta tombe virtuelle,

Toi qui as péri dans la fumée et les flammes criminelles

Parmi les 140 femmes vaillantes dans l’usine textile

Sirtwoot Cotton de New York ce 8 mars 1908 ;

Toi qui as trouvé la mort pour avoir osé réclamer

Ton droit à une journée de travail de 8 heures,

Ton droit légitime à un salaire égal à celui des hommes,

Ton droit à de meilleures conditions d’hygiène au travail !

Oui tu es partie pour avoir eu le courage de défendre

Tes droits inaliénables, tes droits de vivre

Dans  la dignité de ton être.

 

copyright Maxence Bradley

En ce jour mémorable, je ne peux que penser

A toi, Femme vaillante, qui, les 2/3 de travaux, réalises

Pour ne recevoir que le 1/10 de salaire mondial ;

Toi qui continues à être victime  de violence multiforme,

Physique, verbale, économique et psychologique ;

Toi qui affrontes les préjugés de toute sorte,

Les stigmatisations, de l’exclusion et de l’excision

Ou « genital feminine mutilation » ;

Je salue aussi ton courage de femme battante,

Toi qui luttes pour faire avancer la cause des femmes

Lutte s’inscrivant, au reste, dans la lutte de tous les hommes.

 

Protection de l'enfant famille d'accueil

Notre collègue Géraldine Alferis et une partenaire de Terre Des Hommes en visite dans une famille d’accueil

Oui aujourd’hui peut marquer une journée historique,

Si hommes et femmes, nous nous donnons la main

Pour ensemble cheminer sur le chemin de l’amour,

Le chemin de la collaboration, le chemin du respect

De la différence et de la complémentarité.

Oui aujourd’hui peut être une journée historique,

Si hommes et femmes nous nous unissons

Pour dire non à la violence faite aux filles et aux femmes !

Non à la guerre ! Non aux préjugés  et aux stigmatisations !

Vive la collaboration  pour bâtir dans l’harmonie parfaite

Un monde meilleur, un monde où femmes et hommes,

Filles et garçons puissent réaliser leur plein potentiel !

Une lutte à laquelle, toutes et tous sont invités !

 

Saintil Brice

Spécialiste en Education UNICEF Haïti

 

 

 

 

Autonomisation des femmes et des filles en Haïti, nos héroïnes montrent la voie

Aujourd’hui, comme tous les autres jours de l’année, nous célébrons les droits des filles et des femmes. L’autonomisation des femmes et des filles rendra Haïti plus forte! Nos petites héroïnes montrent le chemin…

Ketchna, une poétesse retourne à l’école

Plus de 170 000  personnes ont été déplacées, des enfants inclus, suite au passage de Matthew en Haïti, selon le rapport d’OCHA publié en novembre 2016. Certaines ont perdu tout ce qu’elles possédaient, y compris leurs maisons et leurs récoltes, notamment dans le Sud du pays. Pas moyen d’envoyer les enfants à l’école, dans ces conditions. D’autant plus que l’ouragan aurait endommagé 774 établissements scolaires sur le territoire haïtien, selon l’évaluation du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle en fin octobre dernier. Ketchna est l’une des enfants du Sud à avoir bénéficié de l’appui de l’UNICEF pour pouvoir retourner à l’école.

Ketchna

Ketchna

C’est dans un quartier de Melon, une section communale de Maniche, que nous rencontrons Ketchna. Fraichement rentrée de l’école, la fillette de huit ans nous accueille chez elle avec un sourire timide. Elle porte encore son uniforme d’écolière bleu et blanc, avec de jolis rubans assortis dans les cheveux.

Ketchna aime chanter, sauter à la corde, déclamer des poèmes. Ses yeux se mettent à briller lorsqu’on lui réclame quelques vers. Elle se lance volontiers d’une voix enjouée : « Cocorico, il chante si tôt notre coq Figaro, c’est le gardien de la bassecour. Dès que le jour se lève, il réveille la bassecour : quatre dindes, quatorze canards, quinze lapins et quarante poules. Quelle grâce, oh ! Qu’il est beau avec sa belle queue verte et bleue»

Ketchna et sa famille possédaient une bassecour avant le passage de l’ouragan en Haïti en octobre dernier. Matthew a tout emporté, jusqu’à leur maison. Aujourd’hui, ils louent une chambre dans le village de Melon, neuf mètres carrés pour les abriter tous les six. Ils disposent d’un seul lit et de quelques ustensiles de cuisine. Ketchna passe ses après-midi sur la gallérie à étudier et à jouer :

« C’est là que je vis, depuis le passage de Matthew, avec ma mère, mon père, mes trois frères et sœurs, explique la fillette. La nuit, ma mère nous aménage un lit avec des draps sur le sol pour dormir. Ce n’est pas là que je vivais avant l’ouragan. Nous avions notre propre maison. Matthew l’a complètement détruite».

La solidarité communautaire en réponse  à Matthew

Ketchna nous conduit à l’emplacement de son ancienne maison, au sommet d’une colline rocheuse de Melon, à une trentaine de minutes de marche du village. On s’arrête devant une clôture faite de branches d’arbre. La fillette nous invite à l’enjamber : « C’est là que j’habitais avant l’ouragan ». Par-delà la clôture, on trouve juste un amas de décombres, quelques morceaux de tôles et des débris de meubles. C’est tout ce qui reste de sa maison. L’ouragan Matthew leur a tout pris, leur toit, leurs récoltes, leurs bétails. Tout est parti en une nuit. Une nuit que Ketchna raconte avec une pointe de tristesse :

Ce qu’il reste de l’ancienne maison de Ketchna

Ce qu’il reste de l’ancienne maison de Ketchna

« Cette nuit-là, je dormais avec ma mère, mon père et mes frères et sœurs. Je me suis réveillée en sursaut. Mon lit s’était effondré. Il y avait un vacarme à l’extérieur. J’ai regardé autour de moi. Un arbre était tombé sur la maison. Il y avait de l’eau partout. Mon frère pleurait. Il s’est blessé au genou.  Moi aussi je me suis blessée, à la cheville. J’avais peur, tellement que je suis tombée malade. J’ai vomis, et après j’ai eu la fièvre. Mon père m’a portée sur son dos, et nous avons couru chez la voisine. Dehors, j’ai vu d’autres gens courir pour se mettre à l’abri. Des morceaux de tôles volaient dans tous les sens. Quand nous sommes arrivés chez la voisine, sa maison aussi s’est effondrée. Alors nous sommes tous repartis chercher refuge chez quelqu’un d’autre.

                »J’aimerais que tout redevienne comme avant »

 

La mère de Ketchna sur les décombres de leur ancienne maison

La mère de Ketchna sur les décombres de leur ancienne maison

Lorsque le temps s’est calmé, Ketchna et sa famille n’avaient plus rien. Pas même de vêtements de rechange. La fillette se souvient de la générosité des villageois. Une autre famille les a accueillis sous son toit pour quelques jours. Elle a partagé avec eux le peu de nourriture qu’elle avait. D’autres leur ont fait don de nouveaux vêtements et d’un lit. Plus tard, les parents de Ketchna ont pu louer leur nouvelle demeure. Son père a trouvé du travail, il est gardien de bétail. Sa mère avait un petit commerce avant l’ouragan,  maintenant elle n’a plus aucune source de revenu. Du haut de ses huit ans, Ketchna comprend la situation : « On n’arrive plus à payer le loyer. J’aimerais que tout redevienne comme avant. Que nous ayons notre propre maison».

Projet d’avenir : Aider les autres

La solidarité communautaire dont sa famille a bénéficié après le passage de l’ouragan a marqué le jeune esprit de Ketchna : « Quand je serai grande, et que j’aurai fini mes études, Je souhaite devenir une infirmière. J’aimerais trouver un travail, pour pouvoir aider les autres».

Cependant, les parents de la fillette n’ont pas toujours les moyens de subvenir aux frais scolaires. Ketchna s’investit dans leurs efforts : «  Avant Matthew, j’avais deux cabris. J’en prenais soin tous les jours. Je projetais de les vendre pour pouvoir aider mes parents à payer l’école. Maintenant, je n’ai plus rien. L’ouragan les a emporté.»

Ketchna prend ses études très au sérieux. Elle assure faire régulièrement ses devoirs et obtenir de bonnes notes à l’école : « Apprendre, c’est ce que je préfère ». Mais cela aussi, Matthew a failli le lui enlever.

Un des réservoirs d’eau de l’école nationale de Melon

Un des réservoirs d’eau de l’école nationale de Melon

L’école Nationale de Melon avait dû suspendre ses cours, car ses toitures avaient été emportées et son mobilier scolaire saccagé par l’ouragan.  Les cours ont pu reprendre un mois plus tard, après la réparation des toitures, avec l’appui financier de l’UNICEF. Ketchna nous montre les toitures neuves des bâtiments de son école. Elle nous emmène, jusqu’au fond de la grande cour de récréation, voir les deux réservoirs d’eau traitée et le savon disposés près des toilettes par l’Office Régional de l’Eau Potable et de l’Assainissement. Sous les réservoirs, une inscription rappelle aux élèves un principe d’hygiène crucial : Lavons-nous les mains après l’utilisation des toilettes et des urinoirs.

 

L’école, un pilier du relèvement post-Matthew 

L’école Nationale de Melon accueille aujourd’hui 416 élèves, dont 5 nouveaux depuis la réouverture des classes. Les nouveaux sont des enfants dont les écoles n’ont pas encore pu rouvrir leurs portes, explique le directeur, Elisma Prenor : « Ces enfants sont traumatisés par leur situation post-Matthew, la plupart n’ont plus de toit pour les abriter, leurs parents peinent à leur trouver à manger. Certains n’ont plus de livres, ni d’uniforme. Ces conditions affectent leurs résultats scolaires. Cependant, ils ne ratent pas même un jour de classe. Et on les comprend. L’espace scolaire est un peu leur refuge. Il les aide à reprendre une vie normale. » Dix professeurs de l’école le nationale de Melon ont reçu une formation en appui psychosocial en ce sens, en février 2017, avec le support de l’Unicef et de ses partenaires.

Ketchna sautant à la corde dans la cour de son école

Ketchna sautant à la corde dans la cour de son école

Sur les 521 écoles évaluées par le ministère de l’Education Nationale de la Formation Professionnelle dans le département du sud, 466 ont été endommagées par l’ouragan Matthew. Celles qui n’ont subi que de légers dommages ont servi d’abris provisoires aux familles déplacées.

Pour elle, l’école passe avant tout

Pour la période d’octobre 2016 à février 2017, l’UNICEF a financé la réhabilitation de 121 écoles et l’appui en termes d’assainissement pour 71 écoles dans le Sud. L’UNICEF prévoit aussi un support en mobilier scolaire pour ces établissements. Le Fonds des Nations Unies ur l’Enfance a aussi distribué des kits scolaires dans ce département, pour faciliter le retour en classe des enfants dont les familles ont été touchées par le sinistre.

Ketchna fait partie de ces enfants qui ont bénéficié de l’appui de l’UNICEF et de ses partenaires pour reprendre le chemin de l’école après l’ouragan Matthew. Forte et motivée, la fillette pose un regard plein de maturité sur la situation actuelle de sa famille. Pour elle, l’école passe avant tout.

Au moment de nous dire au revoir, Ketchna nous accompagne sur le pas de sa porte et nous dédie encore quelques derniers vers, comme pour nous confier une mission : « C’est le jour de la rentrée. Voici Remy et Sandra. Regarde ! Ils sont là-bas sous les arbres… » .

Bettina PERONO,

UNICEF Communication-Sud, Haïti

Une nouvelle page s’ouvre pour UNICEF en Haïti

Le programme de pays 2017-2021 d’UNICEF Haïti s’appuie sur les progrès déjà accomplis et regarde vers l’avenir. 

© Bradley Maxence

Le 7 février était une journée particulière pour Haïti : Marita Perceval, directrice régionale Amériques et Caraïbes, présentait le nouveau Programme de Pays au conseil d’administration. Une coïncidence symbolique illustrant parfaitement les principes fondamentaux de l’UNICEF basés sur la solidarité et le partenariat avec le pays.

Le nouveau programme de pays est un projet ambitieux qui cherche à tirer profit des progrès réalisés en faveur des enfants au cours des dernières années. Guidée par le principe de résilience, l’équipe de l’UNICEF s’efforce de poursuivre son partenariat avec le gouvernement haïtien, les familles, la société civile, les jeunes et avec ONG internationales et nationales partenaires.

Dans le cadre des objectifs de développement durable des Nations Unies et en appui au plan stratégique pour le développement d’Haïti, le programme de pays vise à travailler au niveau central, mais également sur le terrain, en renforçant les capacités des principaux acteurs. Matérialiser l’aide apportée aux enfants, voilà l’objectif principal.

Matérialiser l’aide apportée aux enfants

Le nouveau programme est centré sur les départements haïtiens particulièrement vulnérables en raison, soit des répercussions de l’ouragan Matthew (octobre 2016/Sud, Grand’Anse), soit de leur fragilité face au choléra. Il contribuera à réduire la mortalité évitable chez les mères, les enfants de moins de cinq ans et les adolescents (en lien avec le VIH, souvent).

Aussi, ce programme permettra de  prévenir et traiter la malnutrition chronique, notamment chez les enfants de moins de deux ans. Il vise  à améliorer les systèmes d’assainissement durable et l’accès à l’eau. Il a pour objectif de renforcer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage dans les écoles, y compris pour les plus démunis qui bénéficieront d’un meilleur accès.

En outre, le programme pays ambitionne de  protéger les enfants de la maltraitance, en particulier  ceux qui résident dans des institutions, avec l’ambition générale de renforcer la résilience des familles vulnérables en leur fournissant un cadre légal et des services sociaux suffisants.

L’équipe de l’UNICEF continuera, dans le cadre général du programme de pays, à répondre à toutes les urgences, nouvelles ou en cours, tout en cherchant à mettre en place des conditions favorables au redressement et au développement durables.

Nous vous invitons à regarder la vidéo résumant l’axe de l’action de l’UNICEF en Haïti : Togetherness

Cornelia Walther

Traduction : Cendrine Strevens.

Un jouet et une histoire : La ’’tabourette’’ de Guerlin

Jérémie Action Humanitaire Haiti UNICEF Réponse Matthew

Jeux en plein air ce jour-là dans la banlieue de Jérémie © Maxence Bradley

A Jérémie, au fil de nos missions et de nos actions sur le terrain, nous rencontrons des enfants qui, l’espace de quelques minutes ou de quelques heures, partagent avec nous leur quotidien et leur histoire. Aujourd’hui,  Guerlin vous présente son jouet favori ’’une tabourette’’ construite de ses mains.

Nous revenons d’une longue journée passée à suivre les cliniques médicales mobiles de notre partenaire Médecins du Monde France[1]. Nous sommes éreintés. Les pneus de la voiture sont maculés de boue, nos chaussures et pantalons aussi. En cette fin d’après-midi, des bruits de roues et de rires résonnent dans une banlieue de Jérémie (Département de la Grand’Anse). Un petit groupe d’enfants a pris possession de la rue et y joue. Certains avec des vélos, d’autres avec des toupies. Nous nous arrêtons pour les saluer.

Au milieu de ce groupe d’enfants, un jeune garçon, appelé Guerlin roule, assis sur sa ’’tabourette’’, aidé d’un camarade qui lui pousse le dos, un énorme sourire éclaire leurs deux petits visages.

« Cette tabourette, je l’ai faite moi-même»

Jérémie Action Humanitaire Haiti UNICEF Réponse Matthew

Guerlin et un ami pilotent la  »tabourette » © Maxence Bradley

Guerlin manœuvre comme un pilote de Formule 1, ce véhicule que l’on pourrait décrire comme une combinaison entre un skateboard et une ’’caisse à savon d’antan’’.

Il prend un peu de vitesse, maintient le cap, les roues crissent et boum ! Il s’écrase, sans dommage, au milieu d’éclats de rires !

C’est lui qui a fabriqué cette ’’tabourette’’ qui suscite tant de regards admiratifs de la part de ses copains et copines. Il se relève en riant et vient à notre rencontre

« Je l’ai fait moi-même», indique-il fièrement en me tendant l’objet pour que je puisse l’observer de plus prêt.

La course dont nous venons d’être témoin a coûté deux roues au jouet. Aussitôt, Guerlin sort un petit couteau et répare son bolide tandis qu’il m’en dit plus sur sa vie.

«Ma demeure tient encore debout ce qui n’est pas le cas de toutes les maisons»

Jérémie Action Humanitaire Haiti UNICEF Réponse Matthew

Le bolide a besoin de réparation © Maxence Bradley

Guerlin a 10 ans, il est en quatrième année. Son école a été complètement détruite par l’ouragan Matthew. Sa maison s’en est mieux sortie mais il y a tout de même des réparations  à effectuer « La ’’tabourette’’, je l’ai fabriquée avec des chutes de bois que nous utilisons pour réparer la maison. L’ouragan a frappé durement ma demeure, mais elle tient encore debout ce qui n’est pas le cas de toutes les maisons.»

Guerlin a 5 frères et une sœur. Son père vit et travaille à Port-au-Prince. Nous nous dirigeons ensemble vers la demeure familiale et rencontrons sa sœur Sarah qui a 12 ans.

Jérémie Action Humanitaire Haiti UNICEF Réponse Matthew

Sarah 12 ans, Elsina et Guerlin 10 ans devant la maison familiale © Maxence Bradley

Les deux enfants ont déjà des préoccupations de grands. Guerlin rêve de devenir policier car il a envie de bien gagner sa vie, de « faire de l’argent vite afin de pouvoir aider mon père et ma mère ». Sarah, quant à elle, souhaite devenir infirmière « pour pouvoir aider ma famille », explique-t-elle.

Leur mère, Elsina les couve du regard. Il est l’heure de faire un brin de toilette après ces aventures poussiéreuses en ’’tabourette’’. Elsina les invite à rentrer dans un foyer qui, malgré Matthew, tient encore debout.

Julie Harlet, UNICEF Haiti Communication

[1] Lire notre article sur les cliniques Mobiles de MDM France financées par UNICEF  » La clinique 4X4 qui soigne les communautés des zones reculées  »

Le Carnaval en Haïti pour les enfants aussi !

Les enfants ont aussi le droit de s’amuser au carnaval ! Jean Jean Roosevelt, chanteur, compositeur et musicien Haïtien le revendique. Voilà pourquoi, il vient de composer et d’enregistrer avec des enfants haïtiens une chanson‘’Kanaval la pou nou tou’’, qui se traduit par ‘’Le carnaval pour nous tous’’. Ecoutez-là

Une chanson pour enfant au carnaval en Haïti

Une chanson pour enfant au carnaval en Haïti

Comme Jean Jean Roosevelt l’explique ’’C’est une méringue carnavalesque destinée aux enfants et chantée par des enfants. J’avais dans l’esprit de faire participer les plus jeunes à cette grande manifestation culturelle, en me référant à l’objectif et au sens du terme carnaval, une fête  populaire sans distinction d’âges, de sexe ni de  classe mettant en valeurs les couleurs locales, nos traditions pour la promotion de notre culture.’’

J’ai pu constater que le carnaval est devenu au fil des années, synonyme de vengeance, de violence physique et verbale. Une période de promotion de l’alcool, de la drogue, de la sexualité et de l’incitation à la violence. Avec pour bilan nombres d’accidents, de blessés, de morts, de viols, de grossesses prématurées.

« Mes amis, au carnaval protégeons les oreilles des enfants' »

Kanaval la pou nou tou est une requête des enfants adressée aux acteurs concernés leur suppliant de les protéger en faisant attention aux sons et aux images qu’ils projettent, de ne pas écarter l’esprit du carnaval, leur demander de prendre conscience de leurs actes  afin que les plus petits puissent participer eux aussi et jouir pleinement de cette fête populaire.

C’est un appel aux artistes de penser aux enfants dans leurs créations pendant cette période du carnaval. Ils ont aussi droit à cet amusement populaire. Protégez-les ! Il est de notre devoir de les protéger!

 

Jean Jean Roosevelt chanteur, musicien et compositeur

Pour écouter la chanson 

En savoir plus sur Jean Jean Roosevelt

Originaire de la Grand-Anse, Sud-Ouest d’Haïti, Jean Jean Roosevelt est un artiste né. Il est le benjamin d’une famille de six enfants. Son père est guitariste. Sa maman défunte était une passionnée de la musique et du théâtre. Sa musique se nourrit d’influences multi-ethniques, marquée par un brassage culturel existant sur l’île. C’est une alliance de rythmes créoles : Nago, Ibo, Yanvalou, Djouba, Kongo, Rabòday, etc. et d’influences reggae, RnB, afro beat.

Jean Jean Roosevelt est socialement très engagé. Son riche répertoire aborde des sujets universels tels que l’amour, l’équité de genre, le civisme, la solidarité, la persévérance, la préservation de l’environnement. Les textes de ses chansons sont majoritairement en français, parfois également en créole. On trouve, dans certaines de ses chansons, quelques bribes de langues africaines et d’anglais.

Seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin

VIDEO: Vue d’ensemble en images sur le travail de l’UNICEF en Haïti. Les enfants expliquent en quoi et comment UNICEF et ses partenaires les ont aidé.

Rétrospective 2016 sur la réponse humanitaire au programme d’éducation de l’UNICEF

Notre rétrospective 2016, vous informe sur la Réponse humanitaire des programmes de l’UNICEF en Haïti. Aujourd’hui, nous vous parlons de notre programme d’éducation. Le retour des enfants à l’école dans un environnement d’apprentissage sûr grâce à la réhabilitation des écoles endommagées et à la fourniture de fournitures nécessaires sont les principes fondamentaux qui guident nos activités.

Elodie est heureuse d’être de retour sur les bancs de l’école Notre-Dame de Lourdes à Jérémie. Cet établissement est supporté par l’UNICEF. © Maxence Bradley

Elodie est heureuse d’être de retour sur les bancs de l’école Notre-Dame de Lourdes à Jérémie. Cet établissement est supporté par l’UNICEF. © Maxence Bradley

2016 a été marquée par deux crises majeures dans le secteur de l’éducation. Le premier a été le processus de déportation depuis la République dominicaine qui a déplacé plus de 74 000 personnes dont 30 pour cent (22 200) étaient des enfants de moins de 18 ans. Le deuxième a été l’ouragan Matthew qui a causé de lourds dégâts, affectant le droit à l’éducation de plus de 400 000 Enfants. La réponse de l’ouragan Matthew a occupé la majeure partie du dernier trimestre de l’année.

Afin de contribuer à la réponse à la crise binationale, l’UNICEF a combiné son programme dans le département du Sud-Est (à Anse-à-Pitre).a UNICEF en collaboration avec le Ministère de l’Éducation a organisé des cours de remédiation pendant les vacances d’été pour environ 5000 enfants rapatriés ne parlant pas français. Ceux-ci ont ensuite pu être intégrés au système d’éducation formelle.

Pour ce qui est de la réduction et la gestion des risques de catastrophe, l’UNICEF a soutenu le Ministère de l’Éducation avec la finalisation du rapport de Miyamoto (une société d’ingénierie spécialisée) sur les 131 bâtiments scolaires évalués dans le département de l’ouest pour les risques potentiels et l’impact possible en cas de tremblement de terre. Le rapport a également été distribué lors d’une conférence régionale sur la réduction des risques de catastrophes dans les Caraïbes qui s’est tenue à Port-au-Prince en septembre 2016.

La situation tendue dans tout le pays en raison du report des élections a eu une incidence sur la mise en œuvre du programme d’éducation et a constitué une contrainte majeure dans la mise en œuvre des activités de Réduction des Risques et Désastres. En outre, la diminution du financement connexe a considérablement réduit la portée des activités prévues avec le Ministère de l’Éducation. Apres Matthew, UNICEF a mobilisé des fonds supplémentaires pour l’intervention d’urgence et pour se fixer l’objectif d’atteindre 65 000 enfants et celui de s’engager à réparer 182 écoles.

 

UNICEF Haïti

Communication

 

Source: UNICEF Haïti, Rapport sur la situation humanitaire en Haïti. Fin de l’année 2016, 6 janvier 2017

 

 

 

 

 

 

Utiliser le pouvoir des histoires pour le changement

Les histoires ont un large impact sur une échelle de masse, surtout lorsqu’elles atteignent de nombreuses personnes à travers les ondes. Soraya Verjee, coordonnatrice de l’éducation par le divertissement à Oxfam Haïti, nous parle de leur feuilleton radiophonique TIM TIM et de la façon dont il contribue à diffuser des messages importants sur l’assainissement et la santé et sur l’utilisation des TIC pour communiquer avec les auditeurs pour un impact plus important.

Quand vous pensez à Haïti, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit? Le choléra? Le tremblement de terre de 2010? Les problèmes politiques qui s’éternisent dans le pays depuis des années? Ce à quoi certains ne pensent peut-être pas, c’est la riche culture de narration du pays et l’amour que les Haïtiens ont pour une bonne vieille histoire à l’ancienne! Avec plus de 300 stations dans le pays, la radio est la principale source d’information pour la majorité des Haïtiens, à partir des zones extrêmement rurales jusqu’aux villes les plus animées.

Oxfam en Haïti travaille depuis des années avec les radios communautaires car elles sont considérées comme la meilleure façon de s’engager à grande échelle avec les communautés locales dans les régions éloignées. Cependant, nous avons réalisé récemment que le contenu que nous mettions sur les ondes devait changer. Il était trop «enseignant», non-relatable, non divertissant et après les tragédies récentes de l’épidémie de choléra et du tremblement de terre, la plupart des gens « se referment » quand ils entendent quelqu’un d’une ONG leur dire à la radio comment se laver les mains correctement. Afin de réussir à toucher les gens, nous avons décidé d’explorer les moyens de développer des approches différentes pour la sensibilisation de masse et dépasser l’approche traditionnelle de messagerie directe. En effet, il était essentiel de pouvoir faire face à la «fatigue» des annonces de service public qui n’étaient pas attrayantes, crédibles ou qui ne favorisaient pas un changement de comportement à grande échelle.

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Grâce à des partenariats et des recherches, nous avons découvert les méthodes novatrices d’Education par le Divertissement (ED), une stratégie de communication pour le développement. L’ED est conçue pour aller au-delà du modèle de «sensibilisation» pour la programmation, ce qui contribuera à modifier non seulement les comportements de l’individu et de la communauté, mais aussi les perceptions et les normes sociales. En utilisant des méthodologies qui s’appuient sur des histoires pour révéler de nouvelles possibilités, elles créent des conflits dramatiques où les décisions sont liées aux conséquences du monde réel. Les méthodologies utilisées en ED sont uniques du fait que leur message est guidé par plusieurs théories de la communication humaine et par l’apprentissage social, y compris la théorie de Jung de l’inconscient collectif.

À partir de 2014, Oxfam a travaillé avec des scénaristes et des acteurs locaux pour créer un feuilleton radiophonique de 55 épisodes nommé TIM TIM. TIM TIM utilise des situations réelles pour les Haïtiens axées sur la prévention du choléra, la violence à l’égard des femmes, la nutrition familiale et la réduction des risques de catastrophe afin de sensibiliser les gens sur certaines pratiques, attitudes et comportements négatifs de manière positive et amusante.

TIM TIM nous a permis de mieux mesurer l’impact de notre travail avec des méthodes nouvelles, en utilisant les outils sur la Technologie de l’Information et de la Communication (TIC) pour engager et promouvoir le dialogue avec nos publics, en particulier sur le choléra qui a été l’un des scénarios les plus populaires avec les auditeurs de TIM TIM.

L’utilisation de la technologie mobile pour lutter contre les flambées concernant la santé publique n’est pas nouvelle en Haïti. De nombreuses organisations utilisent les réseaux mobiles pour diffuser des messages de santé positifs dans les communautés difficiles à atteindre, pour suivre les flambées et communiquer aux personnes où la couverture des soins de santé est accessible. Oxfam en Haïti a décidé d’utiliser les outils TIC et d’utiliser TIM TIM comme plate-forme pour communiquer avec nos auditeurs en utilisant les personnages et les situations de l’émission comme moyen d’encourager la discussion et la réflexion sur les messages et les valeurs de TIM TIM. Avoir les voix de nos auditeurs comme un outil de base non seulement pour recueillir des commentaires, mais aussi pour exprimer leurs pensées, leurs compréhensions, leurs perceptions et leurs commentaires sur les personnages et le feuilleton est un moyen positif d’encourager un dialogue ouvert sur les attitudes, les comportements et les pratiques, constituant ainsi un point d’entrée clé pour le changement de comportement.

tim-tim-3En utilisant FrontlineSMS, une plate-forme en ligne de messagerie sms, TIM TIM a envoyé des messages texte après chaque épisode diffusé à la radio à sa base de données d’auditeurs qui communiquaient régulièrement avec le feuilleton et étaient réceptifs aux questions envoyées par l’équipe TIM TIM. Les messages étaient essentiellement des questions fondées sur les décisions, les attitudes et les comportements des personnages; les réponses nous ont permis de mesurer non seulement si les gens étaient engagés avec le feuilleton, mais ce qu’ils apprenaient des scénarios. Par exemple, après une scène où l’un des personnages Silfliz sert de l’eau non traitée dans son restaurant parce qu’elle ne croyait pas que cela serait nocif (finalement, la plupart d’entre eux contractent le choléra), nous avons demandé: «Pensez-vous que Silfiz a raison de penser qu’elle n’a pas besoin de servir de l’eau traitée dans son restaurant? ». Être en mesure de défier les auditeurs à travers des scènes provocatrices ou stimulantes sur une échelle de masse n’aurait été possible que grâce à l’utilisation des outils TIC.

Les recherches menées par l’école de santé publique John Hopkins Bloomberg sur l’ED ont montré que «ceux qui ne sont pas directement, immédiatement et personnellement menacés par un problème de santé particulier ont tendance à ignorer les messages d’ED à son sujet» et recommande que les messages liés à la santé se concentrent sur ceux qui ont une pertinence personnelle immédiate pour capter l’attention des auditeurs. L’épidémie de choléra en Haïti a été l’un des principaux problèmes qui a eu des répercussions immédiates sur la santé des populations dans le pays et, en tant que tel, a été le thème le plus discuté en ligne, par les hommes et les femmes. Fournir ce portail, encore une fois, pour que les gens s’expriment en toute sécurité a été une réalisation positive de TIM TIM et de son utilisation des TIC.

tim-tim-1L’expérience la plus intéressante dans l’utilisation de FrontlineSMS a été la capacité pour nous de compiler et d’analyser les messages que nous avons reçus, qu’il s’agisse de réponses à des questions ou simplement des messages de motivation, à la fois positifs et négatifs. D’après l’évaluation de la première saison de TIM TIM, diffusée en 2015, nous avons constaté que parmi les différentes formes d’engagement que les auditeurs avaient avec TIM TIM (Facebook, Twitter, Call in Shows, SMS), les femmes (64%) interagissaient plus que les hommes (15%) à l’aide d’outils mobiles. Nous avons également été en mesure d’évaluer quels scénarios ont été les plus discutés, en utilisant Frontline. Nous avons constaté que parmi les auditeurs masculins et féminins, les scènes de choléra et de violences fondées sur le sexe se classaient au sommet et étaient certainement les thèmes les plus dramatiques de cette saison. La possibilité d’interagir et de s’engager avec les communautés cibles, en particulier les femmes, a été inestimable, mais la capacité d’obtenir ce type d’information a été révolutionnaire pour Oxfam afin de mieux comprendre comment et à quoi les gens réagissent.

Maintenant à notre deuxième saison de diffusion de TIM TIM sur 4 grandes stations de radio des départements Nord et Nord-est d’Haïti, nous continuons à apprendre sur la meilleure façon d’interagir avec nos publics à l’aide d’outils TIC tout en continuant à trouver des façons créatives de sondage des auditeurs. Le fait d’avoir une rétroaction immédiate de la part de nos auditeurs à grande échelle a remplacé les formes traditionnelles de collecte d’informations et, encore une fois, cela a été précieux et nécessaire pour les projets concernés afin d’en démontrer l’impact parmi ses populations cibles.

Soraya Verjee,

coordonnatrice de l’éducation par le divertissement

Oxfam Haïti