15 novembre 2016, Abner Dorvil dans la station de traitement d'eau financée par l’UNICEF installée à Jérémie ©Maxence Bradley

’’Nous savons que la population attend beaucoup de nous’’

Six mois après le passage dévastateur de l’ouragan Matthew en Haïti, Abner Dorvil, officier d’urgences revient sur les évènements. Plus de 2 millions de personnes ont été affectées dont 900 000 enfants par la catastrophe. Abner a été le premier membre du bureau d’UNICEF  Haïti à atteindre, non sans difficultés,  l’un des départements les plus affectés, la Grand’ Anse et à mettre en place les premières réponses pour aider les enfants et leur famille.

Vue sur la ville de Jérémie, détruite après le passage de l'ouragan. ©Lemoyne

Vue sur la ville de Jérémie, détruite après le passage de l’ouragan. ©Lemoyne

Abner est originaire du nord d’Haïti du Bas-Limbé.  Père de famille, ingénieur agronome, c’est un homme qui aime la nature et les études. Il a débuté sa carrière à l’UNICEF en 2011 en qualité d’officier de soutient sur le terrain dans le nord du pays.

’’J’ai toujours eu envie de faire cette expérience de travailler à l’UNICEF pour améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants d’Haïti.’’ En janvier 2013, il devient officier d’urgences. Lorsque l’ouragan Matthew frappe Haïti, il est l’un des premiers à partir sur le terrain ’’Après Matthew, j’étais à la tête d’une équipe qui devait se rendre à Jérémie dans le département de la Grand’Anse. Une autre équipe devait se rendre aux Cayes dans le département du Sud. Matthew a frappé le 4 octobre. Nous devions partir le 5 octobre mais nous n’avons pas pu partir immédiatement car l’hélicoptère ne pouvait pas atterrir  à Jérémie. Il y  avait trop de boue sur la piste d’atterrissage. Je suis donc parti le lendemain, le 6 octobre. Il fallait faire vite car nous n’avions eu aucune information pour cette zone. Les communications étaient coupées. »

Abner  se joint à une équipe d’humanitaires et des membres de l’UNDAC, l’équipe des Nations Unies chargée de l’évaluation et de la coordination en cas de catastrophe.

’’La situation était vraiment alarmante’’

A Jérémie, quelaues jours après le passage de Matthew, une petite patiente traitée pour un cas de diarrhée aigue. ©Lemoyne

A Jérémie, quelques jours après le passage de Matthew, une petite patiente traitée pour un cas de diarrhée aigue. ©Lemoyne

’’Je suis arrivé dans un département dévasté, il n’y avait plus d’arbres, plus de maisons.  La population choquée  était dans un grand état de détresse. Ma seule motivation était de voir comment appuyer les autorités pour collecter les informations et les faire rapidement remonter au niveau central afin de pouvoir venir en aide le plus vite possible aux femmes et enfants haïtiens de la Grand’Anse. La ville de Jérémie était dévastée, tous ces arbres par terres,  ces personnes blessées et désemparées qui souffraient, des tas d’immondices jonchaient une ville boueuse, traumatisée… Dans les premières heures qui ont suivi mon arrivée, j’ai pleuré. Je connaissais Jérémie avant Matthew, j’avais participé à la mission d’appui à la Direction de la Protection Civile en 2013-2014 pour pré positionner le matériel en prévision de catastrophe. La situation était vraiment alarmante et choquante’’

Lorsqu’Abner parvient au centre d’opération d’urgence départemental, il fait face à l’impuissance des autorités. ’’ Ils voulaient faire quelque chose mais ils n’avaient pas les moyens nécessaires. La population attendait l’arrivée des premiers secours. Nous n’avions pas les moyens sur place nous avons travaillé nuit et jour  auprès des autorités et auprès des partenaires de l’UNICEF pour voir comment apporter une réponse appropriée à cette catastrophe majeure.’’

 

’’Je ne suis pas désespéré, parce que vous, l’UNICEF, vous êtes là ! ’’

Un enfant s'approvisionne en eau dans un abri provisoire à l'Ecole Professionnelle de Jérémie. ©Maxence Bradley

Un enfant s’approvisionne en eau dans un abri provisoire à l’Ecole Professionnelle de Jérémie. ©Maxence Bradley

Destruction totale des récoltes. Perte des réserves de nourriture et du bétail dans certaines zones parmi les plus gravement touchées, infrastructures sanitaires et d’accès à l’eau détruites ou fortement endommagées, enfants à risque de souffrir de malnutrition aiguë, enfants sans abri qui occupent des refuges temporaires. Destructions d’hôpitaux[1] et d’écoles[2] , haut risque de propagation des maladies hydriques comme le choléra. Routes bloquées, communications coupées.

Dans ce chaos, la priorité de l’UNICEF et des partenaires a été de répondre aux besoins les plus urgents des enfants dans les zones affectées par l’ouragan:

’’La population  attend beaucoup de nous’’

’’ Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, je me souviens avoir rencontré un petit garçon qui devait être âgé de six ans environ à l’école professionnelle de Jérémie qui servait d’abri provisoire. En dépit de la destruction qui nous entourait  et de cette situation difficile, cet enfant croyait encore en l’avenir. Il est venu vers moi et m’a dit ’’je ne suis pas désespéré, je sais que parce que vous  UNICEF, vous êtes là, vous êtes arrivé jusqu’à nous, je sais que nous allons être aidé, que le secours arrive. Je garde espoir.’’

Abner Dorvil à la station de traitement d'eau de Jérémie installé par UNICEF et ses partenaires. ©Maxence Bradley

Abner Dorvil à la station de traitement d’eau de Jérémie installé par UNICEF et ses partenaires. ©Maxence Bradley

Aujourd’hui, six mois après, le souvenir de cette rencontre reste vivace dans la mémoire d’Abner. Il  garde aussi dans son cœur la ténacité, le courage et l’engagement qu’il a observé chez les partenaires, les autorités et les collègues du bureau, qui tous ensembles ont travaillé avec acharnement pour répondre au plus vite aux besoins des enfants et pour atteindre les zones les plus reculées.

’ »Nous, UNICEF Haïti sommes un bureau très engagé. J’ai été très ému de voir avec quelle motivation et quel engagement se sont investis les collègues internationaux et nationaux. Nous voulons  avoir les moyens financiers nécessaires pour continuer d’apporter des réponses aux zones affectées (Nippes, Grand’Anse et Sud). Nous savons que la population  attend beaucoup de nous. Toutes ces personnes méritent  d’obtenir une réponse appropriée à l’ampleur des dégâts. Aujourd’hui,  je fais un plaidoyer pour que l’on trouve les moyens financiers nécessaires pour pouvoir continuer à apporter cette réponse et  à mener des projets aux bénéfices des populations affectées’’, conclut Abner qui est récemment devenu Vice-Président de  l’association du personnel d’UNICEF en Haïti.

Oui ce petit garçon qu’Abner a rencontré quelques jours après le passage de Matthew a eu raison de croire en l’avenir et de garder espoir. Nous étions là dans l’urgence. Nous sommes là pour assurer la transition vers le relèvement. Et nous continuerons  de répondre à toutes les urgences, nouvelles ou en cours, tout en cherchant à mettre en place des conditions favorables au redressement et au développement durables pour permettre à chaque enfant Haïtien de réaliser de  son plein potentiel.

Julie Harlet  

Officier de Communication UNICEF Haïti

[1] L’ouragan a emporté le toit de près de 80 % des hôpitaux et cliniques de Grand’Anse, et mis hors service sept centres de santé de ce département, quatre dans le Sud et trois dans la région des Nippes. http://timounyo.com/5455/

[2] Plus de 700 écoles ont été touchées  dans tout le pays et quelque 86 ont servi de refuges temporaires, ce qui a perturbé la scolarisation d’au moins 150 000 enfants. http://timounyo.com/5455/

 

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